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(Mt
21,1-11 // Mc 11,
1-11 // Lc 19,28-40 // Jn 12,12-16)
Méditation de Michel St-Onge L'icône marque le début de la Semaine Sainte et nous donne un avant-goût de la joie pascale. L'icône de l'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem exprime la fête par ses couleurs vives et une composition qui inspire le mouvement. C'est une icône pleine de vie et de joie. Au centre de la composition, on contemple le Sauveur majestueux. Il est mis en évidence : dégagé de la foule, prédominant sur sa monture. C'est le personnage qui occupe la place d'honneur, le centre, et qui occupe la plus grande place parmi les personnages. Son importance est évidente. Les autres personnages, eux, forment de chaque côté deux masses distinctes qui l'encadrent. Ainsi, c'est le Christ qui s'avance vers Jérusalem qui devient le centre de notre attention. L'ânon et la royauté du Christ Le Seigneur est monté sur un ânon "sur lequel aucun homme ne s'est encore assis" (Lc 19,30). La nature de la royauté du Christ est ainsi annoncée : l'humilité qui vient combattre l'orgueil de l'humanité blessée par le péché. C'est sur le petit, le plus humble, qu'il va vers sa gloire. Ce n'est pas la puissance qui le porte en gloire, c'est son service, c'est le fait de porter sur lui le joug de notre péché. L'ânon emporte paisiblement le Fils de Dieu vers la croix. En effet, le royaume que le Fils de David est venu implanter ne se réalisera que par la croix. C'est là qu'il entrera dans la mort pour la vaincre. Jésus s'avance donc librement vers ceux qui le mettront à mort. L'icône montre un Christ plein de noblesse, habité par une force intérieure, une assurance que la perspective de la passion ne perturbe pas. Il se laisse acclamer, sachant que ceux-là mêmes qui le traitent aujourd'hui comme un roi, vont le condamner et l'abandonner demain. Le Roi-Agneau a pleine conscience de ce qui se déroule. Jésus sait ce qui l'attend dans la ville sainte : "Voici que nous montons à Jérusalem et le Fils de l'homme sera livré" (Mc 10,33-34). Il s'avance imperturbable, dans toute sa dignité de Sauveur du monde, vers son sacrifice. La foule devant et la ville de Jérusalem Derrière cette foule, la ville de Jérusalem est figurée par des murailles très hautes, des tours et une porte d'entrée. Elle représente à la fois la Jérusalem terrestre et la Jérusalem céleste. Son aspect allongé la présente comme transfigurée en cité de Dieu. Toujours, dans les icônes de l'entrée de Jésus à Jérusalem, quelques personnages à l'allure contestataire sortent de la ville sainte. Même s'ils portent des palmes, ils sont rigides, droits, sans mouvement. Ils représentent les Juifs qui reçoivent le Christ tout en ne reconnaissant pas en lui le Messie (Lc 19,39). C'est la foule de ceux et celles qui ne croient pas en Celui qui pourtant va vers eux (Jn Les apôtres et le rocher Ici, la garde royale est remplacée par le groupe des apôtres qui suit Jésus en discutant entre eux. Les premiers sont Pierre, aux cheveux bouclés et blancs; et Jean, jeune et imberbe. Le Christ est tourné vers eux, comme s'il leur demandait de le suivre jusqu'au bout. Derrière les apôtres se dessine le Golgotha où seul le disciple qu'il aimait l'accompagnera. Les petits personnages Dans un arbre coupant des branches et sur le chemin, devant les pas de l'ânon, enlevant leurs vêtements Palmes et vêtements Les palmes déposées par les petits ont ici une signification particulière. Elles étaient utilisées à l'époque biblique pour accueillir les personnages importants mais particulièrement pour accueillir les conquérants victorieux. La pratique d'étendre ses vêtements sur le sol était, elle, réservée à l'accueil d'un roi qui avait reçu l'onction (2 R 9,13). Ces détails permettent d'indiquer par l'icône que Jésus est acclamé en tant que conquérant de la mort et aussi en tant que roi de la Jérusalem nouvelle. Au-delà de l'événement historique de l'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem, l'icône nous place devant le mystère du salut de l'humanité par la mort du Fils de Dieu sur la croix. C'est la majesté de Jésus s'avançant royalement vers la mort qui domine toute l'icône. Il est à la fois vainqueur triomphant et roi pacificateur. Il est proclamé roi au moment même où il s'avance pour se donner en sacrifice. Jérusalem Jérusalem est tout à la fois le lieu historique des événements du salut et l'image du ciel. La Jérusalem terrestre et la Jérusalem céleste sont ici identiques. Jésus s'avance vers la mort; Jésus entre dans son royaume. La mort à Jérusalem sera accompagnée du triomphe au ciel. L'entrée à Jérusalem signifie tout à la fois l'acceptation du chemin qui conduit à la mort et la reconnaissance que ce chemin conduit également à la glorification du Fils par le Père. Acclamations Ainsi, l'acclamation des fils et des filles de Jérusalem déborde l'événement représenté par cette icône. Elle renvoie à l'acclamation des armées célestes qui salue le Sauveur. Cette icône est construite comme le SANCTUS de la liturgie eucharistique où l'Église associe le chant des baptisés à celui des anges. Alors, le chant des humains s'unit au chant des chérubins et des séraphins qui acclament Dieu sur son trône : "Saint, Saint, Saint, le Seigneur Sabaoth, le ciel et la terre sont remplis de ta
gloire!"
De
même,
le
chant des armées célestes
s'unit au chant de l'Église qui reprend les cris de joie de la
foule de Jérusalem :"Béni
soit celui qui vient au nom du Seigneur!
Hosanna au plus haut des cieux!"
