ENTRÉE TRIOMPHALE DE JÉSUS À JÉRUSALEM

(Mt 21,1-11 // Mc 11, 1-11 // Lc 19,28-40 // Jn 12,12-16)

Méditation de Michel St-Onge


L'icône marque le début de la Semaine Sainte et nous donne un avant-goût de la joie pascale. L'icône de l'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem exprime la fête par ses couleurs vives et une composition qui inspire le mouvement. C'est une icône pleine de vie et de joie.

Le Christ prédomine dans l'icône

Au centre de la composition, on contemple le Sauveur majestueux. Il est mis en évidence : dégagé de la foule, prédominant sur sa monture. C'est le personnage qui occupe la place d'honneur, le centre, et qui occupe la plus grande place parmi les personnages. Son importance est évidente. Les autres personnages, eux, forment de chaque côté deux masses distinctes qui l'encadrent. Ainsi, c'est le Christ qui s'avance vers Jérusalem qui devient le centre de notre attention.

L'ânon et la royauté du Christ

Le Seigneur est monté sur un ânon "sur lequel aucun homme ne s'est encore assis" (Lc 19,30). La nature de la royauté du Christ est ainsi annoncée : l'humilité qui vient combattre l'orgueil de l'humanité blessée par le péché. C'est sur le petit, le plus humble, qu'il va vers sa gloire. Ce n'est pas la puissance qui le porte en gloire, c'est son service, c'est le fait de porter sur lui le joug de notre péché.

L'ânon emporte paisiblement le Fils de Dieu vers la croix. En effet, le royaume que le Fils de David est venu implanter ne se réalisera que par la croix. C'est là qu'il entrera dans la mort pour la vaincre. Jésus s'avance donc librement vers ceux qui le mettront à mort. L'icône montre un Christ plein de noblesse, habité par une force intérieure, une assurance que la perspective de la passion ne perturbe pas. Il se laisse acclamer, sachant que ceux-là mêmes qui le traitent aujourd'hui comme un roi, vont le condamner et l'abandonner demain. Le Roi-Agneau a pleine conscience de ce qui se déroule. Jésus sait ce qui l'attend dans la ville sainte : "Voici que nous montons à Jérusalem et le Fils de l'homme sera livré" (Mc 10,33-34). Il s'avance imperturbable, dans toute sa dignité de Sauveur du monde, vers son sacrifice.

La foule devant et la ville de Jérusalem


Devant Jésus, la foule immense, venue de partout à Jérusalem pour la Pâque, qui l'acclame en vainqueur. Il est célébré par ceux et celles qui ont vu Lazare ressuscité. En effet, Jean, dans son Évangile (Jn 12,12-13) précise que la résurrection de Lazare est à l'origine de l'accueil triomphal fait à Jésus. Il est acclamé aussi par les zélotes qui espèrent qu'il prendra la tête des armées contre les envahisseurs romains. Ces acclamations sont donc mêlées de passions politiques, d'envie de pouvoir, de désir de puissance sur le mal.

Derrière cette foule, la ville de Jérusalem est figurée par des murailles très hautes, des tours et une porte d'entrée. Elle représente à la fois la Jérusalem terrestre et la Jérusalem céleste. Son aspect allongé la présente comme transfigurée en cité de Dieu. Toujours, dans les icônes de l'entrée de Jésus à Jérusalem, quelques personnages à l'allure contestataire sortent de la ville sainte. Même s'ils portent des palmes, ils sont rigides, droits, sans mouvement. Ils représentent les Juifs qui reçoivent le Christ tout en ne reconnaissant pas en lui le Messie (Lc 19,39). C'est la foule de ceux et celles qui ne croient pas en Celui qui pourtant va vers eux (Jn 12,37-41). Ce sont ceux-là mêmes qui, tout en acclamant aujourd'hui, réclameront dans quelques jours de Pilate que Jésus soit mis à mort.


Les apôtres et le rocher


Ici, la garde royale est remplacée par le groupe des apôtres qui suit Jésus en discutant entre eux. Les premiers sont Pierre, aux cheveux bouclés et blancs; et Jean, jeune et imberbe. Le Christ est tourné vers eux, comme s'il leur demandait de le suivre jusqu'au bout. Derrière les apôtres se dessine le Golgotha où seul le disciple qu'il aimait l'accompagnera.


Les petits personnages

Dans un arbre coupant des branches et sur le chemin, devant les pas de l'ânon, enlevant leurs vêtements et les plaçant pour former un tapis, des adultes en miniature font contraste avec les personnages plus imposants. Ce sont ceux qui ont un coeur d'enfant : les petits, les simples, les spontanés qui reconnaissent et accueillent leur Sauveur. Ce sont ceux qui, comme les petits, se réjouissent à l'approche de leur Roi qui s'avance pour donner sa vie. On reconnaît ici le Psaume 8 : "Jusqu'au cieux, ta splendeur est chantée par la bouche des enfants, des tout-petits."  L'icône présente donc en contraste les grands, les puissants qui projettent la mort de Jésus et les petits, ceux qui le reconnaissent comme leur Sauveur et le vénèrent comme Messie ou Christ.

Palmes et vêtements

Les palmes déposées par les petits ont ici une signification particulière. Elles étaient utilisées à l'époque biblique pour accueillir les personnages importants mais particulièrement pour accueillir les conquérants victorieux. La pratique d'étendre ses vêtements sur le sol était, elle, réservée à l'accueil d'un roi qui avait reçu l'onction (2 R 9,13). Ces détails permettent d'indiquer par l'icône que Jésus est acclamé en tant que conquérant de la mort et aussi en tant que roi de la Jérusalem nouvelle.


Mystère du salut

Au-delà de l'événement historique de l'entrée triomphale de Jésus à Jérusalem, l'icône nous place devant le mystère du salut de l'humanité par la mort du Fils de Dieu sur la croix. C'est la majesté de Jésus s'avançant royalement vers la mort qui domine toute l'icône. Il est à la fois vainqueur triomphant et roi pacificateur. Il est proclamé roi au moment même où il s'avance pour se donner en sacrifice.

Jérusalem

Jérusalem est tout à la fois le lieu historique des événements du salut et l'image du ciel. La Jérusalem terrestre et la Jérusalem céleste sont ici identiques. Jésus s'avance vers la mort; Jésus entre dans son royaume. La mort à Jérusalem sera accompagnée du triomphe au ciel. L'entrée à Jérusalem signifie tout à la fois l'acceptation du chemin qui conduit à la mort et la reconnaissance que ce chemin conduit également à la glorification du Fils par le Père.

Acclamations

Ainsi, l'acclamation des fils et des filles de Jérusalem déborde l'événement représenté par cette icône. Elle renvoie à l'acclamation des armées célestes qui salue le Sauveur. Cette icône est construite comme le SANCTUS de la liturgie eucharistique où l'Église associe le chant des baptisés à celui des anges. Alors, le chant des humains s'unit au chant des chérubins et des séraphins qui acclament Dieu sur son trône :

"Saint, Saint, Saint, le Seigneur Sabaoth,
le ciel et la terre sont remplis de ta gloire!"

De même, le chant des armées célestes s'unit au chant de l'Église qui reprend les cris de joie de la foule de Jérusalem :
"Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur!
Hosanna au plus haut des cieux!"

Ce chant est, comme l'icône, une célébration du salut : "Hosanna!", "Sauve-nous!", fais-nous entrer avec toi dans ta victoire sur la mort, fais-nous entrer avec toi dans ta gloire céleste!

Texte adapté pour le site


LA DERNIÈRE CÈNE

(Mt 26,17-35 // Mc 14,12-31 // Lc 22,1-38)

Méditation de Michel St-Onge

L'icône de la Dernière Cène nous présente le repas commandé par le rituel juif au cours duquel Jésus rend grâce pour le salut qui nous est donné par son sacrifice. L'Écriture Sainte nous indique combien important est le rapport entre le repas eucharistique et la Pâque juive. Le jour de cette fête, les juifs égorgent un agneau sans tache en souvenir de la libération de l'esclavage en Égypte. L'icône de la Dernière Cène représente ce repas où est révélé le sens de ce sacrifice ultime du Fils de Dieu, sacrifice exprimant le salut: la communion retrouvée entre Dieu et les hommes.

