Celle qui deviendra la fondatrice des Recluses Missionnaires est née le 22 octobre 1918, rue Saint-Hubert, à Montréal, en pleine épidémie de grippe espagnole. Elle est baptisée le surlendemain à l'église Saint-Jean-Baptiste. D'un premier mariage, son père Joseph Renaud avait déjà eu quatre enfants lorsque, devenu veuf, il épousa Georgianna Pigeon, de St-Léonard, laquelle lui en donna dix autres dont Rita la benjamine. D'abord cultivateur, M. Renaud devint commerçant puis député du comté de Laval au Parlement de Québec. Sa générosité était proverbiale. Une anémie pernicieuse l'emporta en 1931. La mère de Rita était très pieuse. Elle avait consacré l'enfant qu'elle portait à la Vierge Marie et assistait quotidiennement à la messe. Soucieuse des pauvres, elle avait aménagé dans son sous-sol un coin pour les mendiants; Moïse et Canayen y venaient tour à tour. Cette femme robuste vivra jusqu'à 101 ans. C'est de sa mère que Rita hérita son amour pour la vie spirituelle et pour les déshérités. De son père, on peut dire qu'elle hérita d'un grand coeur et d'un caractère intrépide. Rita avait
quatre ans quand
la famille s'éloigna de la ville pour habiter à
Pointe-aux-Trembles, au bord du fleuve Saint-Laurent, non loin
de la Chapelle de la Réparation. Dans la maison des Renaud, on
discutait politique mais aussi droit civil car Olier et Jean-Paul
étudiaient pour devenir avocats. La petite dernière
apprit tôt l'art du verbe et de la diplomatie. À la mort de son père, Rita avait douze ans. Elle aurait été privée de l'avantage d'une éducation poussée, contrairement aux autres membres de sa famille, n'eut été la générosité d'un ami de son père, M. Joseph Rhéaume, entrepreneur de voies publiques et fortuné. M. Rhéaume fut heureux de voir Rita poursuivre ses études au Mont-Ste-Marie, puis au Collège Marguerite-Bourgeoys où elle obtint un baccalauréat ès arts en 1939. Beaucoup plus tard, en 1946, Rita, devenue Mère Rita-Marie, écrira ce qui suit dans un document laissé à la communauté. Depuis
l’âge de 13 ans, surtout en commençant mon cours
universitaire, j’étais portée vers
le S. Sacrement, et
je passais une partie de mon temps libre à l’église, pour
ne pas dire tout le temps. Après
les classes,
tandis que mes compagnes allaient
jouer, je me rendais
à l’église. Je rêvais d’être
sacristine pour pouvoir rester avec le S. Sacrement. J’avais
lu la vie de la recluse Jeanne LeBer.
Cette
attirance envers le Saint-Sacrement et cette dévotion à
Jeanne LeBer chez l’adolescente deviendront les
éléments constitutifs de sa future
communauté : l’Eucharistie et la réclusion.
Aussitôt ses études terminées, Rita entre comme postulante chez les Servantes du St-Sacrement à Québec. Des troubles de santé l'obligèrent à quitter après cinq mois. Et, de fait, deux ans plus tard en mars 1943 elle devra être opérée pour fixation d'un rein. De retour chez elle, elle enseigne à la petite école de Pointe-aux-Trembles, puis au patronage fondé par Mlle Philomène Héroux à Rivière-des-Prairies, dans la maison qui allait devenir en 1950 la Maison Blanche, le premier monastère des Recluses à Montréal. Quelque temps plus
tard, Rita est profondément remuée quand elle entend M.
l’abbé Saey prêcher la
pauvreté évangélique. Comme
modèle à imiter, l’Abbé Saey cite le bienheureux
Luchesio, premier tertiaire franciscain. Dans un
esprit de pauvreté et de pénitence, voulant aussi
protester contre la mode, Rita décide de se confectionner une
tunique un peu semblable à celle du saint d’Assise. À
cet effet, elle utilise la vieille couverture de laine grise des
«quêteux» hébergés par la
famille. Elle quitte le foyer paternel et se fait
pèlerine. C‘est ainsi qu’elle et Jeannette
Roy (Mère Jeanne LeBer) se rencontreront au Foyer de la
Protection. Pendant
près de deux ans, Rita et Jeannette vivront en vagabondes,
faisant des
pèlerinages à pied jusqu'à
Sainte-Anne-de-Beaupré. Elles vivront en
ermitage plusieurs mois dans l'étable de la maison paternelle de
Rita,
étable qu'elles avaient aménagée.
Le 10 août 1943, Rita, Jeannette et une autre Jeannette (Beaupré) partent pour l’ouest canadien à la demande du curé de Tangent, Alberta, le Père Louis-Marie Parent, o.m.i. Peu à peu se forme une nouvelle communauté contemplative à caractère eucharistique et marial. A Tangent, puis à Falher où la communauté déménage, la pauvreté est extrême mais la joie règne, comme en témoignent les anciennes. Mère Rita-Marie avait rédigé une première Règle avec Mère Jeanne LeBer et cela même avant leur arrivée dans l’ouest. Plus tard, elle rédigera d’autres projets de Règles qui aboutiront à celle approuvée par l’Église en 1951. L’enseignement
de la fondatrice à ses
sœurs s’imprégnait de l’esprit des Béatitudes. Elle les
commentait, en proposait une par mois à la réflexion de
la communauté. Dans les monastères qu’elle fondait, elle
instaurait le rosaire perpétuel, en plus de l’adoration
perpétuelle. Elle ambitionnait d’encercler le monde par le
rosaire.Mère
Rita-Marie
était une femme d’affaires hors pair. Elle avait tôt fait
de liquider les dettes de construction d’un monastère. Quand
elle transféra la Maison-Mère de Falher à
Montréal en 1950, elle ne laissait aucune dette derrière
elle malgré les travaux entrepris là-bas et toutes les
bouches à nourrir dans ce coin pauvre.
En
1960, une
autre supérieure générale fut nommée et
Mère Rita se retira au Mexique. Ce fut une période
difficile et pour elle et pour la communauté. Finalement, en
1962, elle quitta la communauté et vécut un certain temps
au Mexique, puis à l’Annonciation, au Québec.
Mère Rita a vécu à plein la spiritualité de dépouillement et d'offrande qu'elle a transmise aux Recluses Missionnaires. Éloignée de sa communauté pendant plus de 40 ans, elle repose maintenant dans la paix du Seigneur, auprès de ses soeurs qu'elle a beaucoup aimées.
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