|
ENTRÉE
TRIOMPHALE DE JÉSUS À JÉRUSALEM
(Mt
21,1-11 // Mc 11,
1-11 // Lc 19,28-40 // Jn 12,12-16)
Méditation de Michel
St-Onge
L'icône marque le début de la Semaine Sainte et nous donne
un avant-goût de la joie pascale. L'icône de
l'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem
exprime la fête par ses couleurs vives et une composition qui
inspire le mouvement. C'est une icône pleine de vie et de joie.
Le
Christ
prédomine dans
l'icône
Au centre de la composition, on contemple le Sauveur majestueux. Il est
mis en évidence : dégagé de la foule,
prédominant sur sa monture. C'est le personnage qui occupe la
place d'honneur, le centre, et qui occupe la plus grande place parmi
les personnages. Son importance est évidente. Les autres
personnages, eux, forment de chaque côté deux masses
distinctes qui l'encadrent. Ainsi, c'est le Christ qui s'avance vers
Jérusalem qui devient le centre de notre attention.
L'ânon et la
royauté du Christ
Le Seigneur est monté sur un ânon "sur lequel aucun homme ne s'est encore
assis" (Lc 19,30). La nature de la royauté du Christ est
ainsi annoncée : l'humilité qui vient combattre l'orgueil
de l'humanité blessée par le péché. C'est
sur le petit, le plus humble, qu'il va vers sa gloire. Ce n'est pas la
puissance qui le porte en gloire, c'est son service, c'est le fait de
porter sur lui le joug de notre péché.
L'ânon emporte paisiblement le Fils de Dieu vers la croix. En
effet, le royaume que le Fils de David est venu implanter ne se
réalisera que par la croix. C'est là qu'il entrera dans
la mort pour la vaincre. Jésus s'avance donc librement vers ceux
qui le mettront à mort. L'icône montre un Christ plein de
noblesse, habité par une force intérieure, une assurance
que la perspective de la passion ne perturbe pas. Il se laisse
acclamer, sachant que ceux-là mêmes qui le traitent
aujourd'hui comme un roi, vont le condamner et l'abandonner demain. Le
Roi-Agneau a pleine conscience de ce qui se déroule.
Jésus sait ce qui l'attend dans la ville sainte : "Voici que nous montons à
Jérusalem et le Fils de l'homme sera livré" (Mc
10,33-34). Il s'avance imperturbable, dans toute sa dignité de
Sauveur du monde, vers son sacrifice.
La foule devant et la ville de Jérusalem
Devant
Jésus, la foule immense, venue de partout à
Jérusalem pour la Pâque, qui l'acclame en vainqueur. Il
est
célébré par ceux et celles qui ont vu Lazare
ressuscité. En effet, Jean, dans son Évangile (Jn
12,12-13) précise que la résurrection de Lazare est
à l'origine de l'accueil triomphal fait à Jésus.
Il est acclamé aussi par les zélotes qui espèrent
qu'il prendra la tête des armées contre les envahisseurs
romains. Ces acclamations sont donc mêlées de passions
politiques, d'envie de pouvoir, de désir de puissance sur le mal.
Derrière
cette foule, la ville de Jérusalem est figurée par des
murailles
très hautes, des tours et une porte d'entrée. Elle
représente à la fois
la Jérusalem terrestre et la Jérusalem céleste.
Son aspect allongé la
présente comme transfigurée en cité de Dieu.
Toujours, dans les icônes
de l'entrée de Jésus à Jérusalem, quelques
personnages à l'allure
contestataire sortent de la ville sainte. Même s'ils portent des
palmes, ils sont rigides, droits, sans mouvement. Ils
représentent les Juifs qui reçoivent le Christ tout en ne
reconnaissant pas en
lui le
Messie (Lc 19,39). C'est la foule de ceux et celles qui ne croient pas
en Celui qui pourtant va vers eux (Jn 12,37-41). Ce
sont ceux-là mêmes
qui, tout en acclamant aujourd'hui, réclameront dans quelques
jours de
Pilate que Jésus soit mis à mort.
Les apôtres et le rocher
Ici, la garde royale est remplacée par le groupe des
apôtres qui suit Jésus en discutant entre eux. Les
premiers sont Pierre, aux cheveux bouclés et blancs; et Jean,
jeune et imberbe. Le Christ est tourné vers eux, comme s'il leur
demandait de le suivre jusqu'au bout. Derrière les apôtres
se dessine le Golgotha où seul le disciple qu'il aimait
l'accompagnera.
Les petits
personnages
Dans un arbre coupant des branches et sur le chemin, devant les pas de
l'ânon, enlevant leurs vêtements et les
plaçant
pour former un tapis, des adultes en miniature font contraste avec les
personnages plus imposants. Ce sont ceux qui ont un coeur d'enfant :
les petits, les simples, les spontanés qui reconnaissent et
accueillent leur Sauveur. Ce sont ceux qui, comme les petits, se
réjouissent à l'approche de leur Roi qui s'avance pour
donner sa vie. On reconnaît ici le Psaume 8 : "Jusqu'au cieux, ta splendeur est
chantée par la bouche des enfants, des tout-petits." L'icône
présente donc en contraste les grands, les puissants qui
projettent la mort de Jésus et les petits, ceux qui le
reconnaissent comme leur Sauveur et le vénèrent comme
Messie ou Christ.
Palmes et
vêtements
Les palmes déposées par les petits ont ici une
signification particulière. Elles étaient
utilisées à l'époque biblique pour accueillir les
personnages importants mais particulièrement pour accueillir les
conquérants victorieux. La pratique d'étendre ses
vêtements sur le sol était, elle, réservée
à l'accueil d'un roi qui avait reçu l'onction (2 R 9,13).
Ces détails permettent d'indiquer par l'icône que
Jésus est acclamé en tant que conquérant de la
mort et aussi en tant que roi de la Jérusalem nouvelle.
Mystère du salut
Au-delà de l'événement historique de
l'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem,
l'icône nous place devant le mystère du salut de
l'humanité par la mort du Fils de Dieu sur la croix. C'est la
majesté de Jésus s'avançant royalement vers la
mort qui domine toute l'icône. Il est à la fois vainqueur
triomphant et roi pacificateur. Il est proclamé roi au moment
même où il s'avance pour se donner en sacrifice.
Jérusalem
Jérusalem est tout à la fois le lieu historique des
événements du salut et l'image du ciel. La
Jérusalem terrestre et la Jérusalem céleste sont
ici identiques. Jésus s'avance vers la mort; Jésus entre
dans son royaume. La mort à Jérusalem sera
accompagnée du triomphe au ciel. L'entrée à
Jérusalem signifie tout à la fois l'acceptation du chemin
qui conduit à la mort et la reconnaissance que ce chemin conduit
également à la glorification du Fils par le Père.
Acclamations
Ainsi, l'acclamation des fils et des filles de Jérusalem
déborde l'événement représenté par
cette icône. Elle renvoie à l'acclamation des
armées célestes qui salue le Sauveur. Cette icône
est construite comme le SANCTUS de la liturgie eucharistique où
l'Église associe le chant des baptisés à celui des
anges. Alors, le chant des humains s'unit au chant des chérubins
et des séraphins qui acclament Dieu sur son trône :
"Saint, Saint,
Saint, le
Seigneur Sabaoth,
le ciel et la terre sont remplis de ta
gloire!"
De
même,
le
chant des armées célestes
s'unit au chant de l'Église qui reprend les cris de joie de la
foule de Jérusalem :
"Béni
soit celui qui vient au nom du Seigneur!
Hosanna au plus haut des cieux!"
Ce
chant est,
comme
l'icône, une
célébration du salut : "Hosanna!", "Sauve-nous!",
fais-nous entrer avec toi dans ta victoire sur la mort, fais-nous
entrer avec toi dans ta gloire céleste!
Texte adapté pour le site
(Mt
26,17-35 // Mc
14,12-31 // Lc 22,1-38)
Méditation
de Michel St-Onge
L'icône de
la Dernière Cène nous présente le
repas commandé par le rituel juif au cours duquel Jésus
rend grâce pour le salut qui nous est donné par son
sacrifice. L'Écriture Sainte nous indique combien important
est le rapport entre le repas eucharistique et la Pâque juive. Le
jour de cette fête, les juifs égorgent un agneau sans
tache en souvenir de la libération de l'esclavage en
Égypte. L'icône de la Dernière Cène
représente ce repas où est révélé le
sens de ce sacrifice ultime du Fils de Dieu, sacrifice exprimant le
salut: la communion retrouvée entre Dieu et les hommes.
