Chapitre IV -  À la suite de Jésus

9. Vivre en pauvre

Je tiens tout désormais pour désavantageux
au prix du gain suréminent
qu'est la connaissance du Christ Jésus.
Philippiens 3,8

on engagement à la suite de Jésus dans son dénuement implique une vie simple et pauvre. De riche qu'il était, il s'est fait pauvre pour nous enrichir par sa pauvreté (2 Co 8,9).

Avec le Christ, tu apprends à te détacher progressivement de l'accessoire pour t'attacher à l'essentiel: la recherche du royaume de Dieu et de sa justice (cf. Mt 6,33).  Avec lui qui s'est fait solidaire de tous les hommes par son Incarnation, ton travail lui-même, accompli dans un esprit de service et de disponibilité, devient participation à l'oeuvre de la création et de la rédemption.

En contemplant le Seigneur livré et donné en partage dans l'Eucharistie, tu ressens un appel à partager avec tes frères et soeurs non seulement ce que tu as mais ce que tu es. Ta vie très simple simplifie tout ton être et te façonne une coeur de pauvre.

page 11 de la Règle de Vie

La Règle de Vie
en entier

La largeur de la pauvreté, 
c'est la liberté d'une âme où tout est donné.
 Le coeur de la pauvreté,
c'est la joie, parce qu'on est libre de tout,
libre de soi.

Maurice Zundel

COMMENTAIRE


La pauvreté évangélique n'est pas une question de richesse ou de misère, c'est une question de simplicité de vie et de don de soi par amour. Le Père a rendu visible son amour infini pour l'humanité par le don de son Fils. Jésus, à son tour, nous a fait don de sa vie pour notre salut. Il est le pauvre par excellence.

Heureux les pauvres,car le royaume des cieux est à eux (Mt 5,3), nous dira Jésus. Le fondement de la spiritualité chrétienne repose sur la dépossession de soi qui ouvre au bonheur du Royaume, bonheur qu'on peut expérimenter dès ici-bas dans une liberté intérieure. Un coeur encombré est rarement heureux.

De nos jours, la pauvreté évangélique prend plusieurs visages: la simplicité volontaire, le respect de la création, l'équité. Ce retour à l'Évangile, souvent non perçu comme tel, est à encourager. Toute personne qui partage ses biens, ses talents, son temps, ses expériences chemine à la suite de Jésus pauvre et poursuit l'oeuvre de la création et de la rédemption.

On peut dire de l'adoration qu'elle est le sommet de la pauvreté puisqu'elle est la reconnaissance de notre petitesse devant Dieu et qu'elle nous invite au don total de nous-même, par amour pour Dieu et pour nos frères. Dans l'adoration, tout est livré, c'est vraiment "l'être pour Dieu", le "vivre pour Dieu".

Demandons au Seigneur Jésus, livré et donné en partage dans l'Eucharistie, de nous façonner un coeur de pauvre et de nous disposer à l'adoration véritable. N'est-il pas lui-même le trésor pour lequel nous n'aurons jamais fini de tout quitter?


Dans la vie de Jeanne Le Ber ...

Chez Jeanne, l'offrande de sa personne s'est consommée lors de son entrée en réclusion. Elle choisit une vie cachée, anéantie aux yeux des hommes: Heureux les pauvres de coeur (Mt 5,3).  Son style de vie austère en solitude semble être la continuation d'une vie déjà simplifiée.
Jeanne Le Ber, recluse de Ville-Marie.  Les Recluses Missionnaires.


VOS  COMMENTAIRES
dans le quotidien...


Le Père Yves Girard écrit: «La perfection consiste dans la véritable pauvreté d'esprit, dans le complet détachement de soi-même et de toutes choses. Quand un homme s'est complètement dépouillé de tout ce qui n'est pas Dieu, il se trouve dans l'essence même de la Vérité et alors la déception et l'aveuglement ne sont pas possibles».

Dans ma tendre enfance, j'entendais parfois ma mère dire: «Nous avons tout pour être heureux - sauf l'argent». Il est vrai que le bonheur parfait n'existe pas. Nous avions pourtant plus que le nécessaire: un père affectueux et travaillant, des enfants en santé. Mais pour l'enfant que j'étais, il y avait un manque, et ce manque était important parce que j'ignorais qu'il y avait pire pauvreté.

 En devenant mature, j'ai expérimenté que la pauvreté n'était pas que matérielle et que...
  •  j'étais pauvre si je me sentais incapable d'amour;
  •  j'étais pauvre devant la souffrance et la maladie de mon enfant;
  •  j'étais pauvre, si malgré des efforts pour me rapprocher du Seigneur, je vivais des périodes de désert et de tristesse. Saint Paul nous assure pourtant que l'Esprit est paix et joie;
  • je suis pauvre dans mon coeur quand j'accepte d'être dans l'erreur;
  • je suis pauvre quand mes forces physiques diminuent trop rapidement à mon goût et quand j'ai davantage de difficulté à me concentrer, à mémoriser.
Il m'arrive souvent de méditer sur la pauvreté de Dieu qui a choisi de nous laisser libre. Marie-Thérèse Abgrall écrivait dans Panorama (juillet 2006): «La prière est le creuset de la pauvreté du coeur. Je ne sais pas prier comme il faut si l'Esprit ne prie en moi (Rm 8,26). La Parole me dépasse, je suis devant elle souvent comme un vase bien vide, comme une bûche inerte. La bûche est là pour que le feu prenne, le vase pour être rempli. Leur fonction est simplement d'être là et de se laisser rejoindre, de laisser Dieu faire et donner ce qu'il donne - disette ou abondance, vide ou plénitude. La fidélité qui m'est demandée est de me tenir dans le temps de la prière et d'être là.»

Pour ma part, la prière d'abandon de Charles de Foucauld est celle qui me recentre sur l'essentiel.
Seigneur, je m'abandonne à toi.
 
Marie-Monique



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