Deux Anglais
ayant témoigné à Monseigneur de Vallier le
désir de voir la recluse Jeanne Le Ber dans sa solitude, il
voulut bien lui-même les y conduire. Ils furent
extraordinairement surpris de la voir dans un si petit appartement.
L'un deux, qui était ministre, lui demanda pourquoi elle se
gênait tant puisqu'elle aurait pu vivre dans le monde avec toutes
ses aises et commodités (car il connaissait sa famille). Elle
lui répondit que c'était une pierre
d'aimant qui l'avait
ainsi séparée de toutes choses. Elle ouvrit sa
fenêtre par où elle recevait la sainte communion et, se
prosternant en regardant l'autel: Voilà, lui dit-elle, ma
pierre
d'aimant.
C'est Notre-Seigneur qui est véritablement et réellement
dans le très Saint Sacrement.
Elle lui parla de cet auguste mystère avec tant de zèle
et de ferveur qu'il en fut surpris. Et l'on a su, qu'étant
retourné dans son pays, il en parlait souvent comme d'une chose
qui lui avait fait une grande impression, n'ayant, disait-il, rien vu
dans le pays de plus extraordinaire.
Jeanne a brûlé comme une lampe ardente devant le tabernacle pendant vingt ans. Seigneur, vous avez éteint cette lampe luisante et ardente de son coeur sur la terre, mais c'est pour la rallumer et la faire luire dans le ciel comme un astre. Éloge funèbre par M. François de Belmont, 5 octobre 1714 |