La table et
les
apôtres
L'icône est
dominée par l'imposant cercle blanc de la
table qui rassemble Jésus et ses apôtres. La forme
géométrique du cercle rappelle le cercle divin car on ne
peut y retracer ni l'origine ni la fin. Le cercle, comme une alliance,
représente l'amour éternel, l'amour sans fin qui
transcende le temps et le monde créé. Cette forme est
surélevée par rapport à la terre qui se trouve
sous les pieds des apôtres et du Christ, signifiant que la
réalité vient d'en-haut.
Autour du cercle,
les apôtres forment une "alliance", un cercle
périphérique. Ce cercle n'est cependant pas fermé.
En effet, le sacrifice n'est pas offert uniquement pour eux, il est
offert "pour la multitude". Le rassemblement est donc ouvert pour
toutes les générations de croyants appelées
à s'asseoir à la table eucharistique pour communier au
sacrifice du Christ.
Le Christ
L'origine de cette
communion en Dieu est manifeste: le Christ
trône et porte lui-même le cercle de la lumière
divine autour de sa tête. Il prononce les paroles
éternelles étant assis sur le trône et tenant en
main le rouleau de sa Parole. Il est le fondement de la Nouvelle
Alliance. C'est pourquoi il occupe une place importante dans le haut de
l'icône. Il préside l'assemblée.
Le Christ est
à la fois représenté comme personne
qui préside le repas et comme nourriture donnée à
ses apôtres. "Je suis le pain
vivant... Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle"
(Jn 6,51-54). Par le repas eucharistique, Jésus perpétue
son Incarnation. Lui, le Pain de vie, se rend présent à
nous comme le ressuscité, celui qui transcende le temps. Par la
communion au pain et au vin, le Christ se donne encore et renouvelle
son sacrifice nous sauvant de la division, signe du péché.
Le mémorial
Au cours de ce
repas, Jésus donne un sens nouveau au pain et au
vin en les identifiant à son corps et à son sang qui
seront offerts en sacrifice sur la Croix. C'est par eux que sera
scellée la Nouvelle Alliance entre Dieu le Père et
l'humanité entière. Ce repas devient la participation
à cette oeuvre de salut : "Chaque
fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe vous
annoncez sa mort jusqu'à ce qu'il vienne ", nous dit
saint Paul (1 Co 11,23-25). C'est donc par le mémorial de ce
repas que nous sommes atteints maintenant par ce que le Christ a fait
pour nous. C'est le repas de communion à la vie divine en
attendant le repas des noces du Christ et de son Église
célébré au Festin du Royaume.
L'apôtre
Jean et Judas
Jean se penche sur
le coeur aimant du Christ. Il est troublé par
la révélation que Jésus vient de leur faire : il
sera trahi par l'un d'eux (Jn 13,21). Jean lui demande affectueusement
: "Seigneur, qui est-ce?"
Le Christ le bénit, lui qui est penché vers Lui. Mais au
même moment, un autre apôtre se penche vers une coupe pour
y tremper son pain. C'est lui qui trahira. Par son mouvement, cet
apôtre sort du cercle de communion et c'est alors que le cercle
divin devient pour lui le lieu de son jugement.
Jean entend battre
le coeur de son Dieu. Appuyé sur la poitrine
du Maître, il saisit la signification du sacrifice qui est
offert. Il n'y aura d'ailleurs que Jean pour nous livrer dans son
évangile le discours sur le Pain de vie. Et nous lui devons
aussi le discours après la Cène.
Image de
l'Église
L'icône de
la Cène pascale est l'icône de
l'Église. L'Eucharistie constitue l'Église, c'est elle
qui l'établit comme "corps du Christ". Par l'attitude des
apôtres représentée ici, l'icône nous
révèle quelque chose de notre propre attitude face au
mystère de l'Église. Tandis que l'un va au bout de ses
trahisons, un autre se rapproche du Christ et se penche sur son coeur,
d'autres enfin, causent amicalement entre eux, inconscients de ce qui
se passe vraiment. Pourtant, ce qui est révélé
ici, c'est la plénitude de la signification du sacrifice du
Christ: passer par la mort pour rejoindre ensuite la multitude et
s'offrir à elle en nourriture pour lui donner la vie du
Père. L'icône représente le mystère du salut
confié à l'Église et représente aussi la
réalité humaine face à ce mystère.
|
En grec, aujourd'hui encore, on dit
"eucharistô" pour dire "merci". L'eucharistie désigne une
action de grâce, un remerciement adressé à Dieu,
une reconnaissance de l'oeuvre divine. L'icône de la
Dernière Cène représente donc non seulement
l'événement mais aussi l'action même de Dieu en
notre faveur.
Saint
Ambroise
écrit : "Celui qui souffre d'une blessure a besoin d'un
remède. Pour nous, le péché sous lequel nous
sommes est une blessure; le remède, c'est le sacrement
céleste et véritable." (De sacramentis V, 4,25) |
|
|
Texte
adapté pour le site
(Jn
13,1-17)
Réflexion
de Jean Vanier
Au cours du
dernier repas avec ses disciples, Jésus se met à leur
laver les pieds. Pierre le regarde: "Toi, me laver les pieds?"
Pierre a un sens de la hiérarchie. Il y a des gens en haut et
des gens en bas. Il a un sens de ce que sont nos
sociétés: quelques personnes en haut et une foule immense
en bas. Pierre ne
veut pas se laisser laver les pieds car "ce n'est pas dans l'ordre des
choses." L'attitude de Pierre est une réaction normale et
naturelle. Ce qui est plus surprenant, c'est la réaction de
Jésus : "Si je ne te lave pas, tu n'as pas de part avec moi. Le
Royaume ne fera plus partie de ton héritage. Tu n'es plus mon
disciple." Ce sont des paroles très fortes. Il est parfois
difficile pour nous de les prendre au sérieux.
Pierre
panique :
"Alors Seigneur, pas seulement les pieds mais aussi
les mains et la tête." Jésus dit : "Comprenez-vous ce que
je vous ai fait? Vous m'appelez Maître et Seigneur, et vous dites
bien, car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, vous
aussi vous devez vous laver les pieds les uns des autres." Pourquoi
Jésus nous lave-t-il les pieds et pourquoi demande-t-il que nous
nous lavions les pieds les uns aux autres?
Le
lavement des
pieds comme
signe d'amour
Quand
Jésus
s'agenouille devant les pieds de ses disciples il
sait que le lendemain il sera mort. Mais il veut avoir un moment avec
chaque disciple. Pas seulement pour dire au revoir. Il veut les
toucher,
toucher leurs pieds, toucher leurs corps, les toucher avec tendresse et
amour. Il dit peut-être une parole à chacun, il les
regarde dans les yeux. Il y a un moment de communion. Le lavement des
pieds et l'institution de l'Eucharistie sont intimement liés.
Nous sommes appelés à manger le Corps du Christ pour
pouvoir nous laver les pieds les uns aux autres.
C'est
un moment
particulier de Jésus avec ses disciples:
Jésus a dû toucher ces corps avec un immense respect. Il
leur révélait, d'une façon spéciale, son
amour pour eux. Mais il leur révélait aussi que chacun
d'eux était beau, choisi et aimé, pour continuer cette
mission, qui est sa mission.
Jésus
nous purifie afin
que nous puissions accueillir son Esprit
Lorsque
Jésus lave les pieds de ses disciples, il lave les pieds
pour montrer que c'est leurs coeurs qu'il veut purifier. Jésus
ne juge pas, il ne condamne pas; il purifie. Il veut seulement que nous
soyons un peuple de la résurrection - des personnes debout qui
croient au don de Jésus pour pouvoir apporter ce don à
notre monde brisé.
Le lavement des
pieds
pour nous transfomer en un Corps

Jésus
veut
que nous découvrions l'Église comme un
Corps où chacun est important, où la fonction de
responsable est importante parce que le corps en a besoin. Mais nous
sommes tous comme frères et soeurs dans le même Corps qui
est inspiré, motivé et habité par l'Esprit
Saint.
