Chapitre IV -  À la suite de Jésus

 8. Suivre Jésus dans
              son dépouillement


Il s'est dépouillé lui-même
prenant la condition de serviteur.
Philippiens 2,7

ettre tes pas dans les pas de Jésus, c'est le suivre dans son mystère de dépouillement, dans sa kénose, lui qui de condition divine s'anéantit lui-même, se faisant serviteur et obéissant jusqu'à la mort (cf. Ph 2,6-8).

Les épreuves de la vie se chargent de nous détacher peu à peu de notre égoïsme. Un deuil, une séparation, une maladie, une frustration, le support mutuel, les tentations jalonnent notre route qui nous apparaît souvent comme un chemin de croix. Notre fidélité alors est éprouvée comme l'or au creuset (cf.Za 13,9) et, si nous tenons bon, si nous nous abandonnons entre les mains du Père, nous connaîtrons une liberté intérieure sans prix.

Dans cette acceptation des épreuves inhérentes à la vie réside ta première ascèse et sans doute la plus dépouillante. Si ton coeur te dicte d'y ajouter des privations volontaires, telles le jeûne, l'aumône, etc., offre-les en union avec l'offrande de Jésus à son Père. Un accompagnateur ou une personne avisée t'aidera à garder la juste mesure.

page 10 de la Règle de Vie
La Règle de Vie en entier
Le sommet de la kénose,
de l'abaissement de Dieu,
c'est l'eucharistie.

Cardinal  Marc Ouellet

COMMENTAIRE


Le verbe grec Kenoô (vider) a donné en français le mot kénose, pour manifester le mouvement volontaire d'abaissement du Christ. Sans cesser d'être l'égal de Dieu, Christ s'incarne: c'est le premier mouvement de la kénose. Puis par obéissance à la volonté de son Père, il meurt en croix, second mouvement, scandaleux celui-ci, de la kénose.

L'expression induit une double réalité, il dit l'identité: Christ devient totalement, véritablement semblable à tout être humain. Il dit aussi la différence, la singularité du chemin d'obéissance du Christ, qui conduit jusqu'à la mort sur la croix. La solidarité du Christ est totale avec tout homme et toute femme, mais lui seul vit son chemin d'obéissance jusqu'à l'extrême, pour que tout homme et toute femme aient la vie.

Suivre Jésus dans son dépouillement c'est faire un choix, c'est-à-dire comme Jésus se remettre entre les mains d'un Père en qui nous croyons et dont nous connaissons l'amour pour chacun de nous. Par ce choix, notre vie devient accueil et communion au quotidien. Par ce choix tous nos chemins de croix peuvent être transformés en chemins de foi.

Suivre Jésus dans son dépouillement, à travers les leçons de la vie, les épreuves et les souffrances, à travers les succès et les joies, les ténèbres et la lumière, c'est comprendre le sens de cette parole où Jésus nous dit que le détachement peut se présenter comme une merveilleuse multiplication des pains: Ceux qui ont tout abandonné pour me suivre recevront le centuple (Marc 10,28-30).

Cette communion est force de vie, où nos pas s'unissent à ceux  du Christ qui vit sa communion d'abandon et de dépouillement par amour pour son Père.  Ainsi, dans la lumière comme dans la nuit, Jésus est présence, Il est le phare dans ma propre recherche de sens ...




Dans la vie de Jeanne Le Ber ...

Jésus l'a appelée pour vivre auprès de Lui de façon toute proche; c'est la présence de l'«Unique nécessaire» qui lui a permis de se détacher de toutes choses.

Jeanne Le Ber, recluse en Nouvelle France, Pierre Robert.



VOS  COMMENTAIRES
dans le quotidien...


Jésus est pour moi le modèle du dépouillement. C'est lui qui nous a tracé le chemin. Il était toujours tourné vers le Père, s'oubliant totalement pour nous.

Écrire ce témoignage me permet de prendre conscience de tous les dépouillements que j'ai dû subir dans ma vie pour suivre Jésus, des dépouillements que je suis invité à vivre présentement et ceux que je pressens pour l'avenir. Dans la règle de vie des «Associés aux Recluses Missionnaires», il est mentionné que les épreuves de la vie se chargent de nous détacher peu à peu de notre égoïsme. J'ai vécu différentes épreuves dans ma vie. J'ai eu tout d'abord une enfance difficile, en vivant dans une famille non fonctionnelle privée de l'amour d'un père alcoolique, qui a provoqué chez moi un sentiment d'abandon et de grande solitude. J'ai vécu aussi un divorce alors que je croyais au sacrement de mariage et, par la suite, j'ai perdu mon emploi et j'ai été dépouillé de mes biens matériels. Je vivais à cette époque sans vie intérieure. Le Seigneur m'attendait avec d'autres dépouillements.  Un ministère de guérison me libérait de mes blessures d'enfance et de l'esprit du monde etc. Allégé de tous ces fardeaux, j'ai entendu son appel et j'ai pu ainsi me tourner vers Lui, désirer le rencontrer, le prier et l'adorer. C'est à la chapelle des Recluses que je l'ai rencontré en découvrant Jésus Eucharistie. Il m'a conduit au désert, dans un dépouillement encore plus radical. En effet, Il m'appelait à une vie de prière, de silence, de solitude, sans aucun confort, dans un ermitage dépourvu d'eau et d'électricité. Il m'invitait à prononcer des voeux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance devant l'évêque de mon diocèse. Dans ce dépouillement, Il m'a enseigné à écouter sa Parole, à la méditer dans un coeur à coeur avec Lui. Le Seigneur ne nous éprouve pas pour rien, sans redonner au centuple.

Après seize ans d'une vie quasi retirée du monde, le Seigneur me donna un signe évident que je devais quitter cet endroit de silence et de paix et me dépouiller de mes voeux, pour revenir au coeur du monde. Il avait un autre projet pour moi. Que ta volonté se fasse sur moi et non la mienne. Je constate ici qu'en lui laissant toute la place il peut nous combler au-delà de nos espérances. Car je disais souvent au Seigneur: Comment veux-tu que je t'aime? Je ne sais pas ce qu'est aimer et être aimé. Son projet était que je rencontre une compagne qu'Il avait déjà préparée de toute éternité afin que nous cheminions ensemble vers Lui, car il n'est pas bon à l'homme d'être seul.

Les dépouillements font partie de la vie. Actuellement, je me prépare à perdre mon emploi en juillet 2008, ma voiture m'a lâché (je voyage en petit scooter). Jusqu'en 2006, je pouvais assister aux célébrations eucharistiques tous les jours. En raison d'un changement d'horaire, j'en suis actuellement privé. Les forces physiques ne sont plus ce qu'elles étaient. Mais je crois que le plus difficile est de se dépouiller de soi-même, de sa volonté. La prière, l'Eucharistie, l'adoration, la confiance, l'abandon à la Divine Providence m'aident à vivre tous ces dépouillements.

«Accueillir et offrir», tout est là...

Jean-Marie



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