Ce
chant est,
comme
l'icône, une
célébration du salut : "Hosanna!", "Sauve-nous!",
fais-nous entrer avec toi dans ta victoire sur la mort, fais-nous
entrer avec toi dans ta gloire céleste!Texte adapté pour le site
(Mt
26,17-35 // Mc
14,12-31 // Lc 22,1-38)
Méditation
de Michel St-Onge
L'icône de
la Dernière Cène nous présente le
repas commandé par le rituel juif au cours duquel Jésus
rend grâce pour le salut qui nous est donné par son
sacrifice. L'Écriture Sainte nous indique combien important
est le rapport entre le repas eucharistique et la Pâque juive. Le
jour de cette fête, les juifs égorgent un agneau sans
tache en souvenir de la libération de l'esclavage en
Égypte. L'icône de la Dernière Cène
représente ce repas où est révélé le
sens de ce sacrifice ultime du Fils de Dieu, sacrifice exprimant le
salut: la communion retrouvée entre Dieu et les hommes.
L'icône est dominée par l'imposant cercle blanc de la table qui rassemble Jésus et ses apôtres. La forme géométrique du cercle rappelle le cercle divin car on ne peut y retracer ni l'origine ni la fin. Le cercle, comme une alliance, représente l'amour éternel, l'amour sans fin qui transcende le temps et le monde créé. Cette forme est surélevée par rapport à la terre qui se trouve sous les pieds des apôtres et du Christ, signifiant que la réalité vient d'en-haut. Autour du cercle, les apôtres forment une "alliance", un cercle périphérique. Ce cercle n'est cependant pas fermé. En effet, le sacrifice n'est pas offert uniquement pour eux, il est offert "pour la multitude". Le rassemblement est donc ouvert pour toutes les générations de croyants appelées à s'asseoir à la table eucharistique pour communier au sacrifice du Christ. Le Christ L'origine de cette communion en Dieu est manifeste: le Christ trône et porte lui-même le cercle de la lumière divine autour de sa tête. Il prononce les paroles éternelles étant assis sur le trône et tenant en main le rouleau de sa Parole. Il est le fondement de la Nouvelle Alliance. C'est pourquoi il occupe une place importante dans le haut de l'icône. Il préside l'assemblée. Le Christ est à la fois représenté comme personne qui préside le repas et comme nourriture donnée à ses apôtres. "Je suis le pain vivant... Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle" (Jn 6,51-54). Par le repas eucharistique, Jésus perpétue son Incarnation. Lui, le Pain de vie, se rend présent à nous comme le ressuscité, celui qui transcende le temps. Par la communion au pain et au vin, le Christ se donne encore et renouvelle son sacrifice nous sauvant de la division, signe du péché. Le mémorial Au cours de ce repas, Jésus donne un sens nouveau au pain et au vin en les identifiant à son corps et à son sang qui seront offerts en sacrifice sur la Croix. C'est par eux que sera scellée la Nouvelle Alliance entre Dieu le Père et l'humanité entière. Ce repas devient la participation à cette oeuvre de salut : "Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe vous annoncez sa mort jusqu'à ce qu'il vienne ", nous dit saint Paul (1 Co 11,23-25). C'est donc par le mémorial de ce repas que nous sommes atteints maintenant par ce que le Christ a fait pour nous. C'est le repas de communion à la vie divine en attendant le repas des noces du Christ et de son Église célébré au Festin du Royaume. L'apôtre Jean et Judas Jean se penche sur le coeur aimant du Christ. Il est troublé par la révélation que Jésus vient de leur faire : il sera trahi par l'un d'eux (Jn 13,21). Jean lui demande affectueusement : "Seigneur, qui est-ce?" Le Christ le bénit, lui qui est penché vers Lui. Mais au même moment, un autre apôtre se penche vers une coupe pour y tremper son pain. C'est lui qui trahira. Par son mouvement, cet apôtre sort du cercle de communion et c'est alors que le cercle divin devient pour lui le lieu de son jugement. Jean entend battre le coeur de son Dieu. Appuyé sur la poitrine du Maître, il saisit la signification du sacrifice qui est offert. Il n'y aura d'ailleurs que Jean pour nous livrer dans son évangile le discours sur le Pain de vie. Et nous lui devons aussi le discours après la Cène. Image de l'Église L'icône de la Cène pascale est l'icône de l'Église. L'Eucharistie constitue l'Église, c'est elle qui l'établit comme "corps du Christ". Par l'attitude des apôtres représentée ici, l'icône nous révèle quelque chose de notre propre attitude face au mystère de l'Église. Tandis que l'un va au bout de ses trahisons, un autre se rapproche du Christ et se penche sur son coeur, d'autres enfin, causent amicalement entre eux, inconscients de ce qui se passe vraiment. Pourtant, ce qui est révélé ici, c'est la plénitude de la signification du sacrifice du Christ: passer par la mort pour rejoindre ensuite la multitude et s'offrir à elle en nourriture pour lui donner la vie du Père. L'icône représente le mystère du salut confié à l'Église et représente aussi la réalité humaine face à ce mystère.