Le
lavement des
pieds est symbolique. C'est un geste qui parle de
service, de communion, de pardon mutuel, de co-existence,
d'unité. Mais Jésus insiste tellement sur le lavement des
pieds, sur le fait de toucher le corps, que je crois que ce symbole est
aussi un sacrement. C'est quelque chose de très spécial.
Je crois que Jésus insiste sur le lavement des pieds parce que
nos corps sont précieux, parce qu'ils sont Temples de l'Esprit.
Nous
sommes
appelés à être en communion, à
nous pardonner les uns les autres, à nous servir les uns les
autres, et à découvrir que nous sommes appelés
à marcher ensemble. Nous sommes tous appelés à
nous faire petits, à nous servir dans la droiture et la
vérité comme Jésus. D'une certaine manière
nous voulons suivre Jésus sur ce chemin qui descend. C'est aussi
le chemin par lequel nous nous élèverons avec lui pour
être un signe de la résurrection dans notre monde.
|
|
Mon
expérience avec Éric
Nous avions
accueilli Éric qui avait vécu douze ans dans
un hôpital psychiatrique. Il était aveugle et sourd. Il ne
pouvait pas marcher et ne pouvait pas manger seul. Il vivait avec une
angoisse immense au-dedans de lui, et un grand désir de mourir.
Il vomissait tout ce qu'il mangeait. Il n'était qu'angoisse et
douleur. Notre mission à l'Arche était de l'aider
à passer de l'envie de mourir à l'envie de vivre, d'un
sentiment de n'être bon à rien à un sentiment
d'avoir de la valeur et de l'importance, d'un sentiment de
culpabilité à un sentiment de confiance. On ne peut faire
cela qu'à travers le pouvoir transformateur de l'amour; l'amour
qui nous révèle que nous sommes beaux; l'amour qui
comprend notre souffrance et nos besoins, l'amour qui fait la
fête; l'amour qui investit de puissance et nous appelle à
être et à être nous-mêmes; un amour qui
pardonne.
Mais comment
pouvions-nous révéler cela à
Éric? Il était sourd et aveugle. Nous n'avions que nos
mains pour communiquer; ces mains incroyables que Jésus nous a
données, les mains qui donnent la sécurité, la
paix, qui manifestent l'amour, mais aussi des mains qui peuvent
blesser, prendre, abuser. J'avais le privilège de donner son
bain chaque matin à Éric, de tenir son petit corps nu
dans mes bras. À travers nos mains (pas seulement les miennes
mais celles de toute la communauté), nous lui avons fait
comprendre qu'il était beau. Il faut toucher les gens avec un
profond respect, avec tendresse. Nos mains, et pas seulement nos voix,
peuvent transmettre l'amour de Jésus. Le Verbe s'est fait chair
pour que notre chair devienne parole. Notre chair, par la puissance de
l'Esprit Saint, peut révéler leur valeur aux personnes,
peut leur révéler qu'elles sont chéries et
aimées de Dieu. |
|
|
Texte
adapté pour le site
(Jean
18,28-40 à
19,1-16)

Cette icône
écrite par Théophane le Grec (1330
à 1410 environ) est la sixième de douze icônes
représentant "La Sainte Passion de notre Seigneur". Elle
illustre la comparution de Jésus devant Pilate où il est
question de la Royauté de Jésus ainsi
que celle de la vérité. Souvenons-nous que dès
l'entrée de Jésus à Jérusalem, sa
Royauté avait été proclamée; il avait
été accueilli comme roi par la foule des petits
rassemblés autour de Lui. Maintenant, quelques jours
après cet événement triomphant, sa Royauté
est rejetée par le Sanhédrin et sera
méprisée par les Romains.
Première
comparution
Les
personnages
à droite sur l'icône sont le groupe des
Juifs qui ont amené Jésus devant Pilate pour que
celui-ci le condamne à mort. Mais d'abord, Pilate veut
vérifier si ce Jésus est vraiment un roi et, s'il l'est,
est-ce que sa royauté menace celle de César au nom
duquel il
gouverne? Pilate interroge donc Jésus: "Tu
es le roi des Juifs?"
(8,33) La
réponse de Jésus est surprenante: "Dis-tu
cela de toi-même ou d'autres
te
l'ont-ils dit
de moi?"
(v.34) Jésus ne nie pas sa
Royauté, sans toutefois l'affirmer clairement comme lors de son
entrée à Jérusalem. Il laisse planer la question.
On peut aussi penser que Jésus s'adresse à Pilate
personnellement, cherchant à sonder le coeur de celui-ci
plutôt que sa raison. Il l'amène sur le plan de la foi en
délaissant les craintes politiques suscitées par sa
personne. Pilate se défend: "Est-ce
que je suis Juif moi?"
(v.35) Comme si,
pour croire en
Jésus, il fallait être de sa nation. Pilate refuse donc
d'entrer dans la sphère personnelle, préférant
agir
selon sa fonction de gouverneur afin de ne pas avoir à
se positionner face à la personne de Jésus. Pilate
rappelle donc à Jésus comment il est arrivé devant
lui: "Ta
nation et les grands
prêtres t'ont livré à moi. Qu'as-tu donc fait?"
(v.35) Le gouverneur est d'abord intéressé aux faits,
à la réalité sur laquelle il pourra soit condamner
soit libérer.
Mais
la
réalité de Jésus est d'un tout autre
ordre
que celui des faits, du matériel identifiable et
vérifiable. "Mon
royaume
n'est pas de ce monde..."
(v.36). -- "Tu
es donc roi?"
-- "C'est
toi qui le dis. Je suis né
et je suis venu en ce monde pour rendre témoignage à la
vérité. Quiconque est de la vérité
écoute ma voix." (v.37)
Et
voilà que Pilate
cherche justement à connaître la vérité dans
cette comparution: "Qu'est-ce
que la
vérité?"
(v.38) Qui dit
vrai? Les Juifs qui
veulent la mort de Jésus ou Jésus lui-même? Y
a-t-il vraiment un motif pour le condamner?
Pilate
sait qu'il
ne peut pas mettre quelqu'un à mort sans crime
grave. Jésus n'a rien fait de mal contre l'état romain,
il ne s'est pas soulevé contre celui-ci. Pilate ne peut donc pas
le condamner. En retournant vers les Juifs après cette
première comparution, le gouverneur affirme n'avoir
trouvé en Jésus aucun motif de condamnation (v.38). Il
cherche à se défaire de cette situation ambiguë
proposant aux Juifs de leur libérer quelqu'un pour la
Pâque
(v.39). Ceux-ci choisissent Barabbas (v.40). Pilate livre donc
Jésus à la flagellation (19,1).
Deuxième
comparution
Jésus
n'est toujours pas condamné;
il doit donc revenir
devant Pilate. Le gouverneur romain espérait peut-être
obtenir la pitié des Juifs en amenant devant eux Jésus
flagellé et couronné d'épines. Mais c'est le
contraire qui se produisit, réclamant de Pilate la mort de cet
homme. Pilate résiste, mais en entendant les paroles: "...il
doit mourir parce qu'il s'est fait
Fils de Dieu"
(v.7), il est
encore davantage effrayé.
Pilate comprend peut-être à ces mots, que
reconnaître la vérité est une chose capitale. Et
voici qu'en cette deuxième comparution, Pilate ne s'interroge
plus sur l'identité de Jésus, mais sur son origine: "D'où
es-tu?"
(v.9)
Jésus ne répond pas; il demeure silencieux. Cela provoque
chez Pilate cette affirmation: "Ne
sais-tu pas que j'ai pouvoir de te crucifier?"
(v.10) Et voici
comment Jésus positionne sa Royauté: "Tu
n'aurais aucun pouvoir sur moi, si
cela ne t'avait été donné d'en-haut..."
(v.11). Comme si Jésus disait à Pilate: La
vérité, la voici: il y a
Quelqu'un de plus grand que toi et c'est mon Père. Si Je Suis
devant toi, c'est parce que je suis en parfaite concordance avec Lui.
Il m'a conduit jusqu'ici et ce qui doit arriver, doit arriver. Ne
t'inquiète pas car "celui qui m'a livré à toi a un
plus grand péché"
(v.11).
