L'obole de l'itinérant

Lundi matin au Tim Horton sur Ste-Catherine face au métro Beaudry. Avec toast et café, j'observe les allées et venues. À une table dans un coin, un vieux monsieur dort la tête sur la table. Et voilà qu'entre un jeune de la rue, un itinérant, vêtu d'un grand manteau à capuchon car il fait froid. Grand, barbe longue et cheveux longs, l'air plutôt "tough", un grand "pack sack" sur le dos. Il va se chercher à manger et s'asseoit à une table près de la vitrine. Il ouvre un livre et se met à lire.

Après quelques minutes, il se lève et va à la table du vieux monsieur. J'entends un bruit de monnaie sur la table. Il touche le monsieur au bras et celui-ci lève la tête, voit l'argent, sourit et le ramasse. Le jeune repart dans son coin.

À mon départ, je vais voir le jeune et lui dis: "Mon vieux, t'as fait ma journée. Je t'ai vu faire". "Comment ça?", répond-il. "Ben, je t'ai vu partager avec le monsieur là-bas. Tu sais, y en a beaucoup, bien habillés, veston, cravate, qui s'en mettent plein les poches et refusent de partager. Toi qui n'en as sûrement pas plein les poches, tu partages de bon coeur". Il répond: "Monsieur, c'est la moindre des choses de partager un 2$ avec quelqu'un qui a faim!"...

Dehors, son triporteur était attaché à un poteau, avec plein de "stock" et son chien tout blanc couché sur la pile.

Tout ce qu'on peut voir quand on regarde attentivement avec son coeur...

Gérard, laïc associé.
mars 2008


Donner au suivant ....

Dans un monde trop souvent bruyant, je recherche et favorise les moments de recueillement, d'écoute et de recherche de la voie de Dieu. Notre vie est trop souvent bousculée par les appels à l'aide et les invitations de toutes sortes auxquelles il est parfois difficile de répondre par la négative. Dans les moments de frénésie et de course contre la montre, je pense parfois à Marie qui savait faire la part des choses et se réserver toute silencieuse à la bonne cause. Et que dire du silence de Joseph qui se démarque par son obligeance et sa tendresse à l'égard de sa petite famille?

C'est souvent dans la prière que je trouve les meilleures réponses à mes attentes de tous les jours. Il n'y a pas de meilleure façon de connaître les voies du Seigneur que d'entrer dans son intérieur dans une attitude de totale disponibilité à la volonté divine. C'est là qu'une rencontre avec notre Seigneur devient possible.

 Quand le courage faiblit, quand la confiance et la joie ne sont plus au rendez-vous, quand la peur et le doute s'installent, j'entends en moi ces mots: «N'aie pas peur! Je suis là... tout près de toi...en toi...» Nous sommes sur cette terre «des passeurs». Comme les joueurs du Canadien de Montréal qui se doivent de se passer le flambeau d'un héros à l'autre, nous nous devons de passer, aux personnes que l'on rencontre, ce que nous avons reçu des attitudes du Seigneur déposées en nous.

Ginette, laïque associée
mars 2008



Puisqu'il est son Père, pourquoi Dieu ne le sauve-t-il pas?

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?» Cette prière-cri-du-coeur de Jésus, prise au psaume 22, qui d'entre nous ne l'a jamais criée en pleurant? Même Jésus est descendu jusque là, lui qui se reconnaissait comme le fils unique, le Bien-Aimé du Père. Cerné par ses ennemis, abandonné par ses amis, il est humilié, insulté, méprisé, torturé, brisé. Il ne peut pas mourir comme ça, comme un mécréant, lui le Juste, après tout le bien qu'il a fait. Il a dit lui-même que Dieu était avec lui et qu'il faisait ses oeuvres. Il l'a supplié de venir à son secours... Pourquoi le laisse-t-il mourir sur une croix? C'est à n'y rien comprendre! C'est un scandale! Dieu n'existe pas! Nous sommes éduqués sinon conditionnés dans un esprit d'efficacité, de résultats, de force triomphante, de premières places, de «winner». Tout chemin qui aboutit à la croix fait de Jésus un «looser». C'est un échec lamentable. Et le scandale continue à grande échelle, de par le monde, à des milliards d'exemplaires. Comme les disciples ont dû être perdus, dévastés! Vendredi saint d'horreur et d'épouvante.