Texte
adapté pour le site
(Jn
13,1-17)
Réflexion
de Jean Vanier
Pierre panique : "Alors Seigneur, pas seulement les pieds mais aussi les mains et la tête." Jésus dit : "Comprenez-vous ce que je vous ai fait? Vous m'appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien, car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns des autres." Pourquoi Jésus nous lave-t-il les pieds et pourquoi demande-t-il que nous nous lavions les pieds les uns aux autres? Le lavement des pieds comme signe d'amour Quand Jésus s'agenouille devant les pieds de ses disciples il sait que le lendemain il sera mort. Mais il veut avoir un moment avec chaque disciple. Pas seulement pour dire au revoir. Il veut les toucher, toucher leurs pieds, toucher leurs corps, les toucher avec tendresse et amour. Il dit peut-être une parole à chacun, il les regarde dans les yeux. Il y a un moment de communion. Le lavement des pieds et l'institution de l'Eucharistie sont intimement liés. Nous sommes appelés à manger le Corps du Christ pour pouvoir nous laver les pieds les uns aux autres. C'est un moment particulier de Jésus avec ses disciples: Jésus a dû toucher ces corps avec un immense respect. Il leur révélait, d'une façon spéciale, son amour pour eux. Mais il leur révélait aussi que chacun d'eux était beau, choisi et aimé, pour continuer cette mission, qui est sa mission. Jésus nous purifie afin que nous puissions accueillir son Esprit Lorsque Jésus lave les pieds de ses disciples, il lave les pieds pour montrer que c'est leurs coeurs qu'il veut purifier. Jésus ne juge pas, il ne condamne pas; il purifie. Il veut seulement que nous soyons un peuple de la résurrection - des personnes debout qui croient au don de Jésus pour pouvoir apporter ce don à notre monde brisé. Le lavement des pieds pour nous transfomer en un Corps Jésus veut que nous découvrions l'Église comme un Corps où chacun est important, où la fonction de responsable est importante parce que le corps en a besoin. Mais nous sommes tous comme frères et soeurs dans le même Corps qui est inspiré, motivé et habité par l'Esprit Saint. Le lavement des pieds est symbolique. C'est un geste qui parle de service, de communion, de pardon mutuel, de co-existence, d'unité. Mais Jésus insiste tellement sur le lavement des pieds, sur le fait de toucher le corps, que je crois que ce symbole est aussi un sacrement. C'est quelque chose de très spécial. Je crois que Jésus insiste sur le lavement des pieds parce que nos corps sont précieux, parce qu'ils sont Temples de l'Esprit. Nous sommes appelés à être en communion, à nous pardonner les uns les autres, à nous servir les uns les autres, et à découvrir que nous sommes appelés à marcher ensemble. Nous sommes tous appelés à nous faire petits, à nous servir dans la droiture et la vérité comme Jésus. D'une certaine manière nous voulons suivre Jésus sur ce chemin qui descend. C'est aussi le chemin par lequel nous nous élèverons avec lui pour être un signe de la résurrection dans notre monde.
Texte
adapté pour le site
(Jean
18,28-40 à
19,1-16)
Cette icône écrite par Théophane le Grec (1330 à 1410 environ) est la sixième de douze icônes représentant "La Sainte Passion de notre Seigneur". Elle illustre la comparution de Jésus devant Pilate où il est question de la Royauté de Jésus ainsi que celle de la vérité. Souvenons-nous que dès l'entrée de Jésus à Jérusalem, sa Royauté avait été proclamée; il avait été accueilli comme roi par la foule des petits rassemblés autour de Lui. Maintenant, quelques jours après cet événement triomphant, sa Royauté est rejetée par le Sanhédrin et sera méprisée par les Romains. Première comparution Les personnages à droite sur l'icône sont le groupe des Juifs qui ont amené Jésus devant Pilate pour que celui-ci le condamne à mort. Mais d'abord, Pilate veut vérifier si ce Jésus est vraiment un roi et, s'il l'est, est-ce que sa royauté menace celle de César au nom duquel il gouverne? Pilate interroge donc Jésus: "Tu es le roi des Juifs?" (8,33) La réponse de Jésus est surprenante: "Dis-tu cela de toi-même ou d'autres te Mais la réalité de Jésus est d'un tout autre ordre que celui des faits, du matériel identifiable et vérifiable. "Mon royaume n'est pas de ce monde..." (v.36). -- "Tu es donc roi?" -- "C'est toi qui le dis. Je suis né et je suis venu en ce monde pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix." (v.37) Et voilà que Pilate cherche justement à connaître la vérité dans cette comparution: "Qu'est-ce que la vérité?" (v.38) Qui dit vrai? Les Juifs qui veulent la mort de Jésus ou Jésus lui-même? Y a-t-il vraiment un motif pour le condamner? Pilate sait qu'il ne peut pas mettre quelqu'un à mort sans crime grave. Jésus n'a rien fait de mal contre l'état romain, il ne s'est pas soulevé contre celui-ci. Pilate ne peut donc pas le condamner. En retournant vers les Juifs après cette première comparution, le gouverneur affirme n'avoir trouvé en Jésus aucun motif de condamnation (v.38). Il cherche à se défaire de cette situation ambiguë proposant aux Juifs de leur libérer quelqu'un pour la Pâque (v.39). Ceux-ci choisissent Barabbas (v.40). Pilate livre donc Jésus à la flagellation (19,1). Deuxième comparution L'humilité de Jésus se reflète entièrement dans cette icône: il a choisi de se dépouiller lui-même en prenant la condition de serviteur. Il s'est abaissé en devenant obéissant jusqu'à mourir et à mourir sur une croix (Ph 2,7-8). Cette obéissance de Jésus peut nous sembler injuste, mais dans le regard de l'amour, elle est la voie royale qui l'a conduit à son élévation comme Seigneur (Ph 2,11). "Une fois élevé de terre, j'attirerai à moi tous les hommes" (Jn 12,32). Son abaissement divin dans son incarnation et son abaissement humain jusqu'à se laisser défigurer par nos péchés, n'est-ce pas la porte étroite nous ouvrant le mystère de notre salut? Le Père nous a tant aimés, qu'il nous a livré son Fils, son Unique, pour nous épouser à Lui. Pourquoi nous l'a-t-il livré? Parce que nous avions péché et que la conséquence ultime de notre faute est la mort. Ne fallait-il pas que Jésus aille jusque là pour nous relever et pour nous sortir de cette impasse? Devant ce mystère de Jésus humilié, il y a deux sentiments qui surgissent. Celui du repentir et de la contrition qui nous fait dire : "Pardon, Seigneur, pardon!" et celui de l'émerveillement et de l'action de grâce nous faisant voir le don immense qui nous est fait. Quand nous prenons conscience de notre faute, nous réalisons en même temps notre incapacité à la réparer par nous-mêmes. À ce moment, il n'y a qu'un seul remède capable de remédier à notre mal: contempler longuement le Christ souffrant sa passion. Car si le Christ l'a souffert avec tant d'amour, c'est justement pour nous sortir de nos ténèbres.