Jésus
rassure Pilate que tout se passe selon une Volonté explicite
d'En-Haut que sans le regard de la foi il ne peut comprendre. À
partir de ce moment, "Pilate
cherchait à le relâcher"
(v.12). Mais après s'être lavé les mains de cette
affaire, Pilate se voit dans l'obligation de livrer
Jésus pour être crucifié (v.16).
Le nom de cette
icône
peut sembler inapproprié
considérant qu'elle illlustre la flagellation et le couronnement
d'épines de Jésus. Mais si l'on regarde le mystère
pascal comme la célébration des noces de l'Agneau, le nom
d'Époux trouve son sens profond et juste. Cette icône,
où le Christ épouse notre humanité jusque dans ses
souffrances les plus profondes, a aussi comme nom "Le Fiancé" puisque sur la
Croix, Jésus deviendra l'Époux. Ou, encore, elle porte le
nom de "L'humilité
extrême".
Contemplons
ensemble ce chemin souffrant que le
Christ a choisi pour nous conduire au Père.
L'humilité
de
Jésus se reflète entièrement
dans cette icône: il a choisi de se dépouiller
lui-même en prenant la condition de serviteur. Il s'est
abaissé en devenant obéissant jusqu'à mourir et
à mourir sur une croix (Ph 2,7-8). Cette obéissance de
Jésus peut nous sembler injuste, mais dans le regard de l'amour,
elle est la voie royale qui l'a conduit à son
élévation comme Seigneur (Ph 2,11). "Une
fois
élevé de terre,
j'attirerai à moi tous les hommes"
(Jn 12,32). Son
abaissement divin dans son incarnation et son abaissement humain
jusqu'à se laisser défigurer par nos
péchés, n'est-ce pas la porte étroite nous ouvrant
le mystère de notre salut?
Le
Père nous a tant
aimés, qu'il nous a livré son
Fils, son Unique, pour nous épouser à Lui. Pourquoi nous
l'a-t-il livré? Parce que nous avions péché et que
la conséquence ultime de notre faute est la mort. Ne fallait-il
pas que Jésus aille jusque là pour nous relever et pour
nous sortir de cette impasse? Devant ce mystère de Jésus
humilié, il y a deux sentiments qui surgissent. Celui du
repentir et de la contrition qui nous fait dire : "Pardon, Seigneur,
pardon!" et celui de l'émerveillement et de l'action de
grâce nous faisant voir le don immense qui nous est fait. Quand
nous prenons conscience de notre faute, nous réalisons en
même temps notre incapacité à la réparer par
nous-mêmes. À ce moment, il n'y a qu'un seul remède
capable de remédier à notre mal: contempler longuement le Christ souffrant sa
passion. Car si le Christ l'a souffert avec tant d'amour, c'est
justement pour nous sortir de nos ténèbres.
|
Point
de prodigue sans
pardon qui le cherche,
Nul n'est trop loin pour Dieu;
Viennent les larmes où le Fils renaît,
Joie du retour au Père!
Point de blessure que sa main ne guérisse,
Rien n'est perdu pour Dieu;
Vienne la grâce où la vie reprend,
Flamme jaillie des cendres!
Point de ténèbres sans espoir de lumière,
Rien n'est fini pour Dieu;
Vienne l'aurore où l'amour surgit,
Chant d'un matin de Pâques! |
|
Seul l'Amour du Père et
du Fils peut faire naître en notre
coeur cette espérance. Eux seuls ont la capacité de nous
sortir de nos morts intérieures, trop souvent infligées
par un manque d'amour. Croyons que par les blessures de cet
"Époux-aimant", nous pouvons en être relevés. Si
Jésus a incliné la tête en signe de soumission,
s'il s'est laissé couronné d'épines sans ouvrir la
bouche pour protester; s'il a accepté de laisser ses mains se
faire lier, c'était pour vaincre, par la puissance de
son amour, tout ce qui nous emprisonne et tout ce qui nous humilie au
plus profond de nous-mêmes. Jésus-Époux est celui
par qui notre coeur devient l'épouse du Père. Son
humilité extrême fait de lui le Serviteur-livré par
qui nous recevons notre salut.
*Icône
écrite par soeur Ginette Généreux, recluse
missionnaire
LA
CRUCIFIXION DE JÉSUS
Mt 27,32-56 // Mc 15,21-41 // Lc 23,33-46
// Jn 19,16-37
Méditation de Michel St-Onge
Le bois qui était arbre de vie au
Jardin d'Éden
se dresse à nouveau pour donner la
vie au monde.
La croix occupe pratiquement tout l'espace
de l'icône,
elle
s'élance vers les quatre
points cardinaux.

La Croix
La
Croix se dresse
sur le
Golgotha, considéré comme le centre du monde dans la
tradition biblique. Elle déchire la terre pour donner
accès à la grotte des ténèbres. Elle
constitue ainsi le lien entre le ciel, d'où vient la
lumière du monde, et la grotte où se cachent les
ténèbres, lieu où s'est retrouvé Adam en se
séparant de Dieu. C'est la Croix qui fait un chemin à la
lumière pour que celle-ci puisse se glisser dans les
ténèbres de la mort. Cette Croix manifeste à la
fois le péché et la grâce. D'une part, elle nous
montre jusqu'où l'humanité pécheresse peut aller:
mettre à mort un innocent. D'autre part, elle nous montre
jusqu'où Dieu, dans son amour pour nous peut aller: donner sa
vie. Ces deux réalités sont ici une lutte. La mort,
à première vue, semble l'emporter sur Jésus.
L'icône, cependant, nous montre une toute autre vision de la
réalité du salut.
Le Christ
Le Christ est
présenté comme "le Roi de Gloire et des Anges". Il n'est
pas représenté comme dominé par les forces du mal,
comme étant en situation d'échec. Il domine la situation:
les bras bien droits, il est représenté comme le Fils de
Dieu vainqueur de la mort. L'aspect doloriste est absent de la
représentation du Christ. Il apparaît maître de la
situation: Personne
ne m'enlève la vie, c'est moi qui la donne
(cf. Jn10,18). C'est pourquoi les
icônes illustrant la Crucifixion ne présentent jamais un
corps supplicié. Elles nous mettent en présence du
Maître de la vie qui s'offre en sacrifice. Sur la Croix, le
Christ domine, il règne. L'icône représente
l'événement du sacrifice sur la Croix un peu comme
l'hymne aux Philippiens:
|
Lui
qui est de condition divine
n'a pas
considéré comme une proie
à
saisir
d'être l'égal de Dieu.
Mais il s'est
dépouillé,
prenant la
condition de
serviteur,
devenant
semblable aux
hommes,
et, reconnu
homme
à son aspect,
il s'est
abaissé
jusqu'à la mort
et à
la mort sur
une croix.
Aussi Dieu
l'a-t-il
exalté
et lui a
donné le
Nom
qui est
au-dessus de tout
nom,
pour que
tout, au nom de
Jésus,
s'agenouille,
au plus
haut des cieux,
sur la terre
et dans les
enfers,
et que toute
langue
proclame
de
Jésus Christ,
qu'il est Seigneur,
à la
gloire de
Dieu le Père.
(Ph 2,6-11)
|
|
L'icône présente
donc la "kénose" du Christ (littéralement, en grec, ce
mot signifie "se vider") mais en même temps, elle présente
aussi son exaltation. Par la Croix, le Christ est placé
au-dessus des hommes, il s'élève déjà vers
Dieu.
L'événement
de la
Crucifixion est présenté comme le combat de la
lumière et des ténèbres. Jésus n'est pas
ici drapé du vêtement lumineux de la Transfiguration. Il
est dépouillé, vêtu d'une toute petite pièce
de tissu blanc. Mais malgré ces apparences de victoire de
l'injustice humaine qui met à mort l'innocent, "en lui était
la vie et la vie était lumière des hommes, et la
lumière brille dans les ténèbres et les
ténèbres n'ont pu en venir à bout" (Jn
1,4-5). Le Christ est Celui qui donne
sa vie.