Dernière CèneLa table et les apôtres

L'icône est dominée par l'imposant cercle blanc de la table qui rassemble Jésus et ses apôtres. La forme géométrique du cercle rappelle le cercle divin car on ne peut y retracer ni l'origine ni la fin. Le cercle, comme une alliance, représente l'amour éternel, l'amour sans fin qui transcende le temps et le monde créé. Cette forme est surélevée par rapport à la terre qui se trouve sous les pieds des apôtres et du Christ, signifiant que la réalité vient d'en-haut.

Autour du cercle, les apôtres forment une "alliance", un cercle périphérique. Ce cercle n'est cependant pas fermé. En effet, le sacrifice n'est pas offert uniquement pour eux, il est offert "pour la multitude". Le rassemblement est donc ouvert pour toutes les générations de croyants appelées à s'asseoir à la table eucharistique pour communier au sacrifice du Christ.

Le Christ

L'origine de cette communion en Dieu est manifeste: le Christ trône et porte lui-même le cercle de la lumière divine autour de sa tête. Il prononce les paroles éternelles étant assis sur le trône et tenant en main le rouleau de sa Parole. Il est le fondement de la Nouvelle Alliance. C'est pourquoi il occupe une place importante dans le haut de l'icône. Il préside l'assemblée.

Le Christ est à la fois représenté comme personne qui préside le repas et comme nourriture donnée à ses apôtres. "Je suis le pain vivant... Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle" (Jn 6,51-54). Par le repas eucharistique, Jésus perpétue son Incarnation. Lui, le Pain de vie, se rend présent à nous comme le ressuscité, celui qui transcende le temps. Par la communion au pain et au vin, le Christ se donne encore et renouvelle son sacrifice nous sauvant de la division, signe du péché.

Le mémorial

Au cours de ce repas, Jésus donne un sens nouveau au pain et au vin en les identifiant à son corps et à son sang qui seront offerts en sacrifice sur la Croix. C'est par eux que sera scellée la Nouvelle Alliance entre Dieu le Père et l'humanité entière. Ce repas devient la participation à cette oeuvre de salut : "Chaque fois que vous mangez ce pain et que vous buvez cette coupe vous annoncez sa mort jusqu'à ce qu'il vienne ", nous dit saint Paul (1 Co 11,23-25). C'est donc par le mémorial de ce repas que nous sommes atteints maintenant par ce que le Christ a fait pour nous. C'est le repas de communion à la vie divine en attendant le repas des noces du Christ et de son Église célébré au Festin du Royaume.

L'apôtre Jean et JudasDernière Cène

Jean se penche sur le coeur aimant du Christ. Il est troublé par la révélation que Jésus vient de leur faire : il sera trahi par l'un d'eux (Jn 13,21). Jean lui demande affectueusement : "Seigneur, qui est-ce?"  Le Christ le bénit, lui qui est penché vers Lui. Mais au même moment, un autre apôtre se penche vers une coupe pour y tremper son pain. C'est lui qui trahira. Par son mouvement, cet apôtre sort du cercle de communion et c'est alors que le cercle divin devient pour lui le lieu de son jugement.

Jean entend battre le coeur de son Dieu. Appuyé sur la poitrine du Maître, il saisit la signification du sacrifice qui est offert. Il n'y aura d'ailleurs que Jean pour nous livrer dans son évangile le discours sur le Pain de vie. Et nous lui devons aussi le discours après la Cène.

Image de l'Église

L'icône de la Cène pascale est l'icône de l'Église. L'Eucharistie constitue l'Église, c'est elle qui l'établit comme "corps du Christ". Par l'attitude des apôtres représentée ici, l'icône nous révèle quelque chose de notre propre attitude face au mystère de l'Église. Tandis que l'un va au bout de ses trahisons, un autre se rapproche du Christ et se penche sur son coeur, d'autres enfin, causent amicalement entre eux, inconscients de ce qui se passe vraiment. Pourtant, ce qui est révélé ici, c'est la plénitude de la signification du sacrifice du Christ: passer par la mort pour rejoindre ensuite la multitude et s'offrir à elle en nourriture pour lui donner la vie du Père. L'icône représente le mystère du salut confié à l'Église et représente aussi la réalité humaine face à ce mystère.


En grec, aujourd'hui encore, on dit "eucharistô" pour dire "merci". L'eucharistie désigne une action de grâce, un remerciement adressé à Dieu, une reconnaissance de l'oeuvre divine. L'icône de la Dernière Cène représente donc non seulement l'événement mais aussi l'action même de Dieu en notre faveur.

Saint Ambroise écrit : "Celui qui souffre d'une blessure a besoin d'un remède. Pour nous, le péché sous lequel nous sommes est une blessure; le remède, c'est le sacrement céleste et véritable." (De sacramentis V, 4,25)


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LE LAVEMENT DES PIEDS

(Jn 13,1-17)

Réflexion de Jean Vanier

Lavement des pieds Au cours du dernier repas avec ses disciples, Jésus se met à leur laver les pieds. Pierre le regarde: "Toi, me laver les pieds?"  Pierre a un sens de la hiérarchie. Il y a des gens en haut et des gens en bas. Il a un sens de ce que sont nos sociétés: quelques personnes en haut et une foule immense en bas. Pierre ne veut pas se laisser laver les pieds car "ce n'est pas dans l'ordre des choses." L'attitude de Pierre est une réaction normale et naturelle. Ce qui est plus surprenant, c'est la réaction de Jésus : "Si je ne te lave pas, tu n'as pas de part avec moi. Le Royaume ne fera plus partie de ton héritage. Tu n'es plus mon disciple." Ce sont des paroles très fortes. Il est parfois difficile pour nous de les prendre au sérieux.

Pierre panique : "Alors Seigneur, pas seulement les pieds mais aussi les mains et la tête." Jésus dit : "Comprenez-vous ce que je vous ai fait? Vous m'appelez Maître et Seigneur, et vous dites bien, car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns des autres." Pourquoi Jésus nous lave-t-il les pieds et pourquoi demande-t-il que nous nous lavions les pieds les uns aux autres?

Le lavement des pieds comme signe d'amour

Quand Jésus s'agenouille devant les pieds de ses disciples il sait que le lendemain il sera mort. Mais il veut avoir un moment avec chaque disciple. Pas seulement pour dire au revoir. Il veut les toucher, toucher leurs pieds, toucher leurs corps, les toucher avec tendresse et amour. Il dit peut-être une parole à chacun, il les regarde dans les yeux. Il y a un moment de communion. Le lavement des pieds et l'institution de l'Eucharistie sont intimement liés. Nous sommes appelés à manger le Corps du Christ pour pouvoir nous laver les pieds les uns aux autres.

C'est un moment particulier de Jésus avec ses disciples: Jésus a dû toucher ces corps avec un immense respect. Il leur révélait, d'une façon spéciale, son amour pour eux. Mais il leur révélait aussi que chacun d'eux était beau, choisi et aimé, pour continuer cette mission, qui est sa mission.

Jésus nous purifie afin que nous puissions accueillir son Esprit

Lorsque Jésus lave les pieds de ses disciples, il lave les pieds pour montrer que c'est leurs coeurs qu'il veut purifier. Jésus ne juge pas, il ne condamne pas; il purifie. Il veut seulement que nous soyons un peuple de la résurrection - des personnes debout qui croient au don de Jésus pour pouvoir apporter ce don à notre monde brisé.