Seul l'Amour du Père et du Fils peut faire naître en notre coeur cette espérance. Eux seuls ont la capacité de nous sortir de nos morts intérieures, trop souvent infligées par un manque d'amour. Croyons que par les blessures de cet "Époux-aimant", nous pouvons en être relevés. Si Jésus a incliné la tête en signe de soumission, s'il s'est laissé couronné d'épines sans ouvrir la bouche pour protester; s'il a accepté de laisser ses mains se faire lier, c'était pour vaincre, par la puissance de son amour, tout ce qui nous emprisonne et tout ce qui nous humilie au plus profond de nous-mêmes. Jésus-Époux est celui par qui notre coeur devient l'épouse du Père. Son humilité extrême fait de lui le Serviteur-livré par qui nous recevons notre salut. (Icône
écrite par Maria Lavie, www.icones-grecques.com)
LA
CRUCIFIXION DE JÉSUS
Mt 27,32-56 // Mc 15,21-41 // Lc 23,33-46
// Jn 19,16-37
Méditation de Michel St-Onge Le bois qui était arbre de vie au
Jardin d'Éden
se dresse à nouveau pour donner la
vie au monde.
La croix occupe pratiquement tout l'espace
de l'icône,
elle
s'élance vers les quatre
points cardinaux.
La Croix La Croix se dresse sur le Golgotha, considéré comme le centre du monde dans la tradition biblique. Elle déchire la terre pour donner accès à la grotte des ténèbres. Elle constitue ainsi le lien entre le ciel, d'où vient la lumière du monde, et la grotte où se cachent les ténèbres, lieu où s'est retrouvé Adam en se séparant de Dieu. C'est la Croix qui fait un chemin à la lumière pour que celle-ci puisse se glisser dans les ténèbres de la mort. Cette Croix manifeste à la fois le péché et la grâce. D'une part, elle nous montre jusqu'où l'humanité pécheresse peut aller: mettre à mort un innocent. D'autre part, elle nous montre jusqu'où Dieu, dans son amour pour nous peut aller: donner sa vie. Ces deux réalités sont ici une lutte. La mort, à première vue, semble l'emporter sur Jésus. L'icône, cependant, nous montre une toute autre vision de la réalité du salut. Le Christ Le Christ est présenté comme "le Roi de Gloire et des Anges". Il n'est pas représenté comme dominé par les forces du mal, comme étant en situation d'échec. Il domine la situation: les bras bien droits, il est représenté comme le Fils de Dieu vainqueur de la mort. L'aspect doloriste est absent de la représentation du Christ. Il apparaît maître de la situation: Personne ne m'enlève la vie, c'est moi qui la donne (cf. Jn10,18). C'est pourquoi les icônes illustrant la Crucifixion ne présentent jamais un corps supplicié. Elles nous mettent en présence du Maître de la vie qui s'offre en sacrifice. Sur la Croix, le Christ domine, il règne. L'icône représente l'événement du sacrifice sur la Croix un peu comme l'hymne aux Philippiens:
L'événement de la Crucifixion est présenté comme le combat de la lumière et des ténèbres. Jésus n'est pas ici drapé du vêtement lumineux de la Transfiguration. Il est dépouillé, vêtu d'une toute petite pièce de tissu blanc. Mais malgré ces apparences de victoire de l'injustice humaine qui met à mort l'innocent, "en lui était la vie et la vie était lumière des hommes, et la lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres n'ont pu en venir à bout" (Jn 1,4-5). Le Christ est Celui qui donne sa vie. C'est pourquoi certaines icônes le montrent portant des vêtements sacerdotaux. Elles expriment ainsi la fonction de grand prêtre exercée par le Christ en s'offrant lui-même en sacrifice pour le rachat du péché du monde. On verra ailleurs le Christ portant une couronne royale, mettant l'accent sur sa royauté au moment même où il souffre. L'Église, Épouse du Christ Jésus se dresse droit sur la Croix et la paix s'exprime sur son visage. Il est comme endormi. Les Pères de l'Église comparent le sommeil de la mort du Christ en Croix à celui d'Adam au paradis. En effet, lorsque Dieu voulut donner à Adam une compagne, il le plongea dans un profond sommeil au cours duquel il modela la femme de sa côte (Gn 2,21-22). De même, du côté transpercé du Christ, l'Église prend naissance. Ce rapprochement du premier et du second Adam dans le sommeil qui donne vie à celle qui sera son épouse, indique que l'Église est la chair de la chair du Christ. Qu'en elle coule le sang divin; que l'Église est, comme le Christ, de nature divine. C'est le sacrifice du Christ qui donne vie à l'Église.