C'est pourquoi certaines icônes le montrent portant des
vêtements sacerdotaux. Elles expriment ainsi la fonction de grand
prêtre exercée par le Christ en s'offrant lui-même
en sacrifice pour le rachat du péché du monde. On verra
ailleurs le Christ portant une couronne royale, mettant l'accent sur sa
royauté au moment même où il souffre.
L'Église,
Épouse du Christ
Jésus
se dresse droit
sur la Croix et la paix s'exprime sur son visage. Il est comme endormi.
Les Pères de l'Église comparent le sommeil de la mort du
Christ en Croix à celui d'Adam au paradis. En effet, lorsque
Dieu voulut donner à Adam une compagne, il le plongea dans un
profond sommeil au cours duquel il modela la femme de sa côte (Gn
2,21-22). De même, du côté transpercé du
Christ, l'Église prend naissance. Ce rapprochement du premier et
du second Adam dans le sommeil qui donne vie à celle qui sera
son épouse, indique que l'Église est la chair de la chair
du Christ. Qu'en elle coule le sang divin; que l'Église est,
comme le Christ, de nature divine. C'est le sacrifice du Christ qui
donne vie à l'Église.
|
L'un
des soldats ouvrit le
côté de Jésus de sa lance, et il en sortit
aussitôt du sang et de l'eau. Il faut remarquer ce que note saint
Jean: c'est-à-dire ces mots: "il ouvrit". N'est-ce pas
suggérer ainsi que s'entrouve la porte de la Vie?
St-Augustin
|
|
Du
côté transpercé du
Christ, l'Église naît. Elle reçoit la vie par l'eau
du Baptême et par le sang de l'Eucharistie (Jn 19,34). C'est
pourquoi, souvent, un ange vient recueillir le sang du Christ dans un
calice alors qu'il sort du côté transpercé. C'est
le sang eucharistique offert à l'Église pour le salut du
monde. Ce sang coule également le long de la Croix et
pénètre dans la brèche ouverte dans la terre pour
atteindre la grotte des ténèbres. Le sang du Maître
de la vie y pénètre et va marquer le crâne d'Adam
comme une onction qui le désigne comme l'élu de Dieu pour
participer à la Vie même de Dieu. Le sang de Jésus
est versé pour nous, pour redonner vie à nos os
desséchés. Désormais, ce qui semblait sans espoir
est rendu possible dans le Christ.
Marie
et Jean
Marie assiste au
sacrifice de son fils. Sa
main droite montre le Maître de la vie, alors qu'elle
ramène sur elle son voile de la main gauche en signe de
recueillement. Elle s'unit à l'amour de Dieu. Son visage montre
une douleur retenue, dominée par une foi inébranlable. De
l'autre côté, se tient Jean, le disciple aimé de
Jésus. Un si grand mystère le plonge dans une
méditation profonde. Par son geste, soit qu'il veuille se
couvrir les yeux devant le spectacle d'injustice auquel il assiste,
soit qu'il porte la main à sa joue comme le disciple attentif
à l'enseignement du Maître. Derrière lui se tient
le centurion, représentant des non-juifs qui, contemplant la
Croix, confesse la divinité de Jésus.
Le Salut de toute l'humanité
Le
sacrifice du
Christ se
déroule devant les murs de la Jérusalem terrestre que
l'on représente en arrière-fond. Ce détail n'est
pas là seulement pour rappeler la dimension historique de
l'événement. Il a une signification spirituelle: la
passion a lieu hors des portes de la cité, hors des limites d'un
peuple et d'une culture. Par ce sacrifice, c'est l'humanité
toute entière qui est réintégrée dans la
Jérusalem céleste, dans le Royaume de Dieu. Ce
détail de la muraille de Jérusalem se joint à la
dimension universelle de la Croix qui couvre les quatre points
cardinaux pour signifier que le Christ s'offre en sacrifice pour tous.
La Croix devient donc le rappel de l'invitation faite par Jésus
d'aller au-delà des frontières dans l'annonce de son
amour.
*Première
icône
écrite par soeur Jacqueline Poirier, recluse missionnaire
**Deuxième icône écrite par Emmanuel Lambardos, 17e
siècle
Texte
adapté pour le site
L'ICÔNE
DE LA RÉSURRECTION
Méditation
de Michel St-Onge
Selon saint Grégoire le Théologien, la
Résurrection du Christ c'est "la fête des fêtes et
la célébration des célébrations".
L'icône de la Résurrection, contrairement aux images
religieuses de Pâques, ne peut donc pas représenter un
événement historique passager: la sortie du tombeau.
L'oeuvre de puissance de Dieu accomplie par la résurrection du
Christ n'est pas simplement, comme ce fut le cas pour Lazare, un don
renouvelé de vie humaine qui conduirait à nouveau
à la mort. La Résurrection du Christ c'est la victoire de
Dieu sur la mort, la victoire de la lumière sur les
ténèbres, la victoire de l'humilité de Dieu sur
l'orgueil de l'homme.
L'icône se doit donc d'exprimer le salut de toute
l'humanité. Le Christ est né pour nous sauver, pour nous
ouvrir à nouveau les portes du paradis où nous pouvons
à nouveau vivre heureux avec Dieu. Si le Christ lui-même
n'était pas ressuscité, comment ses promesses
auraient-elles quelque valeur? N'a-t-il pas dit: "Je suis la
résurrection et la vie" (Jn 11,25). L'apôtre Pierre
exprime que le salut n'est pas accompli seulement par la mort du Christ
mais également par sa résurrection (1 P 3,18-22). La
Résurrection du Christ et le salut de l'humanité sont la
même réalité que l'icône va exprimer en
conjuguant le retour à la vie du Christ et le retour à la
vie d'Adam et d'Ève.

L'icône de la
Descente aux
enfers
C'est
l'icône généralement associée à
la fête de la Résurrection. L'icône de la
Crucifixion montrait le centre de la terre déchiré par la
Croix. Ainsi, un passage était ouvert pour que le sang du Christ
lui permette de pénétrer dans les ténèbres
de la mort et rejoindre ainsi Adam. Par la mort, Dieu allait retrouver
l'homme là où son orgueil l'a conduit. L'icône de
la Descente aux enfers, elle,
montre
le Christ, source de Vie, au milieu des morts. Le Christ apparaît
non pas comme un des captifs de la mort mais bien comme le
véritable Maître de la Vie. Il est
représenté dans la même lumière que dans
l'icône de la Transfiguration. Il est cependant ici en mouvement,
car il accomplit l'oeuvre du salut. Jaillissant comme la lumière
dans le gouffre des ténèbres, il brise les portes de
l'enfer qui reposent désormais sous ses pieds. Jésus
domine maintenant les forces du mal et saisit à pleine main Adam
et Ève pour les arracher vigoureusement de leurs tombeaux.

Adam et Ève
L'icône de la Descente aux
enfers devient en quelque sorte l'icône des retrouvailles
de Dieu et de l'humanité. Le premier et le nouvel Adam sont
maintenant face à face. Le lien est recréé entre
Adam et la source de sa vie: la main créatrice de Dieu qui
rattrape Adam dans sa chute jusque dans la mort. Dans ce moment
merveilleux, le vieil Adam contemple son libérateur d'un regard
joyeux, empreint de fatigue. Il tend une main morte, tombante mais
restée libre, dans un mouvement d'accueil et de prière
reconnaissante. Ève, elle, tend aussi sa main libre vers son
libérateur mais en la couvrant par respect pour la
présence divine reconnue dans le Christ.
Personnages
Derrière Ève se pressent Moïse et les justes, le
peuple des élus de Dieu. Derrière Adam, on retrouve les
rois David et Salomon qui accueillent le Sauveur dans la prière.
Devant eux, Jean le Précurseur reconnaît le Christ comme
Agneau de Dieu et dirige vers lui la foule des morts, comme s'il disait
encore une fois: "Voici Celui qui
enlève le péché du monde" (Jn 1,29). De
plus, on retrouve le prophète Daniel, celui qui, pour la
première fois, a prophétisé dans l'Ancien
Testament la résurrection individuelle (Dn 12,1-3): "Et à ce moment, ton peuple sera
sauvé... Et beaucoup de ceux qui dorment dans la
poussière de la terre se lèveront, pour la vie
éternelle, ils brilleront comme la splendeur du firmament, et
parmi les nombreux justes, ils brilleront encore, comme des astres dans
l'Éternité." Tous ces personnages
témoins du salut donné à Adam et Ève font
de
la scène un événement d'Église.
