"Tu n'as pas à te répandre mais à t'approfondir; tu n'as pas à t'épuiser mais à être comblée." Aelred de Rievaulx à sa petite soeur recluse XIIe siècle |
La tradition des recluses remonte aux premiers siècles du christianisme. Alors que dans les nombreux déserts le long du Nil se multipliaient les ermitages, les femmes désirant mener la vie solitaire optaient pour la réclusion qui leur assurait plus de sécurité. Souvent leur reclusoir était une cellule annexée à une église où, par une ouverture, elles pouvaient s'unir à la liturgie et adorer. Nous en avons une preuve dans la Règle de Grimlaïc datant du IXe siècle. Cette Règle, écrite pour les reclus, (il y a eu quelques reclus dans l'histoire mais beaucoup plus de recluses), cette Règle mentionne l'existence d'un hagioscope, fenêtre par où le reclus pouvait voir le Saint-Sacrement. D'autres Règles ou écrits, datant du XIIe au XVe siècle et destinés cette fois aux recluses, nous dévoilent la spiritualité fortement eucharistique de ces femmes solitaires. Une autre caractéristique des recluses se trouve dans leur prière d'intercession. Certaines d'entre elles s'établissaient à l'entrée des villes ou près des ponts. Les gens savaient que la recluse était là pour prier pour eux. Les recluses qui vivaient annexées à une église avaient, outre une fenêtre ouverte sur le Saint-Sacrement, une deuxième fenêtre permettant aux gens de leur confier des intentions de prière, comme on peut le voir sur le plan du reclusoir de Colette de Corbie (XVe s). Ouverture sur Dieu et ouverture sur le monde, union à Dieu et communion au monde. La présence au monde par la prière est mentionnée et encouragée dans la Règle d'Aelred de Rievaulx à sa petite soeur recluse et dans l'Ancrene Riwle, une Règle écrite pour les recluses d'Angleterre. Ces deux
Règles anciennes
parlent également de la dévotion mariale; toutes deux
exhortent les recluses à contempler Marie dans les
mystères de Jésus, termes qu'utiliseront plus tard
Bérulle et Olier en parlant de Marie.
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Peinture de Bottoni, 1908
Entrée
en réclusion
de Jeanne Le Ber
le 5 août 1695
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Quand Jeanne Le Ber naît en 1662, le grand courant spirituel initié par Pierre de Bérulle et Jean-Jacques Olier, qu'on appellera plus tard l'École française de spiritualité ou Spiritualité bérullienne, est déjà bien implanté dans la Nouvelle France grâce aux Sulpiciens. La similitude entre les grands traits de cette spiritualité et celle vécue par les recluses des siècles précédents est frappante: l'adoration eucharistique; la communion aux mystères d'anéantissement de Jésus, en compagnie de Marie; l'esprit apostolique ou prière d'intercession; l'amour des saintes Écritures. C'est dire que Jeanne, quand elle désira vivre en recluse, entra de plain-pied dans la tradition des recluses, ses devancières. Sa manière de vivre en réclusion, son règlement et même le plan qu'elle fait de son reclusoir nous le prouvent. Jeanne Le Ber a inspiré la fondation de la communauté des Recluses Missionnaires en 1943. Les fondatrices désiraient l'imiter dans sa spiritualité, dont elles étaient déjà imprégnées, la Spiritualité de l'École française ayant été transmise de génération en génération surtout à Montréal. Elles désiraient également adopter un genre de vie où la solitude et le silence auraient une large part. Jeanne Le Ber est un idéal, non seulement pour les Recluses Missionnaires, mais également pour beaucoup de personnes qui ont appris à la connaître ces dernières années. Elle demeure pour tous une inspiration, un rappel des réalités invisibles. Grâce à Jeanne, une fille de chez nous, les recluses de jadis, ces femmes exceptionnelles, se font tout près de nous... |