Marie et Jean Marie assiste au sacrifice de son fils. Sa main droite montre le Maître de la vie, alors qu'elle ramène sur elle son voile de la main gauche en signe de recueillement. Elle s'unit à l'amour de Dieu. Son visage montre une douleur retenue, dominée par une foi inébranlable. De l'autre côté, se tient Jean, le disciple aimé de Jésus. Un si grand mystère le plonge dans une méditation profonde. Par son geste, soit qu'il veuille se couvrir les yeux devant le spectacle d'injustice auquel il assiste, soit qu'il porte la main à sa joue comme le disciple attentif à l'enseignement du Maître. Derrière lui se tient le centurion, représentant des non-juifs qui, contemplant la Croix, confesse la divinité de Jésus. Le Salut de toute l'humanité Le sacrifice du Christ se déroule devant les murs de la Jérusalem terrestre que l'on représente en arrière-fond. Ce détail n'est pas là seulement pour rappeler la dimension historique de l'événement. Il a une signification spirituelle: la passion a lieu hors des portes de la cité, hors des limites d'un peuple et d'une culture. Par ce sacrifice, c'est l'humanité toute entière qui est réintégrée dans la Jérusalem céleste, dans le Royaume de Dieu. Ce détail de la muraille de Jérusalem se joint à la dimension universelle de la Croix qui couvre les quatre points cardinaux pour signifier que le Christ s'offre en sacrifice pour tous. La Croix devient donc le rappel de l'invitation faite par Jésus d'aller au-delà des frontières dans l'annonce de son amour. *Première
icône
écrite par Maria Lavie, www.icones-grecques.com
**Deuxième icône écrite par Emmanuel Lambardos, 17e siècle Texte
adapté pour le site
Méditation
de Michel St-Onge
Selon saint Grégoire le Théologien, la Résurrection du Christ c'est "la fête des fêtes et la célébration des célébrations". L'icône de la Résurrection, contrairement aux images religieuses de Pâques, ne peut donc pas représenter un événement historique passager: la sortie du tombeau. L'oeuvre de puissance de Dieu accomplie par la résurrection du Christ n'est pas simplement, comme ce fut le cas pour Lazare, un don renouvelé de vie humaine qui conduirait à nouveau à la mort. La Résurrection du Christ c'est la victoire de Dieu sur la mort, la victoire de la lumière sur les ténèbres, la victoire de l'humilité de Dieu sur l'orgueil de l'homme. L'icône se doit donc d'exprimer le salut de toute l'humanité. Le Christ est né pour nous sauver, pour nous ouvrir à nouveau les portes du paradis où nous pouvons à nouveau vivre heureux avec Dieu. Si le Christ lui-même n'était pas ressuscité, comment ses promesses auraient-elles quelque valeur? N'a-t-il pas dit: "Je suis la résurrection et la vie" (Jn 11,25). L'apôtre Pierre exprime que le salut n'est pas accompli seulement par la mort du Christ mais également par sa résurrection (1 P 3,18-22). La Résurrection du Christ et le salut de l'humanité sont la même réalité que l'icône va exprimer en conjuguant le retour à la vie du Christ et le retour à la vie d'Adam et d'Ève. L'icône de la Descente aux enfers C'est l'icône généralement associée à la fête de la Résurrection. L'icône de la Crucifixion montrait le centre de la terre déchiré par la Croix. Ainsi, un passage était ouvert pour que le sang du Christ lui permette de pénétrer dans les ténèbres de la mort et rejoindre ainsi Adam. Par la mort, Dieu allait retrouver l'homme là où son orgueil l'a conduit. L'icône de la Descente aux enfers, elle, montre le Christ, source de Vie, au milieu des morts. Le Christ apparaît non pas comme un des captifs de la mort mais bien comme le véritable Maître de la Vie. Il est représenté dans la même lumière que dans l'icône de la Transfiguration. Il est cependant ici en mouvement, car il accomplit l'oeuvre du salut. Jaillissant comme la lumière dans le gouffre des ténèbres, il brise les portes de l'enfer qui reposent désormais sous ses pieds. Jésus domine maintenant les forces du mal et saisit à pleine main Adam et Ève pour les arracher vigoureusement de leurs tombeaux. Adam et Ève L'icône de la Descente aux enfers devient en quelque sorte l'icône des retrouvailles de Dieu et de l'humanité. Le premier et le nouvel Adam sont maintenant face à face. Le lien est recréé entre Adam et la source de sa vie: la main créatrice de Dieu qui rattrape Adam dans sa chute jusque dans la mort. Dans ce moment merveilleux, le vieil Adam contemple son libérateur d'un regard joyeux, empreint de fatigue. Il tend une main morte, tombante mais restée libre, dans un mouvement d'accueil et de prière reconnaissante. Ève, elle, tend aussi sa main libre vers son libérateur mais en la couvrant par respect pour la présence divine reconnue dans le Christ. Personnages Derrière Ève se pressent Moïse et les justes, le peuple des élus de Dieu. Derrière Adam, on retrouve les rois David et Salomon qui accueillent le Sauveur dans la prière. Devant eux, Jean le Précurseur reconnaît le Christ comme Agneau de Dieu et dirige vers lui la foule des morts, comme s'il disait encore une fois: "Voici Celui qui enlève le péché du monde" (Jn 1,29). De Grotte ouverte Le Maître de la Vie a rejoint les morts pour les ramener avec lui auprès du Père. Au-dessus de lui, la grotte est ouverte pour montrer que le passage vers les cieux est maintenant libre. L'icône est remplie de lumière, de mouvement, de vie. Elle suscite l'espérance en nous montrant le Christ qui nous tire hors de la mort pour nous faire entrer dans sa propre lumière. En effet, Jésus est lui-même entouré du cercle de la mandorle, symbole de la gloire éternelle de Dieu, comme à la Transfiguration. Mais ici, il entraîne Adam et Ève pour les faire pénétrer dans ce cercle divin, Eux se mettent en mouvement pour l'y rejoindre. Victoire de la Vie sur la mort La lumière du monde s'est infiltrée dans les ténèbres de la mort où elle brille encore plus qu'en plein jour. Oui, la vie a été plus forte que la mort, l'humilité de Dieu plus forte que notre orgueil. Lorsqu'on se rappelle combien, dans la grotte de la Nativité, la lumière était petite et que l'on voit maintenant comment elle prend toute la place, notre coeur ne peut que tressaillir d'allégresse. Le Christ nous entraîne à sa suite, il nous ouvre le chemin vers le Père; il est pour nous le chemin vers la vie en plénitude, il est la vérité qui libère. Puisque la résurrection du Christ nous fait entrer dans la vie du Père, vivons dans la joie des ressuscités! APPARITION
À MARIE DE MAGDALA
et L'INCRÉDULITÉ DE THOMAS Mc 1,11 // Jn 20,11-18 et 19-29 Pour
ce temps pascal, nous méditerons à partir de deux
icônes illustrant deux apparitions du Christ ressuscité.
La première icône évoque l'apparition de
Jésus à Marie de Magdala le matin de Pâques et la
deuxième icône illustre l'apparition de Jésus aux
disciples huit jours après Pâques. De belles
lumières surgissent en contemplant ces deux apparitions!