Le lavement des pieds pour nous transfomer en un Corps
Lavement des pieds
Jésus veut que nous découvrions l'Église comme un Corps où chacun est important, où la fonction de  responsable est importante parce que le corps en a besoin. Mais nous sommes tous comme frères et soeurs dans le même Corps qui est inspiré, motivé et habité  par l'Esprit Saint.

Le lavement des pieds est symbolique. C'est un geste qui parle de service, de communion, de pardon mutuel, de co-existence, d'unité. Mais Jésus insiste tellement sur le lavement des pieds, sur le fait de toucher le corps, que je crois que ce symbole est aussi un sacrement. C'est quelque chose de très spécial. Je crois que Jésus insiste sur le lavement des pieds parce que nos corps sont précieux, parce qu'ils sont Temples de l'Esprit.

Nous sommes appelés à être en communion, à nous pardonner les uns les autres, à nous servir les uns les autres, et à découvrir que nous sommes appelés à marcher ensemble. Nous sommes tous appelés à nous faire petits, à nous servir dans la droiture et la vérité comme Jésus. D'une certaine manière nous voulons suivre Jésus sur ce chemin qui descend. C'est aussi le chemin par lequel nous nous élèverons avec lui pour être un signe de la résurrection dans notre monde.


Mon expérience avec Éric

Nous avions accueilli Éric qui avait vécu douze ans dans un hôpital psychiatrique. Il était aveugle et sourd. Il ne pouvait pas marcher et ne pouvait pas manger seul. Il vivait avec une angoisse immense au-dedans de lui, et un grand désir de mourir. Il vomissait tout ce qu'il mangeait. Il n'était qu'angoisse et douleur. Notre mission à l'Arche était de l'aider à passer de l'envie de mourir à l'envie de vivre, d'un sentiment de n'être bon à rien à un sentiment d'avoir de la valeur et de l'importance, d'un sentiment de culpabilité à un sentiment de confiance. On ne peut faire cela qu'à travers le pouvoir transformateur de l'amour; l'amour qui nous révèle que nous sommes beaux; l'amour qui comprend notre souffrance et nos besoins, l'amour qui fait la fête; l'amour qui investit de puissance et nous appelle à être et à être nous-mêmes; un amour qui pardonne.

Mais comment pouvions-nous révéler cela à Éric? Il était sourd et aveugle. Nous n'avions que nos mains pour communiquer; ces mains incroyables que Jésus nous a données, les mains qui donnent la sécurité, la paix, qui manifestent l'amour, mais aussi des mains qui peuvent blesser, prendre, abuser. J'avais le privilège de donner son bain chaque matin à Éric, de tenir son petit corps nu dans mes bras. À travers nos mains (pas seulement les miennes mais celles de toute la communauté), nous lui avons fait comprendre qu'il était beau. Il faut toucher les gens avec un profond respect, avec tendresse. Nos mains, et pas seulement nos voix, peuvent transmettre l'amour de Jésus. Le Verbe s'est fait chair pour que notre chair devienne parole. Notre chair, par la puissance de l'Esprit Saint, peut révéler leur valeur aux personnes, peut leur révéler qu'elles sont chéries et aimées de Dieu.


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JÉSUS DEVANT PILATE

(Jean 18,28-40 à 19,1-16)


Cette icône écrite par Théophane le Grec (1330 à 1410 environ) est la sixième de douze icônes représentant "La Sainte Passion de notre Seigneur". Elle illustre la comparution de Jésus devant Pilate où il est question de la Royauté de Jésus ainsi que celle de la vérité. Souvenons-nous que dès l'entrée de Jésus à Jérusalem, sa Royauté avait été proclamée; il avait été accueilli comme roi par la foule des petits rassemblés autour de Lui. Maintenant, quelques jours après cet événement triomphant, sa Royauté est rejetée par le Sanhédrin et sera méprisée par les Romains.


Première comparution

Les personnages à droite sur l'icône sont le groupe des Juifs qui ont amené Jésus devant Pilate pour que celui-ci le condamne à mort. Mais d'abord, Pilate veut vérifier si ce Jésus est vraiment un roi et, s'il l'est, est-ce que sa royauté  menace celle de César au nom duquel il gouverne? Pilate interroge donc Jésus: "Tu es le roi des Juifs?" (8,33) La réponse de Jésus est surprenante: "Dis-tu cela de toi-même ou d'autres te l'ont-ils dit de moi?" (v.34) Jésus ne nie pas sa Royauté, sans toutefois l'affirmer clairement comme lors de son entrée à Jérusalem. Il laisse planer la question. On peut aussi penser que Jésus s'adresse à Pilate personnellement, cherchant à sonder le coeur de celui-ci plutôt que sa raison. Il l'amène sur le plan de la foi en délaissant les craintes politiques suscitées par sa personne. Pilate se défend: "Est-ce que je suis Juif moi?" (v.35) Comme si, pour croire en Jésus, il fallait être de sa nation. Pilate refuse donc d'entrer dans la sphère personnelle, préférant agir selon sa fonction de gouverneur afin de ne pas avoir à se positionner face à la personne de Jésus. Pilate rappelle donc à Jésus comment il est arrivé devant lui: "Ta nation et les grands prêtres t'ont livré à moi. Qu'as-tu donc fait?" (v.35) Le gouverneur est d'abord intéressé aux faits, à la réalité sur laquelle il pourra soit condamner soit libérer.

Mais la réalité de Jésus est d'un tout autre ordre que celui des faits, du matériel identifiable et vérifiable. "Mon royaume n'est pas de ce monde..." (v.36). -- "Tu es donc roi?" -- "C'est toi qui le dis. Je suis né et je suis venu en ce monde pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité écoute ma voix." (v.37) Et voilà que Pilate cherche justement à connaître la vérité dans cette comparution: "Qu'est-ce que la vérité?" (v.38) Qui dit vrai? Les Juifs qui veulent la mort de Jésus ou Jésus lui-même? Y a-t-il vraiment un motif pour le condamner?

Pilate sait qu'il ne peut pas mettre quelqu'un à mort sans crime grave. Jésus n'a rien fait de mal contre l'état romain, il ne s'est pas soulevé contre celui-ci. Pilate ne peut donc pas le condamner. En retournant vers les Juifs après cette première comparution, le gouverneur affirme n'avoir trouvé en Jésus aucun motif de condamnation (v.38). Il cherche à se défaire de cette situation ambiguë proposant aux Juifs de leur libérer quelqu'un pour la Pâque (v.39). Ceux-ci choisissent Barabbas (v.40). Pilate livre donc Jésus à la flagellation (19,1).

Deuxième comparution

Jésus n'est toujours pas condamné; il doit donc revenir devant Pilate. Le gouverneur romain espérait peut-être obtenir la pitié des Juifs en amenant devant eux Jésus flagellé et couronné d'épines. Mais c'est le contraire qui se produisit, réclamant de Pilate la mort de cet homme. Pilate résiste, mais en entendant les paroles: "...il doit mourir parce qu'il s'est fait Fils de Dieu" (v.7), il est encore davantage effrayé. Pilate comprend peut-être à ces mots, que reconnaître la vérité est une chose capitale. Et voici qu'en cette deuxième comparution, Pilate ne s'interroge plus sur l'identité de Jésus, mais sur son origine: "D'où es-tu?" (v.9)  Jésus ne répond pas; il demeure silencieux. Cela provoque chez Pilate cette affirmation: "Ne sais-tu pas que j'ai pouvoir de te crucifier?" (v.10) Et voici comment Jésus positionne sa Royauté: "Tu n'aurais aucun pouvoir sur moi, si cela ne t'avait été donné d'en-haut..." (v.11). Comme si Jésus disait à Pilate: La vérité, la voici: il y a Quelqu'un de plus grand que toi et c'est mon Père. Si Je Suis devant toi, c'est parce que je suis en parfaite concordance avec Lui. Il m'a conduit jusqu'ici et ce qui doit arriver, doit arriver. Ne t'inquiète pas car "celui qui m'a livré à toi a un plus grand péché" (v.11).  Jésus rassure Pilate que tout se passe selon une Volonté explicite d'En-Haut que sans le regard de la foi il ne peut comprendre. À partir de ce moment, "Pilate cherchait à le relâcher" (v.12). Mais après s'être lavé les mains de cette affaire, Pilate se voit dans l'obligation de livrer Jésus pour être crucifié (v.16).