Grotte ouverte
Le Maître de la Vie a rejoint les morts pour les ramener avec lui
auprès du Père. Au-dessus de lui, la grotte est ouverte
pour montrer que le passage vers les cieux est maintenant libre.
L'icône est remplie de lumière, de mouvement, de vie. Elle
suscite l'espérance en nous montrant le Christ qui nous tire
hors de la mort pour nous faire entrer dans sa propre lumière.
En effet, Jésus est lui-même entouré du cercle de
la mandorle, symbole de la gloire éternelle de Dieu, comme
à la Transfiguration. Mais ici, il entraîne Adam et
Ève pour les faire pénétrer dans ce cercle divin,
Eux se mettent en mouvement pour l'y rejoindre.
Victoire de la Vie
sur la mort
La lumière du monde s'est infiltrée dans les
ténèbres de la mort où elle brille encore plus
qu'en plein jour. Oui, la vie a été plus forte que la
mort, l'humilité de Dieu plus forte que notre orgueil. Lorsqu'on
se rappelle combien, dans la grotte de la Nativité, la
lumière était petite et que l'on voit maintenant comment
elle prend toute la place, notre coeur ne peut que tressaillir
d'allégresse. Le Christ nous entraîne à sa suite,
il nous ouvre le chemin vers le Père; il est pour nous le chemin
vers la vie en plénitude, il est la vérité qui
libère. Puisque la résurrection du Christ nous fait
entrer dans la vie du Père, vivons dans la joie des
ressuscités!
|

|
|
APPARITION
À MARIE DE MAGDALA
et
L'INCRÉDULITÉ DE THOMAS
Mc 1,11 // Jn 20,11-18
et 19-29
Pour
ce temps pascal, nous méditerons à partir de deux
icônes illustrant deux apparitions du Christ ressuscité.
La première icône évoque l'apparition de
Jésus à Marie de Magdala le matin de Pâques et la
deuxième icône illustre l'apparition de Jésus aux
disciples huit jours après Pâques. De belles
lumières surgissent en contemplant ces deux apparitions!
L'apparition
à Marie de
Magdala
Alors
que Marie se rendra au tombeau remplie de chagrin, elle retournera vers
les apôtres submergée par la joie. Ses yeux ont vu Celui
que son coeur aime, ses oreilles ont entendu la voix de son
Bien-aimé qu'elle cherchait tant après sa disparition.
Mais, Marie ne peut pas encore le toucher et c'est Jésus
lui-même qui le lui interdit. De là vient le nom de cette
icône : Noli me tangere - Ne
me touche pas.
C'est en entendant son nom, que Marie de Magdala reconnaîtra que
l'homme qui est devant elle n'est pas le jardinier, mais Jésus
lui-même. Son chagrin de l'avoir perdu l'avait aveuglée au
point
qu'elle cherchait un corps mort, ignorant qu'elle pouvait à
nouveau le
contempler vivant et victorieux de la mort. La voix du Maître,
Marie la
connaissait pour l'avoir écoutée longuement. En entendant
prononcer son
nom, un déclic se fait; la voix a quelque chose de familier, de
connu
qui
résonne en son coeur. Elle s'ouvre à la
possibilité que cette voix soit celle de son Maître,
qu'elle nomme à son tour : Rabbouni!
Marie de Magdala, aussi nommée Marie-Madeleine, veut saisir les
pieds de Jésus, sans doute pour le retenir de partir à
nouveau. Tout amour veut posséder l'objet aimé. Mais elle
doit apprendre à donner Jésus aux autres et non pas
à le garder pour elle-même.
Jésus-Ressuscité, à nouveau Vivant, est la Bonne
Nouvelle à annnoncer à tous. La première mission
de Marie est d'aller dire aux disciples ce qu'elle a vu. Ce qu'elle
fera à toute vitesse, transportée par la joie de la
résurrection du Christ.
Dans les
Évangiles
Seulement deux évangélistes relatent cette apparition
particulière à Marie de Magdala. Marc ne fait que la
mentionner brièvement après le récit de l'annonce
d'un jeune homme "vêtu d'une
robe blanche" à un groupe de femmes dont Marie faisait
partie (16,5). D'après Marc, les femmes ne suivirent pas
l'instruction de l'Ange d'aller dire
aux disciples que Jésus est ressuscité et qu'il les
précéderait en Galilée, car "elles avaient peur"(16,8). Suit
immédiatement le récit de l'apparition à Marie de
Magdala. Rien n'est dit dans cet Évangile sur l'apparition comme
telle, mais nous savons
que Marie l'a rapportée aux disciples qui ne la
crurent pas (16,11).
C'est grâce à l'évangile de Jean si nous avons ce
beau récit du dialogue entre Jésus ressuscité et
Marie. Jean en relate plus de détails, car c'est à cause
des dires de Marie de Magdala que lui et Pierre se rendent au tombeau
en courant (20,3-4). Si les autres disciples n'ont pas cru, Jean
lui, a cru quand il a vu le tombeau vide.
L'incrédulité
de
Thomas
Il
faudra attendre le soir de Pâques pour que les autres disciples
croient que Jésus est vraiment ressuscité. Réunis
ensemble dans un endroit où toutes les portes étaient
closes, Jésus vint au milieu d'eux. "Il leur montra ses mains et son
côté et les disciples furent remplis de joie"
(20,19-20). Mais ce soir-là, Thomas n'y était pas.
Et même s'il reçut le témoignage des disciples qui
avaient vu le Seigneur, il ne les a pas crus. "Si je ne vois pas dans ses mains la
marque des clous,(...) et si je ne mets pas ma main dans son
côté, je ne croirai pas" (20, 25). La mort de
Jésus a été tellement évidente, qu'il ne va
pas de soi de croire à sa résurrection. Thomas doit
lui aussi en faire l'expérience personnelle, après quoi,
il croira et deviendra un véritable apôtre donnant sa vie
pour le Christ et son Évangile. Mais il devra attendre huit
jours avant de voir Jésus ressuscité. Tandis que les
apôtres étaient dans la joie, Thomas demeurait dans son
incrédulité.
Ce qu'il y a de particulier chez ce disciple, c'est qu'il doit voir et
toucher les plaies de Jésus pour croire. C'est seulement aux
signes de la crucifixion que Thomas reconnaîtra que celui qu'il
voit devant lui est bien Jésus, le Maître qu'il a suivi
pendant les trois dernières années. Tandis que
Jésus a empêché Marie de lui toucher les pieds, il
invite Thomas
à mettre sa main dans son côté pour que celui-ci
devienne croyant. Après quoi, l'apôtre s'écrie : "Mon Seigneur et mon Dieu!" (20,
27-28). Thomas professe que Jésus crucifié et
ressuscité est bien son
Seigneur et son Dieu. Il n'a
plus de doutes!
Les marques de la crucifixion deviennent désormais un
critère de discernement pour reconnaître le Seigneur des
seigneurs, le Vrai Dieu. Celui qui s'est fait obéissant
jusqu'à la mort et à la mort sur une croix, est
exalté par le Nom qui est au-dessus de tout nom. C'est
uniquement devant lui que tout être s'agenouille pour proclamer
que Jésus Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le
Père (Ph 2,8-11).
Et
nous?
Marie de Magdala a été un témoin pour les
disciples et les disciples ont
été des témoins pour Thomas. Mais tous ont
dû faire cette rencontre personnelle avec le Vivant pour croire
en Lui. Il nous faut, à nous aussi, de ces témoins qui
ont vu Jésus. Leurs témoignages labourent notre coeur
afin de l'ouvrir à la possibilité de pouvoir rencontrer,
nous aussi, le Ressuscité. Même si la présence de
témoins dans nos vies est indispensable pour nous mettre en
route vers Jésus, il nous faut un jour en faire
l'expérience personnelle et ensuite devenir à notre tour
des témoins pour d'autres, afin qu'eux aussi le rencontrent.
L'expérience de chacun est unique. Elle peut ressembler à
celle de Marie qui, en entendant prononcer son nom, reconnaît son
Seigneur. Elle peut être semblable à celle de Jean, qui
croit que le Maître est Vivant en voyant le tombeau vide. Elle
peut être similaire à celle de Thomas, qui reconnaît
Jésus en touchant les plaies de sa passion et de sa mort.