L'apparition
à Marie de
Magdala
C'est en entendant son nom, que Marie de Magdala reconnaîtra que l'homme qui est devant elle n'est pas le jardinier, mais Jésus lui-même. Son chagrin de l'avoir perdu l'avait aveuglée au point qu'elle cherchait un corps mort, ignorant qu'elle pouvait à nouveau le contempler vivant et victorieux de la mort. La voix du Maître, Marie la connaissait pour l'avoir écoutée longuement. En entendant prononcer son nom, un déclic se fait; la voix a quelque chose de familier, de connu qui résonne en son coeur. Elle s'ouvre à la possibilité que cette voix soit celle de son Maître, qu'elle nomme à son tour : Rabbouni! Marie de Magdala, aussi nommée Marie-Madeleine, veut saisir les pieds de Jésus, sans doute pour le retenir de partir à nouveau. Tout amour veut posséder l'objet aimé. Mais elle doit apprendre à donner Jésus aux autres et non pas à le garder pour elle-même. Jésus-Ressuscité, à nouveau Vivant, est la Bonne Nouvelle à annnoncer à tous. La première mission de Marie est d'aller dire aux disciples ce qu'elle a vu. Ce qu'elle fera à toute vitesse, transportée par la joie de la résurrection du Christ.
Dans les
Évangiles
Seulement deux évangélistes relatent cette apparition particulière à Marie de Magdala. Marc ne fait que la mentionner brièvement après le récit de l'annonce d'un jeune homme "vêtu d'une robe blanche" à un groupe de femmes dont Marie faisait partie (16,5). D'après Marc, les femmes ne suivirent pas l'instruction de l'Ange d'aller dire aux disciples que Jésus est ressuscité et qu'il les précéderait en Galilée, car "elles avaient peur"(16,8). Suit immédiatement le récit de l'apparition à Marie de Magdala. Rien n'est dit dans cet Évangile sur l'apparition comme telle, mais nous savons que Marie l'a rapportée aux disciples qui ne la crurent pas (16,11). C'est grâce à l'évangile de Jean si nous avons ce beau récit du dialogue entre Jésus ressuscité et Marie. Jean en relate plus de détails, car c'est à cause des dires de Marie de Magdala que lui et Pierre se rendent au tombeau en courant (20,3-4). Si les autres disciples n'ont pas cru, Jean lui, a cru quand il a vu le tombeau vide.
L'incrédulité
de
Thomas
Ce qu'il y a de particulier chez ce disciple, c'est qu'il doit voir et toucher les plaies de Jésus pour croire. C'est seulement aux signes de la crucifixion que Thomas reconnaîtra que celui qu'il voit devant lui est bien Jésus, le Maître qu'il a suivi pendant les trois dernières années. Tandis que Jésus a empêché Marie de lui toucher les pieds, il invite Thomas à mettre sa main dans son côté pour que celui-ci devienne croyant. Après quoi, l'apôtre s'écrie : "Mon Seigneur et mon Dieu!" (20, 27-28). Thomas professe que Jésus crucifié et ressuscité est bien son Seigneur et son Dieu. Il n'a plus de doutes! Les marques de la crucifixion deviennent désormais un critère de discernement pour reconnaître le Seigneur des seigneurs, le Vrai Dieu. Celui qui s'est fait obéissant jusqu'à la mort et à la mort sur une croix, est exalté par le Nom qui est au-dessus de tout nom. C'est uniquement devant lui que tout être s'agenouille pour proclamer que Jésus Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père (Ph 2,8-11). Et nous? Marie de Magdala a été un témoin pour les disciples et les disciples ont été des témoins pour Thomas. Mais tous ont dû faire cette rencontre personnelle avec le Vivant pour croire en Lui. Il nous faut, à nous aussi, de ces témoins qui ont vu Jésus. Leurs témoignages labourent notre coeur afin de l'ouvrir à la possibilité de pouvoir rencontrer, nous aussi, le Ressuscité. Même si la présence de témoins dans nos vies est indispensable pour nous mettre en route vers Jésus, il nous faut un jour en faire l'expérience personnelle et ensuite devenir à notre tour des témoins pour d'autres, afin qu'eux aussi le rencontrent. L'expérience de chacun est unique. Elle peut ressembler à celle de Marie qui, en entendant prononcer son nom, reconnaît son Seigneur. Elle peut être semblable à celle de Jean, qui croit que le Maître est Vivant en voyant le tombeau vide. Elle peut être similaire à celle de Thomas, qui reconnaît Jésus en touchant les plaies de sa passion et de sa mort. Chacune de nos expériences avec le Christ Vivant est une merveille, car c'est Jésus lui-même qui vient à notre rencontre. Il se fait reconnaître d'une façon qui correspond avec ce que nous sommes. Voilà un signe de l'amour personnel de Jésus qui nous connaît plus que nous nous connaissons nous-mêmes. Que notre rencontre avec le Christ soit un chant de louange qui sans cesse s'élève vers Lui en signe de reconnaissance et d'action de grâces! L'ASCENSION
Mc
16,19 //
Lc 24,50-51
Méditation
de Michel
St-Onge
L'icône, comme dans les Écritures, est discrète sur l'événement. Elle insiste plutôt sur sa signification. Les Évangiles et les Actes des Apôtres résument l'événement en bien peu de mots. Le récit ne s'arrête pas tant sur la montée au ciel que sur le dernier enseignement de Jésus: la signification de l'Église dans le monde et son lien avec Dieu. De même, dans l'icône, le rassemblement de la communauté terrestre qui occupe le bas de l'icône prend plus d'importance visuelle que le Christ porté en gloire. L'Ascension est en effet une fête du salut! Saint Léon le Grand disait: "Aujourd'hui (comme le bon larron), nous sommes confirmés dans la possession du Paradis, nous avons pénétré avec le Christ dans les hauteurs des cieux...car là où a pénétré la gloire de la tête, là aussi est appelée l'espérance du corps...". PARTIE SUPÉRIEURE DE L'ICÔNE Le Christ dans la gloire Dans la partie supérieure de l'icône, au centre du ciel, on aperçoit le Christ trônant dans la gloire. Il siège dans trois cercles concentriques, les sphères cosmiques, appelées "mandorle". Ces cercles représentent