L'ICÔNE DE L'ÉPOUX


Le FiancéLe nom de cette icône peut sembler inapproprié considérant qu'elle illlustre la flagellation et le couronnement d'épines de Jésus. Mais si l'on regarde le mystère pascal comme la célébration des noces de l'Agneau, le nom d'Époux trouve son sens profond et juste. Cette icône, où le Christ épouse notre humanité jusque dans ses souffrances les plus profondes, a aussi comme nom "Le Fiancé" puisque sur la Croix, Jésus deviendra l'Époux. Ou, encore, elle porte le nom de "L'humilité extrême". Contemplons ensemble ce chemin souffrant que le Christ a choisi pour nous conduire au Père.

L'humilité de Jésus se reflète entièrement dans cette icône: il a choisi de se dépouiller lui-même en prenant la condition de serviteur. Il s'est abaissé en devenant obéissant jusqu'à mourir et à mourir sur une croix (Ph 2,7-8). Cette obéissance de Jésus peut nous sembler injuste, mais dans le regard de l'amour, elle est la voie royale qui l'a conduit à son élévation comme Seigneur (Ph 2,11). "Une fois élevé de terre, j'attirerai à moi tous les hommes" (Jn 12,32). Son abaissement divin dans son incarnation et son abaissement humain jusqu'à se laisser défigurer par nos péchés, n'est-ce pas la porte étroite nous ouvrant le mystère de notre salut?

Le Père nous a tant aimés, qu'il nous a livré son Fils, son Unique, pour nous épouser à Lui. Pourquoi nous l'a-t-il livré? Parce que nous avions péché et que la conséquence ultime de notre faute est la mort. Ne fallait-il pas que Jésus aille jusque là pour nous relever et pour nous sortir de cette impasse? Devant ce mystère de Jésus humilié, il y a deux sentiments qui surgissent. Celui du repentir et de la contrition qui nous fait dire : "Pardon, Seigneur, pardon!" et celui de l'émerveillement et de l'action de grâce nous faisant voir le don immense qui nous est fait. Quand nous prenons conscience de notre faute, nous réalisons en même temps notre incapacité à la réparer par nous-mêmes. À ce moment, il n'y a qu'un seul remède capable de remédier à notre mal: contempler longuement le Christ souffrant sa passion. Car si le Christ l'a souffert avec tant d'amour, c'est justement pour nous sortir de nos ténèbres.



Point de prodigue sans pardon qui le cherche,
Nul n'est trop loin pour Dieu;
Viennent les larmes où le Fils renaît,
Joie du retour au Père!

Point de blessure que sa main ne guérisse,
Rien n'est perdu pour Dieu;
Vienne la grâce où la vie reprend,
Flamme jaillie des cendres!

Point de ténèbres sans espoir de lumière,
Rien n'est fini pour Dieu;
Vienne l'aurore où l'amour surgit,
Chant d'un matin de Pâques!


Seul l'Amour du Père et du Fils peut faire naître en notre coeur cette espérance. Eux seuls ont la capacité de nous sortir de nos morts intérieures, trop souvent infligées par un manque d'amour. Croyons que par les blessures de cet "Époux-aimant", nous pouvons en être relevés. Si Jésus a incliné la tête en signe de soumission, s'il s'est laissé couronné d'épines sans ouvrir la bouche pour protester; s'il a accepté de laisser ses mains se faire lier, c'était pour vaincre, par la puissance de son amour, tout ce qui nous emprisonne et tout ce qui nous humilie au plus profond de nous-mêmes. Jésus-Époux est celui par qui notre coeur devient l'épouse du Père. Son humilité extrême fait de lui le Serviteur-livré par qui nous recevons notre salut.


*Icône écrite par soeur Ginette Généreux, recluse missionnaire



LA CRUCIFIXION DE JÉSUS
Mt 27,32-56 // Mc 15,21-41 // Lc 23,33-46 // Jn 19,16-37

Méditation de Michel St-Onge


Le bois qui était arbre de vie au Jardin d'Éden
se dresse à nouveau pour donner la vie au monde.
La croix occupe pratiquement tout l'espace de l'icône,
elle s'élance vers les quatre points cardinaux.

Crucifixion du Christ
La Croix


La Croix se dresse sur le Golgotha, considéré comme le centre du monde dans la tradition biblique. Elle déchire la terre pour donner accès à la grotte des ténèbres. Elle constitue ainsi le lien entre le ciel, d'où vient la lumière du monde, et la grotte où se cachent les ténèbres, lieu où s'est retrouvé Adam en se séparant de Dieu. C'est la Croix qui fait un chemin à la lumière pour que celle-ci puisse se glisser dans les ténèbres de la mort. Cette Croix manifeste à la fois le péché et la grâce. D'une part, elle nous montre jusqu'où l'humanité pécheresse peut aller: mettre à mort un innocent. D'autre part, elle nous montre jusqu'où Dieu, dans son amour pour nous peut aller: donner sa vie. Ces deux réalités sont ici une lutte. La mort, à première vue, semble l'emporter sur Jésus. L'icône, cependant, nous montre une toute autre vision de la réalité du salut.

Le Christ

Le Christ est présenté comme "le Roi de Gloire et des Anges". Il n'est pas représenté comme dominé par les forces du mal, comme étant en situation d'échec. Il domine la situation: les bras bien droits, il est représenté comme le Fils de Dieu vainqueur de la mort. L'aspect doloriste est absent de la représentation du Christ. Il apparaît maître de la situation: Personne ne m'enlève la vie, c'est moi qui la donne
(cf. Jn10,18). C'est pourquoi les icônes illustrant la Crucifixion ne présentent jamais un corps supplicié. Elles nous mettent en présence du Maître de la vie qui s'offre en sacrifice. Sur la Croix, le Christ domine, il règne. L'icône représente l'événement du sacrifice sur la Croix un peu comme l'hymne aux Philippiens:


Lui qui est de condition divine
n'a pas considéré comme une proie
à saisir d'être l'égal de Dieu.
Mais il s'est dépouillé,
prenant la condition de serviteur,
devenant semblable aux hommes,
et, reconnu homme à son aspect,
il s'est abaissé jusqu'à la mort
et à la mort sur une croix.
Aussi Dieu l'a-t-il exalté
et lui a donné le Nom
qui est au-dessus de tout nom,
pour que tout, au nom de Jésus,
s'agenouille, au plus haut des cieux,
sur la terre et dans les enfers,
et que toute langue proclame
de Jésus Christ, qu'il est Seigneur,
à la gloire de Dieu le Père.
(Ph 2,6-11)


L'icône présente donc la "kénose" du Christ (littéralement, en grec, ce mot signifie "se vider") mais en même temps, elle présente aussi son exaltation. Par la Croix, le Christ est placé au-dessus des hommes, il s'élève déjà vers Dieu.

L'événement de la Crucifixion est présenté comme le combat de la lumière et des ténèbres. Jésus n'est pas ici drapé du vêtement lumineux de la Transfiguration. Il est dépouillé, vêtu d'une toute petite pièce de tissu blanc. Mais malgré ces apparences de victoire de l'injustice humaine qui met à mort l'innocent, "en lui était la vie et la vie était lumière des hommes, et la lumière brille dans les ténèbres et les ténèbres n'ont pu en venir à bout" (Jn 1,4-5). Le Christ est Celui qui donne sa vie. C'est pourquoi certaines icônes le montrent portant des vêtements sacerdotaux. Elles expriment ainsi la fonction de grand prêtre exercée par le Christ en s'offrant lui-même en sacrifice pour le rachat du péché du monde. On verra ailleurs le Christ portant une couronne royale, mettant l'accent sur sa royauté au moment même où il souffre.