Chacune de nos expériences avec le Christ Vivant est une
merveille, car c'est Jésus lui-même qui vient à
notre rencontre. Il se fait reconnaître d'une façon qui
correspond avec ce que nous sommes. Voilà un signe de l'amour
personnel de
Jésus qui nous connaît plus que nous nous connaissons
nous-mêmes. Que notre rencontre avec le Christ soit un chant de
louange qui sans cesse s'élève vers Lui en signe de
reconnaissance et d'action de grâces!
L'ASCENSION
Mc
16,19 //
Lc 24,50-51
Méditation
de Michel
St-Onge
Le terme
d'ascension suscite souvent
l'image de la séparation,
de l'éloignement, du départ définitif du Christ.
L'icône de l'Ascension nous permet de découvrir une
signification beaucoup plus profonde de l'événement. Elle
ne représente pas le Seigneur s'élevant au-dessus de ses
disciples, mais elle met l'accent sur la montée, sur la position
du Christ dans le cercle divin. L'icône présente une
superposition de deux réalités sur des plans
horizontaux: dans le haut, le Christ trône dans un cercle
porté par deux anges; dans le bas, la foule disparate des
disciples entourant la Mère de Dieu.
L'icône,
comme dans les Écritures, est discrète sur
l'événement. Elle insiste plutôt sur sa
signification. Les Évangiles et les Actes des Apôtres
résument l'événement en bien peu de mots. Le
récit ne s'arrête pas tant sur la montée au ciel
que sur le dernier enseignement de Jésus: la signification de
l'Église dans le monde et son lien avec Dieu. De même,
dans l'icône, le rassemblement de la communauté terrestre
qui occupe le bas de l'icône prend plus d'importance visuelle que
le Christ porté en gloire. L'Ascension est en effet une
fête du salut! Saint Léon le Grand disait: "Aujourd'hui
(comme
le bon larron), nous
sommes confirmés dans la possession du Paradis, nous avons
pénétré avec le Christ dans les hauteurs des
cieux...car là où a pénétré la
gloire de la tête, là aussi est appelée
l'espérance du corps...".
PARTIE
SUPÉRIEURE DE
L'ICÔNE
Le
Christ dans la
gloire
Dans la
partie
supérieure de l'icône, au centre du ciel,
on aperçoit le Christ trônant dans la gloire. Il
siège dans trois cercles concentriques, les sphères
cosmiques, appelées "mandorle". Ces cercles représentent
la gloire céleste. Ils constituent une image du ciel visible et
indiquent que désormais, le Fils incarné se situe dans le
monde divin. Symboliquement, le Sauveur est ainsi situé hors du
temps, dans l'éternité divine. Le Christ étend la
main droite en un geste de proclamation et il tient de la main gauche
le rouleau des Écritures qui nous sont proclamées sur la
terre. Ces gestes indiquent que la fonction du Christ se poursuit dans
l'éternité: il reste celui qui révèle la
Volonté du Père et qui accomplit les Écritures.
Son vêtement lumineux exprime sa
résurrection qui
l'arrache aux lois et aux nécessités de la nature
humaine. Soustrait à la loi de la pesanteur, il est
élevé au-dessus de l'humanité.
Les
anges
Le
cercle
céleste est porté par des anges. Ceux-ci
portent des vêtements de couleur. Ce sont les témoins de
l'Incarnation, les mêmes anges que l'on trouve dans l'icône
de la Nativité. Ce sont aussi les témoins de la Passion,
ceux que l'on trouve entourant la Croix dans l'icône de la
Crucifixion. La présence de ces anges témoins de la vie
terrestre du Fils de Dieu indique que si le Christ monte au ciel avec
son corps glorieux, ce corps porte toujours les marques de la
crucifixion et le souvenir de la vie terrestre. Jésus, par son
Ascension, ne devient pas un étranger pour nous. Il garde son
humanité, il l'amène auprès du Père.
PARTIE
INFÉRIEURE DE
L'ICÔNE
Dans le
bas de
la composition, les apôtres sont rassemblés
autour de Marie. L'icône, comme dans les Actes des
Apôtres (1,12), situe l'Ascension au Mont des Oliviers. C'est
pourquoi elle montre un paysage montagneux avec quelques oliviers.
Les
apôtres
Marie
est ici
placée bien au centre de la foule. À
gauche, six apôtres, dont Paul qui remplace Judas pour
compléter le groupe des choisis par le Christ. Paul
représente les fidèles qui, dans l'Église et
à travers les siècles, confessent le Christ à la
suite des apôtres. Ces apôtres situés à
gauche tendent la main vers le ciel ou vers l'avant: gestes qui
signifient la louange et la prédication. Les six apôtres
placés à droite, eux, sont paisibles et recueillis. Ils
contemplent Marie, icône de l'Église, qu'ils sont
appelés à rassembler depuis les extrémités
de la terre.
La
plupart des
apôtres sont vêtus de vert et de rouge. Le
vert est la couleur de l'espérance et de la vie. C'est la
couleur de l'Esprit vivificateur. Elle rappelle la promesse du Christ
à ses disciples, le jour même de l'Ascension, qu'il leur
enverra l'Esprit de vérité, gage d'espérance. Le
rouge, lui, symbolise l'amour qui rassemble, le sang de la
fraternité, le sang versé pour nous faire
reconnaître notre filiation à Dieu notre Père. Ces
couleurs ensemble signifient que les apôtres composent la "robe
bariolée de l'Épouse" (Ps 45,14-15).
Elles
expriment la
diversité dans l'unité d'un même corps.
Marie
La
Mère
de Dieu est debout et elle se tient dans une attitude de
prière. Toute paisible, dans la position de l'accueil et de la
disponibilité de la Volonté du Père, comme
à l'Annonciation. Maintenant, elle est disponible à la
gloire de son Fils, comme elle le fut à sa souffrance. Son
immobilité exprime sa fidélité
indéfectible. La position de l'Orante dans laquelle Marie est
représentée est la position que doit avoir
l'Église: elle exprime la disponibilité à la
Volonté du Père. Marie, seule à nous regarder,
nous invite, du geste des mains, à la paix. Elle devient chemin
vers son Fils.
Le
nimbe dont sa
tête est entourée signifie sa
participation directe au mystère représenté. Elle
accueille dans la communion de l'Église toute l'humanité.
Bien qu'aucune mention dans les Écritures ne signale sa
présence lors de l'Ascension, elle occupe tout de même une
place toute particulière. Placée directement sous le
Christ, elle est mise en lumière par la présence des deux
anges vêtus de blanc situés derrière elle.
Les
anges
Les
anges qui se
trouvent parmi les apôtres sont vêtus
d'une blancheur éclatante. Ils rappellent les messagers du jour
de la Résurrection (Lc 24,2 et Jn 20,12) qui annoncent que
Jésus est vivant. Ils annoncent ici le retour du Christ en
gloire à la fin des temps. C'est pourquoi ils sont parfois
représentés tenant un rouleau déployé sur
lequel on peut lire: "Gens
de
Galilée, pourquoi restez-vous
là à regarder le ciel? Ce Jésus qui vous a
été enlevé viendra de la même manière
que vous l'avez vu s'en aller vers le ciel" (Ac 1,11).
D'ailleurs, la
prophétie de Zacharie situe justement ce retour au Mont des
Oliviers.
La
mission de
l'Église
Le fait
que les
anges vêtus de couleur accompagnent le Christ
dans sa gloire et que les anges vêtus de lumière soient
placés au milieu des apôtres exprime que désormais,
la nature humaine est montée au ciel et que la nature divine est
restée sur terre au milieu de l'Église. Marie, celle qui
a porté le Christ en elle, exprime par son attitude le
rôle de l'Église: intercéder dans la prière
pour l'humanité toute entière. Dans cette icône de
l'Ascension, la Vierge a les mains ouvertes, placées devant elle
exprimant la profession de foi des martyrs. Le rôle de
l'Église est de porter témoignage, de proclamer sa foi
dans le monde. La rigidité de la posture de Marie suggère
l'immuabilité de la vérité qu'annonce
l'Église. La diversité des positions et des gestes des
apôtres, elle, exprime la multitude des cultures dans lesquelles
cette vérité est accueillie. Dans cette diversité,
ce qui crée l'unité, c'est le fait que chacun soit
tourné vers le Christ, son Seigneur.