la gloire céleste. Ils constituent une image du ciel visible et indiquent que désormais, le Fils incarné se situe dans le monde divin. Symboliquement, le Sauveur est ainsi situé hors du temps, dans l'éternité divine. Le Christ étend la main droite en un geste de proclamation et il tient de la main gauche le rouleau des Écritures qui nous sont proclamées sur la terre. Ces gestes indiquent que la fonction du Christ se poursuit dans l'éternité: il reste celui qui révèle la Volonté du Père et qui accomplit les Écritures. Son vêtement lumineux Les anges Le cercle céleste est porté par des anges. Ceux-ci portent des vêtements de couleur. Ce sont les témoins de l'Incarnation, les mêmes anges que l'on trouve dans l'icône de la Nativité. Ce sont aussi les témoins de la Passion, ceux que l'on trouve entourant la Croix dans l'icône de la Crucifixion. La présence de ces anges témoins de la vie terrestre du Fils de Dieu indique que si le Christ monte au ciel avec son corps glorieux, ce corps porte toujours les marques de la crucifixion et le souvenir de la vie terrestre. Jésus, par son Ascension, ne devient pas un étranger pour nous. Il garde son humanité, il l'amène auprès du Père. PARTIE INFÉRIEURE DE L'ICÔNE Dans le bas de la composition, les apôtres sont rassemblés autour de Marie. L'icône, comme dans les Actes des Apôtres (1,12), situe l'Ascension au Mont des Oliviers. C'est pourquoi elle montre un paysage montagneux avec quelques oliviers. Les apôtres Marie est ici placée bien au centre de la foule. À gauche, six apôtres, dont Paul qui remplace Judas pour compléter le groupe des choisis par le Christ. Paul représente les fidèles qui, dans l'Église et à travers les siècles, confessent le Christ à la suite des apôtres. Ces apôtres situés à gauche tendent la main vers le ciel ou vers l'avant: gestes qui signifient la louange et la prédication. Les six apôtres placés à droite, eux, sont paisibles et recueillis. Ils contemplent Marie, icône de l'Église, qu'ils sont appelés à rassembler depuis les extrémités de la terre. La plupart des apôtres sont vêtus de vert et de rouge. Le vert est la couleur de l'espérance et de la vie. C'est la couleur de l'Esprit vivificateur. Elle rappelle la promesse du Christ à ses disciples, le jour même de l'Ascension, qu'il leur enverra l'Esprit de vérité, gage d'espérance. Le rouge, lui, symbolise l'amour qui rassemble, le sang de la fraternité, le sang versé pour nous faire reconnaître notre filiation à Dieu notre Père. Ces couleurs ensemble signifient que les apôtres composent la "robe bariolée de l'Épouse" (Ps 45,14-15). Elles expriment la diversité dans l'unité d'un même corps. La Mère de Dieu est debout et elle se tient dans une attitude de prière. Toute paisible, dans la position de l'accueil et de la disponibilité de la Volonté du Père, comme à l'Annonciation. Maintenant, elle est disponible à la gloire de son Fils, comme elle le fut à sa souffrance. Son immobilité exprime sa fidélité indéfectible. La position de l'Orante dans laquelle Marie est représentée est la position que doit avoir l'Église: elle exprime la disponibilité à la Volonté du Père. Marie, seule à nous regarder, nous invite, du geste des mains, à la paix. Elle devient chemin vers son Fils. Le nimbe dont sa tête est entourée signifie sa participation directe au mystère représenté. Elle accueille dans la communion de l'Église toute l'humanité. Bien qu'aucune mention dans les Écritures ne signale sa présence lors de l'Ascension, elle occupe tout de même une place toute particulière. Placée directement sous le Christ, elle est mise en lumière par la présence des deux anges vêtus de blanc situés derrière elle. Les anges Les anges qui se trouvent parmi les apôtres sont vêtus d'une blancheur éclatante. Ils rappellent les messagers du jour de la Résurrection (Lc 24,2 et Jn 20,12) qui annoncent que Jésus est vivant. Ils annoncent ici le retour du Christ en gloire à la fin des temps. C'est pourquoi ils sont parfois représentés tenant un rouleau déployé sur lequel on peut lire: "Gens de Galilée, pourquoi restez-vous là à regarder le ciel? Ce Jésus qui vous a été enlevé viendra de la même manière que vous l'avez vu s'en aller vers le ciel" (Ac 1,11). D'ailleurs, la prophétie de Zacharie situe justement ce retour au Mont des Oliviers. La mission de l'Église Le fait que les anges vêtus de couleur accompagnent le Christ dans sa gloire et que les anges vêtus de lumière soient placés au milieu des apôtres exprime que désormais, la nature humaine est montée au ciel et que la nature divine est restée sur terre au milieu de l'Église. Marie, celle qui a porté le Christ en elle, exprime par son attitude le rôle de l'Église: intercéder dans la prière pour l'humanité toute entière. Dans cette icône de l'Ascension, la Vierge a les mains ouvertes, placées devant elle exprimant la profession de foi des martyrs. Le rôle de l'Église est de porter témoignage, de proclamer sa foi dans le monde. La rigidité de la posture de Marie suggère l'immuabilité de la vérité qu'annonce l'Église. La diversité des positions et des gestes des apôtres, elle, exprime la multitude des cultures dans lesquelles cette vérité est accueillie. Dans cette diversité, ce qui crée l'unité, c'est le fait que chacun soit tourné vers le Christ, son Seigneur. L'icône de l'Ascension, comme les paroles du Christ à cette occasion, est comme un appel: tournons-nous, nous aussi, vers le Christ notre gloire et notre salut. Il nous dit aujourd'hui, comme l'exprime Méliton de Sardes: "C'est moi qui vous entraîne vers les cimes des cieux. Car c'est moi qui vous ressusciterai et vous ferai voir le Père qui est de toute éternité. Oui, c'est moi, qui de ma main puissante, vous ressusciterai." Texte
adapté pour le site
Ac
2, 1-41 // Jn 20, 22-23