L'Église, Épouse du Christ

Jésus se dresse droit sur la Croix et la paix s'exprime sur son visage. Il est comme endormi. Les Pères de l'Église comparent le sommeil de la mort du Christ en Croix à celui d'Adam au paradis. En effet, lorsque Dieu voulut donner à Adam une compagne, il le plongea dans un profond sommeil au cours duquel il modela la femme de sa côte (Gn 2,21-22). De même, du côté transpercé du Christ, l'Église prend naissance. Ce rapprochement du premier et du second Adam dans le sommeil qui donne vie à celle qui sera son épouse, indique que l'Église est la chair de la chair du Christ. Qu'en elle coule le sang divin; que l'Église est, comme le Christ, de nature divine. C'est le sacrifice du Christ qui donne vie à l'Église.


L'un des soldats ouvrit le côté de Jésus de sa lance, et il en sortit aussitôt du sang et de l'eau. Il faut remarquer ce que note saint Jean: c'est-à-dire ces mots: "il ouvrit". N'est-ce pas suggérer ainsi que s'entrouve la porte de la Vie?
St-Augustin


Crucifixion de JésusDu côté transpercé du Christ, l'Église naît. Elle reçoit la vie par l'eau du Baptême et par le sang de l'Eucharistie (Jn 19,34). C'est pourquoi, souvent, un ange vient recueillir le sang du Christ dans un calice alors qu'il sort du côté transpercé. C'est le sang eucharistique offert à l'Église pour le salut du monde. Ce sang coule également le long de la Croix et pénètre dans la brèche ouverte dans la terre pour atteindre la grotte des ténèbres. Le sang du Maître de la vie y pénètre et va marquer le crâne d'Adam comme une onction qui le désigne comme l'élu de Dieu pour participer à la Vie même de Dieu. Le sang de Jésus est versé pour nous, pour redonner vie à nos os desséchés. Désormais, ce qui semblait sans espoir est rendu possible dans le Christ.

Marie et Jean

Marie assiste au sacrifice de son fils. Sa main droite montre le Maître de la vie, alors qu'elle ramène sur elle son voile de la main gauche en signe de recueillement. Elle s'unit à l'amour de Dieu. Son visage montre une douleur retenue, dominée par une foi inébranlable. De l'autre côté, se tient Jean, le disciple aimé de Jésus. Un si grand mystère le plonge dans une méditation profonde. Par son geste, soit qu'il veuille se couvrir les yeux devant le spectacle d'injustice auquel il assiste, soit qu'il porte la main à sa joue comme le disciple attentif à l'enseignement du Maître. Derrière lui se tient le centurion, représentant des non-juifs qui, contemplant la Croix, confesse la divinité de Jésus.

Le Salut de toute l'humanité


Le sacrifice du Christ se déroule devant les murs de la Jérusalem terrestre que l'on représente en arrière-fond. Ce détail n'est pas là seulement pour rappeler la dimension historique de l'événement. Il a une signification spirituelle: la passion a lieu hors des portes de la cité, hors des limites d'un peuple et d'une culture. Par ce sacrifice, c'est l'humanité toute entière qui est réintégrée dans la Jérusalem céleste, dans le Royaume de Dieu. Ce détail de la muraille de Jérusalem se joint à la dimension universelle de la Croix qui couvre les quatre points cardinaux pour signifier que le Christ s'offre en sacrifice pour tous. La Croix devient donc le rappel de l'invitation faite par Jésus d'aller au-delà des frontières dans l'annonce de son amour.

*Première icône écrite par soeur Jacqueline Poirier, recluse missionnaire
**Deuxième icône écrite par Emmanuel Lambardos, 17e siècle

Texte adapté pour le site


L'ICÔNE DE LA RÉSURRECTION


Méditation de Michel St-Onge

Selon saint Grégoire le Théologien, la Résurrection du Christ c'est "la fête des fêtes et la célébration des célébrations". L'icône de la Résurrection, contrairement aux images religieuses de Pâques, ne peut donc pas représenter un événement historique passager: la sortie du tombeau. L'oeuvre de puissance de Dieu accomplie par la résurrection du Christ n'est pas simplement, comme ce fut le cas pour Lazare, un don renouvelé de vie humaine qui conduirait à nouveau à la mort. La Résurrection du Christ c'est la victoire de Dieu sur la mort, la victoire de la lumière sur les ténèbres, la victoire de l'humilité de Dieu sur l'orgueil de l'homme.

L'icône se doit donc d'exprimer le salut de toute l'humanité. Le Christ est né pour nous sauver, pour nous ouvrir à nouveau les portes du paradis où nous pouvons à nouveau vivre heureux avec Dieu. Si le Christ lui-même n'était pas ressuscité, comment ses promesses auraient-elles quelque valeur? N'a-t-il pas dit: "Je suis la résurrection et la vie" (Jn 11,25). L'apôtre Pierre exprime que le salut n'est pas accompli seulement par la mort du Christ mais également par sa résurrection (1 P 3,18-22). La Résurrection du Christ et le salut de l'humanité sont la même réalité que l'icône va exprimer en conjuguant le retour à la vie du Christ et le retour à la vie d'Adam et d'Ève.
Descente aux enfers
L'icône de la Descente aux enfers
 
C'est l'icône généralement associée à la fête de la Résurrection. L'icône de la Crucifixion montrait le centre de la terre déchiré par la Croix. Ainsi, un passage était ouvert pour que le sang du Christ lui permette de pénétrer dans les ténèbres de la mort et rejoindre ainsi Adam. Par la mort, Dieu allait retrouver l'homme là où son orgueil l'a conduit. L'icône de la Descente aux enfers, elle, montre le Christ, source de Vie, au milieu des morts. Le Christ apparaît non pas comme un des captifs de la mort mais bien comme le véritable Maître de la Vie. Il est représenté dans la même lumière que dans l'icône de la Transfiguration. Il est cependant ici en mouvement, car il accomplit l'oeuvre du salut. Jaillissant comme la lumière dans le gouffre des ténèbres, il brise les portes de l'enfer qui reposent désormais sous ses pieds. Jésus domine maintenant les forces du mal et saisit à pleine main Adam et Ève pour les arracher vigoureusement de leurs tombeaux.


Adam et Ève


L'icône de la Descente aux enfers devient en quelque sorte l'icône des retrouvailles de Dieu et de l'humanité. Le premier et le nouvel Adam sont maintenant face à face. Le lien est recréé entre Adam et la source de sa vie: la main créatrice de Dieu qui rattrape Adam dans sa chute jusque dans la mort. Dans ce moment merveilleux, le vieil Adam contemple son libérateur d'un regard joyeux, empreint de fatigue. Il tend une main morte, tombante mais restée libre, dans un mouvement d'accueil et de prière reconnaissante. Ève, elle, tend aussi sa main libre vers son libérateur mais en la couvrant par respect pour la présence divine reconnue dans le Christ.

Personnages

Derrière Ève se pressent Moïse et les justes, le peuple des élus de Dieu. Derrière Adam, on retrouve les rois David et Salomon qui accueillent le Sauveur dans la prière. Devant eux, Jean le Précurseur reconnaît le Christ comme Agneau de Dieu et dirige vers lui la foule des morts, comme s'il disait encore une fois: "Voici Celui qui enlève le péché du monde" (Jn 1,29). De plus, on retrouve le prophète Daniel, celui qui, pour la première fois, a prophétisé dans l'Ancien Testament la résurrection individuelle (Dn 12,1-3): "Et à ce moment, ton peuple sera sauvé... Et beaucoup de ceux qui dorment dans la poussière de la terre se lèveront, pour la vie éternelle, ils brilleront comme la splendeur du firmament, et parmi les nombreux justes, ils brilleront encore, comme des astres dans l'Éternité."  Tous ces personnages témoins du salut donné à Adam et Ève font de la scène un événement d'Église.