Ephata! Ouvre, Seigneur, notre inteligence et notre coeur. Instruis-nous de ta Sagesse. Tes chemins ne sont pas nos chemins et tes pensées ne sont pas nos pensées. Nous sommes durs de comprenure mais avoue que tu es déroutant... Il a fallu que tu reprennes les Écritures avec les disciples d'Emmaüs, que tu marches avec eux longtemps. Et tu les as trouvés «esprits sans intelligence et lents à comprendre». Ce n'est qu'à la fraction du pain qu'ils t'ont reconnu. Et les autres qui n'ont pas cru le témoignage des femmes revenant du tombeau vide, et Marie Madeleine et Pierre au tombeau, et Thomas... Ephata! à tes chemins d'Amour. Temps de doute et de tristesse, de marche dans l'espérance. Samedi saint d'attente.

Si tu avais refusé d'aller jusqu'au bout, de rester solidaire avec nous jusque sur nos pires croix, jusque dans la mort, jamais nous n'aurions vu l'envers de la croix, jamais nous n'aurions su qu'elle était passage vers la Vie, vers la résurrection, vers toi. Nous serions restés enfermés dans la mort et la désespérance. Seigneur Jésus, tu nous as aimés jusqu'au bout et tu as eu raison de t'en remettre totalement à ton Père (Ps 23 et 71). Tu es vivant et nous pouvons faire le passage avc toi par ton Esprit qui nous habite. Demeure en nous et fais-nous demeurer en toi. Donne-nous faim et soif de toi comme d'un monde plus juste, plus libre et plus fraternel. Qu'on ose aller se nourrir de toi en participant à ton repas de Vie et qu'on s'y engage à te suivre, à mettre nos pas dans les tiens, à faire comme toi en tout, à donner notre vie par amour, jusqu'au bout. «Vous ferez cela en mémoire de moi!». Tu es toujours avec nous, vivant!  Lumineuse Nuit pascale et Jeudi saint d'amour!

Gérard L. laïc associé
avril 2008



Hommage à la Mère du Ressuscité

Tu étais là, Marie, au pied de la Croix, lorsque se réalisa l'acte suprême du don total de Jésus pour notre salut. Ainsi se réalisait la dure parole de Syméon alors qu'un glaive te transperçait le coeur. Tu savais que tout ne finissait pas là... Tu as attendu, ferme dans la foi, puis tu as acueilli avec joie la résurrection de ton Fils.

Tu étais là, au Cénacle, avec les disciples, attendant dans la patience, l'amour et la prière, le don de l'Esprit qui ferait éclater la vie jusqu'alors gardée secrète. Comme la femme enceinte, porteuse d'une vie qui la dépasse, tu portais la vie de l'Église qui allait bientôt éclater.

L'Esprit est passé ...
Il était lumière, force, courage et audace pour donner naissance au Corps du Christ ressuscité qui plus jamais ne pourrait mourir. Nous voilà désormais corps de ton propre Fils. En Lui, nous voici devenus tes fils et filles bien-aimés.

Tu es notre Mère, Marie, et nulle autre que toi ne peut autant nous guider dans l'amour de ton Fils qui nous conduit au Père. Pour servir Dieu et nos frères, nous nous donnons à toi, Sainte Mère de Dieu, bénie du Très-Haut. Dans notre cheminement vers le Christ et dans nos engagements à Le porter aux hommes et aux femmes de notre temps, c'est vers toi que nous nous tournons.

De ton Fiat, humble Servante du Seigneur, nous apprenons à accueillir le Verbe puis à être attentifs aux indications de l'Esprit. De ta participation de Mère à la mission rédemptrice de ton Fils, Serviteur souffrant de Yahvé, nous apprenons à ne pas fuir l'épreuve mais à y entrer avec la force de l'Esprit, puis nous sommes conduits à comprendre et à soulager la souffrance humaine.

Grandissant dans la fidélité à notre appel à l'amour et au service, nous ne voulons cesser d'approfondir la réalité de ta présence dans notre monde d'aujourd'hui, voyant en toi un support de foi, d'espérance et d'amour.

Monique J., laïque associée

avril 2008


Dialogue

Ne crois pas que les humains

Puissent rassasier ta faim
Ce s'rait naïf de croir' ça
Tu mérites bien au-delà

Ne dépends pas trop d'autrui
Dépends plutôt de Jésus
J'te garantis qu'avec Lui
Tu ne seras pas décue

Je t'entends me répondre:
«Jésus n'est pas de ce monde

Je ne sens pas sa présence
Au niveau de mes cinq sens

Il ressemble à une idée
À l'intérieur de ma tête
Avec Lui j'peux pas marcher
Discuter ou faire la fête

Je le trouve un peu tranquille
S'il me parle je n' l'entends pas
Habituée aux bruits d' la ville
Couvrant celui de ses pas

J'entre en contact avec lui
Surtout lorsque dans ma vie
Quelque chose ne fonctionne pas.
C'est bizarre mais c'est comme ça»