L'icône
de
l'Ascension, comme les paroles du Christ à
cette occasion, est comme un appel: tournons-nous, nous aussi, vers le
Christ notre gloire et notre salut. Il nous dit aujourd'hui, comme
l'exprime Méliton de Sardes: "C'est
moi qui vous entraîne vers les cimes des cieux. Car c'est moi qui
vous ressusciterai et vous ferai voir le Père qui est de toute
éternité. Oui, c'est moi, qui de ma main puissante, vous
ressusciterai."
Texte
adapté pour le site
Ac
2, 1-41 // Jn 20, 22-23
Méditation de Michel
St-Onge
Non seulement Jésus avait-il annoncé la venue de l'Esprit
Saint après son Ascension dans la gloire, il avait aussi
annoncé son action: "Quand il
viendra, lui, l'Esprit de vérité, il vous guidera vers la
vérité toute entière" (Jn 16, 13). Le
don de l'Esprit constitue donc l'aboutissement de l'oeuvre salvifique
du Christ. Comme le dit saint Athanase d'Alexandrie: "Dieu s'est fait
porteur de la chair pour que l'homme puisse devenir porteur de
l'Esprit." Par son Incarnation, Dieu s'est fait participant
à
notre humanité pour lui laisser son Esprit en héritage.
L'icône de la Pentecôte met en image cette
vérité.

La Pentecôte
annoncée dans l'Ancien Testament
Le prophète Joël avait annoncé
l'événement: "...je
répandrai de mon Esprit sur toute chair..." (Jl 3,1),
et puis, il ajoute: "Tous ceux qui
invoqueront le nom de Dieu seront sauvés" (Jl 3,5). Le
livre des Actes des Apôtres rapporte comment, sous la puissance
de l'Esprit, Pierre, au risque de sa vie, affirme avec autorité
devant les juifs stupéfaits et devant les disciples remplis de
joie: "Que toute la maison
d'Israël le sache donc avec certitude: Dieu l'a fait Seigneur et
Christ, ce Jésus que vous, vous avez crucifié" (Ac
2,36), et "...il n'y a pas sous le
ciel d'autre Nom donné aux hommes par lequel il nous faille
être sauvés" (Ac 4,12).
Voilà la vérité à laquelle il nous fallait
accéder: c'est par l'invocation du nom de Jésus que nous
sommes sauvés, lui que Dieu a fait Seigneur. L'Esprit Saint
ouvre les coeurs à cette vérité. C'est pourquoi,
après la Pentecôte, les disciples de Jésus seront
appelés "ceux qui invoquent
le Nom de Jésus" (Ac 9,14 et
1 Co 1,2). On se réunit en son Nom (Mt 18,20), on rend
grâce à Dieu au nom de Jésus (Ep 5,20), on souffre
à cause de Son Nom et on est heureux à cause de Lui (2 Th
1,12) et tout ce qu'on fait doit "glorifier
le Nom de notre Seigneur Jésus" (Col 3,17).
L'icône
L'icône de la Pentecôte met en image ce moment où
les apôtres reçoivent ce que le Père avait promis:
le baptême dans l'Esprit Saint (Ac 1,4-5). Elle illustre aussi
l'effet de ce baptême: la vie de l'Église, corps du Christ
ressuscité. Bien que le récit des Actes des Apôtres
dise que le don de l'Esprit ait été accompagné
d'une perturbation générale, l'icône, elle, nous
montre l'assemblée des apôtres harmonieusement
constituée et siégant dans la
sérénité. Le récit des Actes répond
à la prophétie de Joël qui décrit le jour
où Dieu répandra son Esprit comme un jour de grande
tribulation. Le prophète veut montrer que le don de l'Esprit est
synonyme de salut. L'icône montre plutôt que le don de
l'Esprit réalise la promesse. C'est pourquoi, la communion des
personnes forme un seul corps malgré leur diversité. Le
Père a tenu sa promesse: son Fils incarné a
rétabli le lien d'amour entre Lui et l'humanité.
Glorifié, le Fils répand sur cette humanité
l'Esprit et rétablit ainsi le lien d'amour au sein même de
cette humanité.
Les langues de feu jaillissent d'une même source lumineuse, le
demi-cercle bleu représentant le Père, et elles se posent
sur la tête de chacun des apôtres. Ce feu symbolise l'amour
ardent du Père qui se communique au monde par le Christ reconnu
comme Seigneur.
L'Église, corps du Christ
ressuscité
L'effet du don de l'Esprit est de contrer l'éloignement de Dieu
illustré dans l'aventure que représente Babel, cet effort
vain de l'humanité de rejoindre Dieu par la construction d'un
édifice de sa propre conception. L'Esprit fait émerger un
projet tout autre: la construction d'un édifice spirituel
constitué de pierres vivantes qui fera le lien entre le ciel et
la terre. Ce projet, c'est l'Église et son plan est la
Trinité elle-même. Ce qui la constitue, ce ne sont pas des
structures extérieures, c'est une Personne qui l'habite et qui
l'anime: l'Esprit Saint. C'est pourquoi, désormais,
l'humanité n'est plus victime des effets du péché
d'orgueil, comme à Babel. Tous peuvent travailler de concert
à la construction de cet édifice qui conduit vers le ciel.
L'Esprit, don pour la multitude
La construction de l'Église suppose la levée de
l'obstacle que constituent les différentes langues. Selon les
Actes des Apôtres, l'Esprit est donné à la
multitude, pas seulement à ceux qui étaient
présents au Cénacle (Ac 2,1). La présence de Paul
dans l'icône prend ici tout son sens. Assis en compagnie de
Pierre, il représente les Gentils comme participants
au
rassemblement de l'Église. D'autre part, l'icône
représente la multitude de ceux et celles qui reçoivent
l'Esprit par un vieux roi émergeant d'un arc noir au bas de
l'icône. En état de captivité, ce roi
représente tout le cosmos qui tend les mains vers la
lumière. Ce roi, rendu vieux par le péché d'Adam,
est vêtu de rouge pour rappeler les sacrifices sanglants
commandés par les religions anciennes. Il est couronné
pour rappeler que cela résulte de l'orgueil,
caractéristique de l'humanité détournée de
Dieu. Ce vieux roi tient un linge sur lequel reposent douz rouleaux
représentant la prédication des douze apôtres.
C'est cette prédication insufflée par l'Esprit qui va
guider les pas du roi (de l'humanité toute entière) dans
sa recherche de la vérité.
Rassemblés au Nom de
Jésus
Entre Pierre et Paul, il y a un espace vide. Le cercle des
apôtres n'est pas fermé. Sur quelques icônes de la
Pentecôte, cet espace est occupé par la Vierge Marie,
icône véritable de l'Église, mais la plupart du
temps, il est vide. Cela exprime que c'est au Nom du Christ que les
apôtres sont rassemblés et qu'ils sont dans l'attente de
son retour.
Guidé par l'Esprit
L'Évangile de Jean situe la Pentecôte au
premier soir de Pâques. Le premier geste du Christ
ressuscité est de souffler sur ses apôtres et de leur
communiquer ainsi l'Esprit qui coule du Père comme d'une source
(Jn 20,22). Jean présente ainsi le don de l'Esprit comme une
recréation. Ce souffle renvoi au premier souffle de la
création par lequel Dieu donna vie à l'homme fait de
glaise (Gn 2,7). Ce souffle devient ici le signe de l'accomplissement
du salut et c'est pourquoi Jean lui associe la remise des
péchés (Jn 20,23).
L'icône de la Pentecôte est la révélation du
sens de l'Église comme nouveau corps qui accueille le Christ
pour Le donner au monde. La présentation de l'Église
comme reflet de la vie trinitaire fondée sur l'Amour est
l'expression de la vérité donnée en
plénitude: Jésus est Seigneur de l'univers, c'est par Lui
que nous est donnée la paix.
"Quand
il viendra, lui, l'Esprit de Vérité,
il vous guidera vers
la
vérité toute entière"
(Jn 16,13).
Texte
adapté pour le site
|
|