Grotte ouverte

Le Maître de la Vie a rejoint les morts pour les ramener avec lui auprès du Père. Au-dessus de lui, la grotte est ouverte pour montrer que le passage vers les cieux est maintenant libre. L'icône est remplie de lumière, de mouvement, de vie. Elle suscite l'espérance en nous montrant le Christ qui nous tire hors de la mort pour nous faire entrer dans sa propre lumière. En effet, Jésus est lui-même entouré du cercle de la mandorle, symbole de la gloire éternelle de Dieu, comme à la Transfiguration. Mais ici, il entraîne Adam et Ève pour les faire pénétrer dans ce cercle divin, Eux se mettent en mouvement pour l'y rejoindre.

Victoire de la Vie sur la mort

La lumière du monde s'est infiltrée dans les ténèbres de la mort où elle brille encore plus qu'en plein jour. Oui, la vie a été plus forte que la mort, l'humilité de Dieu plus forte que notre orgueil. Lorsqu'on se rappelle combien, dans la grotte de la Nativité, la lumière était petite et que l'on voit maintenant comment elle prend toute la place, notre coeur ne peut que tressaillir d'allégresse. Le Christ nous entraîne à sa suite, il nous ouvre le chemin vers le Père; il est pour nous le chemin vers la vie en plénitude, il est la vérité qui libère. Puisque la résurrection du Christ nous fait entrer dans la vie du Père, vivons dans la joie des ressuscités!



Descente aux enfers




APPARITION À MARIE DE MAGDALA
et L'INCRÉDULITÉ DE THOMAS
Mc 1,11 // Jn 20,11-18 et 19-29

Pour ce temps pascal, nous méditerons à partir de deux icônes illustrant deux apparitions du Christ ressuscité. La première icône évoque l'apparition de Jésus à Marie de Magdala le matin de Pâques et la deuxième icône illustre l'apparition de Jésus aux disciples huit jours après Pâques. De belles lumières surgissent en contemplant ces deux apparitions!

L'apparition à Marie de Magdala

Noli me tangere Alors que Marie se rendra au tombeau remplie de chagrin, elle retournera vers les apôtres submergée par la joie. Ses yeux ont vu Celui que son coeur aime, ses oreilles ont entendu la voix de son Bien-aimé qu'elle cherchait tant après sa disparition. Mais, Marie ne peut pas encore le toucher et c'est Jésus lui-même qui le lui interdit. De là vient le nom de cette icône : Noli me tangere - Ne me touche pas.

C'est en entendant son nom, que Marie de Magdala reconnaîtra que l'homme qui est devant elle n'est pas le jardinier, mais Jésus lui-même. Son chagrin de l'avoir perdu l'avait aveuglée au point qu'elle cherchait un corps mort, ignorant qu'elle pouvait à nouveau le contempler vivant et victorieux de la mort. La voix du Maître, Marie la connaissait pour l'avoir écoutée longuement. En entendant prononcer son nom, un déclic se fait; la voix a quelque chose de familier, de connu qui résonne en son coeur. Elle s'ouvre à la possibilité que cette voix soit celle de son Maître, qu'elle nomme à son tour : Rabbouni!

Marie de Magdala, aussi nommée Marie-Madeleine, veut saisir les pieds de Jésus, sans doute pour le retenir de partir à nouveau. Tout amour veut posséder l'objet aimé. Mais elle doit apprendre à donner Jésus aux autres et non pas à le garder pour elle-même. Jésus-Ressuscité, à nouveau Vivant, est la Bonne Nouvelle à annnoncer à tous. La première mission de Marie est d'aller dire aux disciples ce qu'elle a vu. Ce qu'elle fera à toute vitesse, transportée par la joie de la résurrection du Christ.

Dans les Évangiles

Seulement deux évangélistes relatent cette apparition particulière à Marie de Magdala. Marc ne fait que la mentionner brièvement après le récit de l'annonce d'un jeune homme "vêtu d'une robe blanche" à un groupe de femmes dont Marie faisait partie (16,5). D'après Marc, les femmes ne suivirent pas l'instruction de l'Ange d'aller dire aux disciples que Jésus est ressuscité et qu'il les précéderait en Galilée, car "elles avaient peur"(16,8). Suit immédiatement le récit de l'apparition à Marie de Magdala. Rien n'est dit dans cet Évangile sur l'apparition comme telle, mais nous savons que Marie l'a rapportée aux disciples qui ne la crurent pas (16,11).

C'est grâce à l'évangile de Jean si nous avons ce beau récit du dialogue entre Jésus ressuscité et Marie. Jean en relate plus de détails, car c'est à cause des dires de Marie de Magdala que lui et Pierre se rendent au tombeau en courant (20,3-4). Si les autres disciples n'ont pas cru, Jean lui, a cru quand il a vu le tombeau vide.

L'incrédulité de Thomas

Incrédulité de Thomas Il faudra attendre le soir de Pâques pour que les autres disciples croient que Jésus est vraiment ressuscité. Réunis ensemble dans un endroit où toutes les portes étaient closes, Jésus vint au milieu d'eux. "Il leur montra ses mains et son côté et les disciples furent remplis de joie" (20,19-20).  Mais ce soir-là, Thomas n'y était pas. Et même s'il reçut le témoignage des disciples qui avaient vu le Seigneur, il ne les a pas crus. "Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous,(...) et si je ne mets pas ma main dans son côté, je ne croirai pas" (20, 25). La mort de Jésus a été tellement évidente, qu'il ne va pas de soi de croire à sa résurrection. Thomas doit lui aussi en faire l'expérience personnelle, après quoi, il croira et deviendra un véritable apôtre donnant sa vie pour le Christ et son Évangile. Mais il devra attendre huit jours avant de voir Jésus ressuscité. Tandis que les apôtres étaient dans la joie, Thomas demeurait dans son incrédulité.

Ce qu'il y a de particulier chez ce disciple, c'est qu'il doit voir et toucher les plaies de Jésus pour croire. C'est seulement aux signes de la crucifixion que Thomas reconnaîtra que celui qu'il voit devant lui est bien Jésus, le Maître qu'il a suivi pendant les trois dernières années. Tandis que Jésus a empêché Marie de lui toucher les pieds, il invite Thomas à mettre sa main dans son côté pour que celui-ci devienne croyant. Après quoi, l'apôtre s'écrie : "Mon Seigneur et mon Dieu!" (20, 27-28). Thomas professe que Jésus crucifié et ressuscité est bien son Seigneur et son Dieu. Il n'a plus de doutes!

Les marques de la crucifixion deviennent désormais un critère de discernement pour reconnaître le Seigneur des seigneurs, le Vrai Dieu. Celui qui s'est fait obéissant jusqu'à la mort et à la mort sur une croix, est exalté par le Nom qui est au-dessus de tout nom. C'est uniquement devant lui que tout être s'agenouille pour proclamer que Jésus Christ est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père (Ph 2,8-11).


Et nous?

Marie de Magdala a été un témoin pour les disciples et les disciples ont été des témoins pour Thomas. Mais tous ont dû faire cette rencontre personnelle avec le Vivant pour croire en Lui. Il nous faut, à nous aussi, de ces témoins qui ont vu Jésus. Leurs témoignages labourent notre coeur afin de l'ouvrir à la possibilité de pouvoir rencontrer, nous aussi, le Ressuscité. Même si la présence de témoins dans nos vies est indispensable pour nous mettre en route vers Jésus, il nous faut un jour en faire l'expérience personnelle et ensuite devenir à notre tour des témoins pour d'autres, afin qu'eux aussi le rencontrent.

