Mère Rita Renaud    


Mère Rita-Marie Renaud


               1918 - 2004

 Fondatrice des Recluses Missionnaires


Celle qui deviendra la fondatrice des Recluses Missionnaires est née le 22 octobre 1918, rue Saint-Hubert, à Montréal, en pleine épidémie de grippe espagnole. Elle est baptisée le surlendemain à l'église Saint-Jean-Baptiste.

D'un premier mariage, son père Joseph Renaud avait déjà eu quatre enfants lorsque, devenu veuf, il épousa Georgianna Pigeon, de St-Léonard, laquelle lui en donna dix autres dont Rita la benjamine. D'abord cultivateur, M. Renaud devint commerçant puis député du comté de Laval au Parlement de Québec. Sa générosité était proverbiale. Une anémie pernicieuse l'emporta en 1931.

La mère de Rita était très pieuse. Elle avait consacré l'enfant qu'elle portait à la Vierge Marie et assistait quotidiennement à la messe. Soucieuse des pauvres, elle avait aménagé dans son sous-sol un coin pour les mendiants; Moïse et Canayen y venaient tour à tour. Cette femme robuste vivra jusqu'à 101 ans. C'est de sa mère que Rita hérita son amour pour la vie spirituelle et pour les déshérités. De son père, on peut dire qu'elle hérita d'un grand coeur et d'un caractère intrépide.

Rita avait quatre ans quand la famille s'éloigna de la ville pour habiter à Pointe-aux-Trembles, au
bord du fleuve Saint-Laurent, non loin de la Chapelle de la Réparation. Dans la maison des Renaud, on discutait politique mais aussi droit civil car Olier et Jean-Paul étudiaient pour devenir avocats. La petite dernière apprit tôt l'art du verbe et de la diplomatie.

À la mort de son père, Rita avait douze ans. Elle aurait été privée de l'avantage d'une éducation poussée, contrairement aux autres membres de sa famille, n'eut été la générosité d'un ami de son père, M. Joseph Rhéaume, entrepreneur de voies publiques et fortuné. M. Rhéaume fut heureux de voir Rita poursuivre ses études au Mont-Ste-Marie, puis au Collège Marguerite-Bourgeoys où elle obtint un baccalauréat ès arts en 1939.

Beaucoup plus tard, en 1946, Rita, devenue Mère Rita-Marie, écrira ce qui suit dans un document laissé à la communauté.

Depuis l’âge de 13 ans, surtout en commençant mon cours universitaire, j’étais portée vers le S. Sacrement, et je passais une partie de mon temps libre à l’église, pour ne pas dire tout le temps. Après les classes, tandis que mes compagnes allaient jouer, je me rendais à l’église. Je rêvais d’être sacristine pour pouvoir rester avec le S. Sacrement. J’avais lu la vie de la recluse Jeanne LeBer.

Cette attirance envers le Saint-Sacrement et cette dévotion à Jeanne LeBer chez l’adolescente  deviendront les éléments constitutifs de sa future communauté : l’Eucharistie et la réclusion.

Aussitôt ses études terminées, Rita entre comme postulante chez les Servantes du St-Sacrement à Québec. Des troubles de santé l'obligèrent à quitter après cinq mois. Et, de fait, deux ans plus tard en mars 1943 elle devra être opérée pour fixation d'un rein. De retour chez elle, elle enseigne à la petite école de Pointe-aux-Trembles, puis au patronage fondé par Mlle Philomène Héroux à Rivière-des-Prairies, dans la maison qui allait devenir en 1950 la
Maison Blanche, le premier monastère des Recluses à Montréal.


Quelque temps plus tard, Rita est profondément remuée quand elle entend M. l’abbé Saey prêcher la pauvreté évangélique.  Comme modèle à imiter, l’Abbé Saey cite le bienheureux Luchesio, premier tertiaire franciscain. Dans un esprit de pauvreté et de pénitence, voulant aussi protester contre la mode, Rita décide de se confectionner une tunique un peu semblable à celle du saint d’Assise. À cet effet, elle utilise la vieille couverture de laine grise des «quêteux» hébergés par la famille.  Elle quitte le foyer paternel et se fait pèlerine. C‘est ainsi qu’elle et Jeannette Roy (Mère Jeanne LeBer) se rencontreront au Foyer de la Protection. Pendant près de deux ans, Rita et Jeannette vivront en vagabondes, faisant des pèlerinages à pied jusqu'à Sainte-Anne-de-Beaupré. Elles vivront en ermitage plusieurs mois dans l'étable de la maison paternelle de Rita, étable qu'elles avaient aménagée.



Les trois premières Recluses
devant le "shack"
qui leur servait de monastère
à Tangent, Alberta


Mère Jeanne Le Ber, Mère Rita-Marie, Sr Jeannette
Photo prise le 11 février 1944


 Le 10 août 1943, Rita, Jeannette et une autre Jeannette (Beaupré) partent pour l’ouest canadien à la demande du curé de Tangent, Alberta, le Père Louis-Marie Parent, o.m.i. Peu à peu se forme une nouvelle communauté contemplative à caractère eucharistique et marial. A Tangent, puis à Falher où la communauté déménage, la pauvreté est extrême mais la joie règne, comme en témoignent les anciennes.
Mère Rita-Marie avait rédigé une première Règle avec Mère Jeanne LeBer et cela même avant leur arrivée dans l’ouest. Plus tard, elle rédigera d’autres projets de Règles qui aboutiront à celle approuvée par l’Église en 1951.

L’enseignement de la fondatrice à ses sœurs s’imprégnait de l’esprit des Béatitudes. Elle les commentait, en proposait une par mois à la réflexion de la communauté. Dans les monastères qu’elle fondait, elle instaurait le rosaire perpétuel, en plus de l’adoration perpétuelle. Elle ambitionnait d’encercler le monde par le rosaire.


Mère Rita-Marie était une femme d’affaires hors pair. Elle avait tôt fait de liquider les dettes de construction d’un monastère. Quand elle transféra la Maison-Mère de Falher à Montréal en 1950, elle ne laissait aucune dette derrière elle malgré les travaux entrepris là-bas et toutes les bouches à nourrir dans ce coin pauvre.

En 1960, une autre supérieure générale fut nommée et Mère Rita se retira au Mexique. Ce fut une période difficile et pour elle et pour la communauté. Finalement, en 1962, elle quitta la communauté et vécut un certain temps au Mexique, puis à l’Annonciation, au Québec.

C’est à l’Annonciation qu’elle s’endormit dans le Seigneur le 26 octobre 2004, à l’âge de 86 ans. Avant de mourir, elle avait exprimé le désir d’être inhumée dans le cimetière de la communauté qu’elle avait fondée. Son désir rejoignant celui de la communauté, c’est dans la joie et dans la gratitude que furent célébrées ses funérailles le 3 novembre avec les membres de sa famille et les amis de la communauté.

Mère Rita a vécu à plein la spiritualité de dépouillement et d'offrande qu'elle a transmise aux Recluses Missionnaires. Éloignée de sa communauté pendant plus de 40 ans, elle repose maintenant dans la paix du Seigneur, auprès de ses soeurs qu'elle a beaucoup aimées.

Témoignage d'une doyenne
soeur Lucia Poirier
sur les débuts de la communauté