Peut-être es-tu prête
À aller un peu plus loin
À ajuster ta lunette
Pour entrevoir ton destin

Tu es faite pour le bonheur

Non pour les pacotilles
Ouvre-Lui tout grand ton coeur
Et sors de ta coquille

À l'instar de Jeanne Le Ber
Tu trouverais ta liberté
Même dans une chambrette austère
Pourvu qu'elle soit habitée

Habitée par Sa présence
Qui a grandeur d'infini
Pour changer une existence.
Trouver la porte suffit

Tu sais pourtant qu'elle existe
Pour y être déjà entrée
Pour peu que tu insistes
Tu pourras y retourner

Rappelle-toi tous les trésors,
L'immensité de l'endroit
Toute la richesse qui y dort,
Tout l'amour qui s'y déploie

La porte est là, ouvre-la
En vrai silenc' ça se fait
Entre, agenouille-toi
Ne dis rien, goûte cette paix

Tu n' pourras plus te passer
De ces rendez-vous d'amour
Vas-y donc à volonté
Qu'il fasse nuit ou bien jour.
 
L. M .
mai 2008 

Devenir Eucharistie

Pour atteindre ce niveau de communion avec le Christ, il nous faut réaliser un processus en cinq étapes.

À l'instar de Marie qui a manifesté une grande foi lorsque l'ange lui est apparu, l'écoute de la Parole divine est essentielle.

S'abandonner dans la foi, voilà donc la première condition pour devenir soi-même «eucharistie».
Cet état n'est pas toujours facile pour nous qui sommes plutôt portés à contrôler notre vie et même à souhaiter que Dieu se plie à nos désirs. Pourtant, c'est Lui qui sait ce qui est le meilleur pour nous. Alors, «laissons-nous faire» comme Marie, laquelle a accepté la volonté de Dieu qui venait contrecarrer ses plans personnels.
Son FIAT nous inspire la marche à suivre. Mais seuls, nous ne pourrions entrer dans le mystère de l'eucharistie. Nous avons besoin d'une aide qui agit déjà en nous depuis notre baptême.

Se laisser à l'Esprit, selon la si belle expression de Monsieur Olier. C'est-à-dire laisser l'Esprit Saint agir en nous; telle est la deuxième condition et le message que saint Paul nous transmet dans ses écrits.
Après avoir tenté de détruire les chrétiens, Saul a répondu à la question de Jésus: «Pourquoi me persécutes-tu?» en écoutant la voix de l'Esprit et en déclarant: «Cet Esprit atteste que nous sommes enfants de Dieu... cohéritiers du Christ». En effet, nous ne pouvons devenir
«eucharistie» sans l'Esprit qui nous habite et qui nous guide dans notre cheminement.

S'offrir avec le Christ, comme le mentionne la Règle de vie des associés aux Recluses Missionnaires. Cet énoncé évoque la troisième condition pour vraiment devenir «eucharistie». Puisque dans chaque eucharistie, le Christ actualise son offrande au Père, c'est par notre offrande personnelle et vivante que nous devenons aussi
«eucharistie». La devise des associés aux Recluses Missionnaires: «Par Lui, avec Lui et en Lui» prend un sens tout spécial et nous entraîne à la suite du Christ offert de façon inconditionnelle. Durant sa vie, Jésus a été un homme brisé par le rejet, l'incompréhension, le mépris, l'humiliation et l'isolement. Par le sacrifice suprême de la mort sur la croix, il a accepté d'être brisé dans toute sa personne, afin de faire «la volonté du Père». Pour devenir eucharistie, à l'exemple du Christ, nous devons aussi être rompu, c'est-à-dire accepter les souffrances quotidiennes dans la foi. «La souffrance est essentielle au sacrifice» (François Varillon). Notre souffrance, en nous brisant, nous transforme et nous rapproche du Christ eucharistique.

La cinquième étape pour devenir eucharistie consiste à manger. En venant en nous dans la communion, le Christ «vit en nous». Saint Paul, dans son épître aux Galates, s'écrie lui-même: «Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui vit en moi». En communiant, nous sommes aussi unis au Christ.

Devenus «eucharistie», nous pouvons alors rayonner cette eucharistie. «Nous sommes appelés à nous donner les uns aux autres pour devenir une communauté d'amour» (Henri Nouwen), et mettre en pratique le numéro 14 de la Règle de vie des associés:
«Par la communion au Pain eucharistique, chacun de nous a reçu de l'Esprit des dons particuliers à faire fructifier pour le bien de tous».

Cécile L. laïque associée
mai 2008