L'expérience de chacun est unique. Elle peut ressembler à celle de Marie qui, en entendant prononcer son nom, reconnaît son Seigneur. Elle peut être semblable à celle de Jean, qui croit que le Maître est Vivant en voyant le tombeau vide. Elle peut être similaire à celle de Thomas, qui reconnaît Jésus en touchant les plaies de sa passion et de sa mort. Chacune de nos expériences avec le Christ Vivant est une merveille, car c'est Jésus lui-même qui vient à notre rencontre. Il se fait reconnaître d'une façon qui correspond avec ce que nous sommes. Voilà un signe de l'amour personnel de Jésus qui nous connaît plus que nous nous connaissons nous-mêmes. Que notre rencontre avec le Christ soit un chant de louange qui sans cesse s'élève vers Lui en signe de reconnaissance et d'action de grâces!



L'ASCENSION
Mc 16,19 // Lc 24,50-51

Méditation de Michel St-Onge

AscensionLe terme d'ascension suscite souvent l'image de la séparation, de l'éloignement, du départ définitif du Christ. L'icône de l'Ascension nous permet de découvrir une signification beaucoup plus profonde de l'événement. Elle ne représente pas le Seigneur s'élevant au-dessus de ses disciples, mais elle met l'accent sur la montée, sur la position du Christ dans le cercle divin. L'icône présente une superposition de deux réalités sur des plans horizontaux: dans le haut, le Christ trône dans un cercle porté par deux anges; dans le bas, la foule disparate des disciples entourant la Mère de Dieu.

L'icône, comme dans les Écritures, est discrète sur l'événement. Elle insiste plutôt sur sa signification. Les Évangiles et les Actes des Apôtres résument l'événement en bien peu de mots. Le récit ne s'arrête pas tant sur la montée au ciel que sur le dernier enseignement de Jésus: la signification de l'Église dans le monde et son lien avec Dieu. De même, dans l'icône, le rassemblement de la communauté terrestre qui occupe le bas de l'icône prend plus d'importance visuelle que le Christ porté en gloire. L'Ascension est en effet une fête du salut! Saint Léon le Grand disait: "Aujourd'hui (comme le bon larron), nous sommes confirmés dans la possession du Paradis, nous avons pénétré avec le Christ dans les hauteurs des cieux...car là où a pénétré la gloire de la tête, là aussi est appelée l'espérance du corps...".
 
PARTIE SUPÉRIEURE DE L'ICÔNE

Le Christ dans la gloire

Dans la partie supérieure de l'icône, au centre du ciel, on aperçoit le Christ trônant dans la gloire. Il siège dans trois cercles concentriques, les sphères cosmiques, appelées "mandorle". Ces cercles représentent la gloire céleste. Ils constituent une image du ciel visible et indiquent que désormais, le Fils incarné se situe dans le monde divin. Symboliquement, le Sauveur est ainsi situé hors du temps, dans l'éternité divine. Le Christ étend la main droite en un geste de proclamation et il tient de la main gauche le rouleau des Écritures qui nous sont proclamées sur la terre. Ces gestes indiquent que la fonction du Christ se poursuit dans l'éternité: il reste celui qui révèle la Volonté du Père et qui accomplit les Écritures. Son vêtement lumineux exprime sa résurrection qui l'arrache aux lois et aux nécessités de la nature humaine. Soustrait à la loi de la pesanteur, il est élevé au-dessus de l'humanité.

Les anges

Le cercle céleste est porté par des anges. Ceux-ci portent des vêtements de couleur. Ce sont les témoins de l'Incarnation, les mêmes anges que l'on trouve dans l'icône de la Nativité. Ce sont aussi les témoins de la Passion, ceux que l'on trouve entourant la Croix dans l'icône de la Crucifixion. La présence de ces anges témoins de la vie terrestre du Fils de Dieu indique que si le Christ monte au ciel avec son corps glorieux, ce corps porte toujours les marques de la crucifixion et le souvenir de la vie terrestre. Jésus, par son Ascension, ne devient pas un étranger pour nous. Il garde son humanité, il l'amène auprès du Père.

PARTIE INFÉRIEURE DE L'ICÔNE

Dans le bas de la composition, les apôtres sont rassemblés autour de Marie. L'icône, comme dans les Actes des Apôtres (1,12), situe l'Ascension au Mont des Oliviers. C'est pourquoi elle montre un paysage montagneux avec quelques oliviers.

Les apôtres

Marie est ici placée bien au centre de la foule. À gauche, six apôtres, dont Paul qui remplace Judas pour compléter le groupe des choisis par le Christ. Paul représente les fidèles qui, dans l'Église et à travers les siècles, confessent le Christ à la suite des apôtres. Ces apôtres situés à gauche tendent la main vers le ciel ou vers l'avant: gestes qui signifient la louange et la prédication. Les six apôtres placés à droite, eux, sont paisibles et recueillis. Ils contemplent Marie, icône de l'Église, qu'ils sont appelés à rassembler depuis les extrémités de la terre.

La plupart des apôtres sont vêtus de vert et de rouge. Le vert est la couleur de l'espérance et de la vie. C'est la couleur de l'Esprit vivificateur. Elle rappelle la promesse du Christ à ses disciples, le jour même de l'Ascension, qu'il leur enverra l'Esprit de vérité, gage d'espérance. Le rouge, lui, symbolise l'amour qui rassemble, le sang de la fraternité, le sang versé pour nous faire reconnaître notre filiation à Dieu notre Père. Ces couleurs ensemble signifient que les apôtres composent la "robe bariolée de l'Épouse" (Ps 45,14-15). Elles expriment la diversité dans l'unité d'un même corps.

Marie

La Mère de Dieu est debout et elle se tient dans une attitude de prière. Toute paisible, dans la position de l'accueil et de la disponibilité de la Volonté du Père, comme à l'Annonciation. Maintenant, elle est disponible à la gloire de son Fils, comme elle le fut à sa souffrance. Son immobilité exprime sa fidélité indéfectible. La position de l'Orante dans laquelle Marie est représentée est la position que doit avoir l'Église: elle exprime la disponibilité à la Volonté du Père. Marie, seule à nous regarder, nous invite, du geste des mains, à la paix. Elle devient chemin vers son Fils.

Le nimbe dont sa tête est entourée signifie sa participation directe au mystère représenté. Elle accueille dans la communion de l'Église toute l'humanité. Bien qu'aucune mention dans les Écritures ne signale sa présence lors de l'Ascension, elle occupe tout de même une place toute particulière. Placée directement sous le Christ, elle est mise en lumière par la présence des deux anges vêtus de blanc situés derrière elle.

Les anges

Les anges qui se trouvent parmi les apôtres sont vêtus d'une blancheur éclatante. Ils rappellent les messagers du jour de la Résurrection (Lc 24,2 et Jn 20,12) qui annoncent que Jésus est vivant. Ils annoncent ici le retour du Christ en gloire à la fin des temps. C'est pourquoi ils sont parfois représentés tenant un rouleau déployé sur lequel on peut lire: "Gens de Galilée, pourquoi restez-vous là à regarder le ciel? Ce Jésus qui vous a été enlevé viendra de la même manière que vous l'avez vu s'en aller vers le ciel" (Ac 1,11). D'ailleurs, la prophétie de Zacharie situe justement ce retour au Mont des Oliviers.

La mission de l'Église

Le fait que les anges vêtus de couleur accompagnent le Christ dans sa gloire et que les anges vêtus de lumière soient placés au milieu des apôtres exprime que désormais, la nature humaine est montée au ciel et que la nature divine est restée sur terre au milieu de l'Église. Marie, celle qui a porté le Christ en elle, exprime par son attitude le rôle de l'Église: intercéder dans la prière pour l'humanité toute entière. Dans cette icône de l'Ascension, la Vierge a les mains ouvertes, placées devant elle exprimant la profession de foi des martyrs. Le rôle de l'Église est de porter témoignage, de proclamer sa foi dans le monde. La rigidité de la posture de Marie suggère l'immuabilité de la vérité qu'annonce l'Église. La diversité des positions et des gestes des apôtres, elle, exprime la multitude des cultures dans lesquelles cette vérité est accueillie. Dans cette diversité, ce qui crée l'unité, c'est le fait que chacun soit tourné vers le Christ, son Seigneur.