Méditation de Michel St-Onge Non seulement Jésus avait-il annoncé la venue de l'Esprit Saint après son Ascension dans la gloire, il avait aussi annoncé son action: "Quand il viendra, lui, l'Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité toute entière" (Jn 16, 13). Le don de l'Esprit constitue donc l'aboutissement de l'oeuvre salvifique du Christ. Comme le dit saint Athanase d'Alexandrie: "Dieu s'est fait porteur de la chair pour que l'homme puisse devenir porteur de l'Esprit." Par son Incarnation, Dieu s'est fait participant à notre humanité pour lui laisser son Esprit en héritage. L'icône de la Pentecôte met en image cette vérité. La Pentecôte annoncée dans l'Ancien Testament Le prophète Joël avait annoncé l'événement: "...je répandrai de mon Esprit sur toute chair..." (Jl 3,1), et puis, il ajoute: "Tous ceux qui invoqueront le nom de Dieu seront sauvés" (Jl 3,5). Le livre des Actes des Apôtres rapporte comment, sous la puissance de l'Esprit, Pierre, au risque de sa vie, affirme avec autorité devant les juifs stupéfaits et devant les disciples remplis de joie: "Que toute la maison d'Israël le sache donc avec certitude: Dieu l'a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous, vous avez crucifié" (Ac 2,36), et "...il n'y a pas sous le ciel d'autre Nom donné aux hommes par lequel il nous faille être sauvés" (Ac 4,12). Voilà la vérité à laquelle il nous fallait accéder: c'est par l'invocation du nom de Jésus que nous sommes sauvés, lui que Dieu a fait Seigneur. L'Esprit Saint ouvre les coeurs à cette vérité. C'est pourquoi, après la Pentecôte, les disciples de Jésus seront appelés "ceux qui invoquent le Nom de Jésus" (Ac 9,14 et 1 Co 1,2). On se réunit en son Nom (Mt 18,20), on rend grâce à Dieu au nom de Jésus (Ep 5,20), on souffre à cause de Son Nom et on est heureux à cause de Lui (2 Th 1,12) et tout ce qu'on fait doit "glorifier le Nom de notre Seigneur Jésus" (Col 3,17). L'icône L'icône de la Pentecôte met en image ce moment où les apôtres reçoivent ce que le Père avait promis: le baptême dans l'Esprit Saint (Ac 1,4-5). Elle illustre aussi l'effet de ce baptême: la vie de l'Église, corps du Christ ressuscité. Bien que le récit des Actes des Apôtres dise que le don de l'Esprit ait été accompagné d'une perturbation générale, l'icône, elle, nous montre l'assemblée des apôtres harmonieusement constituée et siégant dans la sérénité. Le récit des Actes répond à la prophétie de Joël qui décrit le jour où Dieu répandra son Esprit comme un jour de grande tribulation. Le prophète veut montrer que le don de l'Esprit est synonyme de salut. L'icône montre plutôt que le don de l'Esprit réalise la promesse. C'est pourquoi, la communion des personnes forme un seul corps malgré leur diversité. Le Père a tenu sa promesse: son Fils incarné a rétabli le lien d'amour entre Lui et l'humanité. Glorifié, le Fils répand sur cette humanité l'Esprit et rétablit ainsi le lien d'amour au sein même de cette humanité. Les langues de feu jaillissent d'une même source lumineuse, le demi-cercle bleu représentant le Père, et elles se posent sur la tête de chacun des apôtres. Ce feu symbolise l'amour ardent du Père qui se communique au monde par le Christ reconnu comme Seigneur. L'Église, corps du Christ ressuscité L'effet du don de l'Esprit est de contrer l'éloignement de Dieu illustré dans l'aventure que représente Babel, cet effort vain de l'humanité de rejoindre Dieu par la construction d'un édifice de sa propre conception. L'Esprit fait émerger un projet tout autre: la construction d'un édifice spirituel constitué de pierres vivantes qui fera le lien entre le ciel et la terre. Ce projet, c'est l'Église et son plan est la Trinité elle-même. Ce qui la constitue, ce ne sont pas des structures extérieures, c'est une Personne qui l'habite et qui l'anime: l'Esprit Saint. C'est pourquoi, désormais, l'humanité n'est plus victime des effets du péché d'orgueil, comme à Babel. Tous peuvent travailler de concert à la construction de cet édifice qui conduit vers le ciel. L'Esprit, don pour la multitude La construction de l'Église suppose la levée de l'obstacle que constituent les différentes langues. Selon les Actes des Apôtres, l'Esprit est donné à la multitude, pas seulement à ceux qui étaient présents au Cénacle (Ac 2,1). La présence de Paul dans l'icône prend ici tout son sens. Assis en compagnie de Pierre, il Rassemblés au Nom de Jésus Entre Pierre et Paul, il y a un espace vide. Le cercle des apôtres n'est pas fermé. Sur quelques icônes de la Pentecôte, cet espace est occupé par la Vierge Marie, icône véritable de l'Église, mais la plupart du temps, il est vide. Cela exprime que c'est au Nom du Christ que les apôtres sont rassemblés et qu'ils sont dans l'attente de son retour. Guidé par l'Esprit L'Évangile de Jean situe la Pentecôte au premier soir de Pâques. Le premier geste du Christ ressuscité est de souffler sur ses apôtres et de leur communiquer ainsi l'Esprit qui coule du Père comme d'une source (Jn 20,22). Jean présente ainsi le don de l'Esprit comme une recréation. Ce souffle renvoi au premier souffle de la création par lequel Dieu donna vie à l'homme fait de glaise (Gn 2,7). Ce souffle devient ici le signe de l'accomplissement du salut et c'est pourquoi Jean lui associe la remise des péchés (Jn 20,23). L'icône de la Pentecôte est la révélation du sens de l'Église comme nouveau corps qui accueille le Christ pour Le donner au monde. La présentation de l'Église comme reflet de la vie trinitaire fondée sur l'Amour est l'expression de la vérité donnée en plénitude: Jésus est Seigneur de l'univers, c'est par Lui que nous est donnée la paix. "Quand
il viendra, lui, l'Esprit de Vérité,
il vous guidera vers la vérité toute entière" (Jn 16,13). Texte
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