L'icône de l'Ascension, comme les paroles du Christ à cette occasion, est comme un appel: tournons-nous, nous aussi, vers le Christ notre gloire et notre salut. Il nous dit aujourd'hui, comme l'exprime Méliton de Sardes: "C'est moi qui vous entraîne vers les cimes des cieux. Car c'est moi qui vous ressusciterai et vous ferai voir le Père qui est de toute éternité. Oui, c'est moi, qui de ma main puissante, vous ressusciterai."

Texte adapté pour le site


LA PENTECÔTE
Ac 2, 1-41 // Jn 20, 22-23

Méditation de Michel St-Onge

Non seulement Jésus avait-il annoncé la venue de l'Esprit Saint après son Ascension dans la gloire, il avait aussi annoncé son action: "Quand il viendra, lui, l'Esprit de vérité, il vous guidera vers la vérité toute entière" (Jn 16, 13). Le don de l'Esprit constitue donc l'aboutissement de l'oeuvre salvifique du Christ. Comme le dit saint Athanase d'Alexandrie: "Dieu s'est fait porteur de la chair pour que l'homme puisse devenir porteur de l'Esprit." Par son Incarnation, Dieu s'est fait participant à notre humanité pour lui laisser son Esprit en héritage. L'icône de la Pentecôte met en image cette vérité.

Pentecôte
La Pentecôte annoncée dans l'Ancien Testament


Le prophète Joël avait annoncé l'événement: "...je répandrai de mon Esprit sur toute chair..." (Jl 3,1), et puis, il ajoute: "Tous ceux qui invoqueront le nom de Dieu seront sauvés" (Jl 3,5). Le livre des Actes des Apôtres rapporte comment, sous la puissance de l'Esprit, Pierre, au risque de sa vie, affirme avec autorité devant les juifs stupéfaits et devant les disciples remplis de joie: "Que toute la maison d'Israël le sache donc avec certitude: Dieu l'a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous, vous avez crucifié" (Ac 2,36), et "...il n'y a pas sous le ciel d'autre Nom donné aux hommes par lequel il nous faille être sauvés" (Ac 4,12).

Voilà la vérité à laquelle il nous fallait accéder: c'est par l'invocation du nom de Jésus que nous sommes sauvés, lui que Dieu a fait Seigneur. L'Esprit Saint ouvre les coeurs à cette vérité. C'est pourquoi, après la Pentecôte, les disciples de Jésus seront appelés "ceux qui invoquent le Nom de Jésus" (Ac 9,14 et 1 Co 1,2). On se réunit en son Nom (Mt 18,20), on rend grâce à Dieu au nom de Jésus (Ep 5,20), on souffre à cause de Son Nom et on est heureux à cause de Lui (2 Th 1,12) et tout ce qu'on fait doit "glorifier le Nom de notre Seigneur Jésus" (Col 3,17).

L'icône

L'icône de la Pentecôte met en image ce moment où les apôtres reçoivent ce que le Père avait promis: le baptême dans l'Esprit Saint (Ac 1,4-5). Elle illustre aussi l'effet de ce baptême: la vie de l'Église, corps du Christ ressuscité. Bien que le récit des Actes des Apôtres dise que le don de l'Esprit ait été accompagné d'une perturbation générale, l'icône, elle, nous montre l'assemblée des apôtres harmonieusement constituée et siégant dans la sérénité. Le récit des Actes répond à la prophétie de Joël qui décrit le jour où Dieu répandra son Esprit comme un jour de grande tribulation. Le prophète veut montrer que le don de l'Esprit est synonyme de salut. L'icône montre plutôt que le don de l'Esprit réalise la promesse. C'est pourquoi, la communion des personnes forme un seul corps malgré leur diversité. Le Père a tenu sa promesse: son Fils incarné a rétabli le lien d'amour entre Lui et l'humanité. Glorifié, le Fils répand sur cette humanité l'Esprit et rétablit ainsi le lien d'amour au sein même de cette humanité.

Les langues de feu jaillissent d'une même source lumineuse, le demi-cercle bleu représentant le Père, et elles se posent sur la tête de chacun des apôtres. Ce feu symbolise l'amour ardent du Père qui se communique au monde par le Christ reconnu comme Seigneur.

L'Église, corps du Christ ressuscité

L'effet du don de l'Esprit est de contrer l'éloignement de Dieu illustré dans l'aventure que représente Babel, cet effort vain de l'humanité de rejoindre Dieu par la construction d'un édifice de sa propre conception. L'Esprit fait émerger un projet tout autre: la construction d'un édifice spirituel constitué de pierres vivantes qui fera le lien entre le ciel et la terre. Ce projet, c'est l'Église et son plan est la Trinité elle-même. Ce qui la constitue, ce ne sont pas des structures extérieures, c'est une Personne qui l'habite et qui l'anime: l'Esprit Saint. C'est pourquoi, désormais, l'humanité n'est plus victime des effets du péché d'orgueil, comme à Babel. Tous peuvent travailler de concert à la construction de cet édifice qui conduit vers le ciel.

L'Esprit, don pour la multitude

La construction de l'Église suppose la levée de l'obstacle que constituent les différentes langues. Selon les Actes des Apôtres, l'Esprit est donné à la multitude, pas seulement à ceux qui étaient présents au Cénacle (Ac 2,1). La présence de Paul dans l'icône prend ici tout son sens. Assis en compagnie de Pierre, il représente les Gentils comme participants au rassemblement de l'Église. D'autre part, l'icône représente la multitude de ceux et celles qui reçoivent l'Esprit par un vieux roi émergeant d'un arc noir au bas de l'icône. En état de captivité, ce roi représente tout le cosmos qui tend les mains vers la lumière. Ce roi, rendu vieux par le péché d'Adam, est vêtu de rouge pour rappeler les sacrifices sanglants commandés par les religions anciennes. Il est couronné pour rappeler que cela résulte de l'orgueil, caractéristique de l'humanité détournée de Dieu. Ce vieux roi tient un linge sur lequel reposent douz rouleaux représentant la prédication des douze apôtres. C'est cette prédication insufflée par l'Esprit qui va guider les pas du roi (de l'humanité toute entière) dans sa recherche de la vérité.

Rassemblés au Nom de Jésus

Entre Pierre et Paul, il y a un espace vide. Le cercle des apôtres n'est pas fermé. Sur quelques icônes de la Pentecôte, cet espace est occupé par la Vierge Marie, icône véritable de l'Église, mais la plupart du temps, il est vide. Cela exprime que c'est au Nom du Christ que les apôtres sont rassemblés et qu'ils sont dans l'attente de son retour.

Guidé par l'Esprit

L'Évangile de Jean situe la Pentecôte au premier soir de Pâques. Le premier geste du Christ ressuscité est de souffler sur ses apôtres et de leur communiquer ainsi l'Esprit qui coule du Père comme d'une source (Jn 20,22). Jean présente ainsi le don de l'Esprit comme une recréation. Ce souffle renvoi au premier souffle de la création par lequel Dieu donna vie à l'homme fait de glaise (Gn 2,7). Ce souffle devient ici le signe de l'accomplissement du salut et c'est pourquoi Jean lui associe la remise des péchés (Jn 20,23).

L'icône de la Pentecôte est la révélation du sens de l'Église comme nouveau corps qui accueille le Christ pour Le donner au monde. La présentation de l'Église comme reflet de la vie trinitaire fondée sur l'Amour est l'expression de la vérité donnée en plénitude: Jésus est Seigneur de l'univers, c'est par Lui que nous est donnée la paix.

"Quand il viendra, lui, l'Esprit de Vérité,
il vous guidera vers la vérité toute entière"
(Jn 16,13).
 Texte adapté pour le site


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