|
L'obole de l'itinérant
Lundi
matin au Tim Horton sur Ste-Catherine face au métro Beaudry.
Avec toast et café, j'observe les allées et venues.
À une table dans un coin, un vieux monsieur dort la tête
sur la table. Et voilà qu'entre un jeune de la rue, un
itinérant, vêtu d'un grand manteau à capuchon car
il fait froid. Grand, barbe longue et cheveux longs, l'air plutôt
"tough", un grand "pack sack" sur le dos. Il va se chercher à
manger et s'asseoit à une table près de la vitrine. Il
ouvre un livre et se met à lire.
Après quelques
minutes, il se lève et va à la
table du vieux monsieur. J'entends un bruit de monnaie sur la table. Il
touche le monsieur au bras et celui-ci lève la tête, voit
l'argent, sourit et le ramasse. Le jeune repart dans son coin.
À mon
départ, je vais voir le jeune et lui dis: "Mon
vieux, t'as fait ma journée. Je t'ai vu faire". "Comment
ça?", répond-il. "Ben, je t'ai vu partager avec le
monsieur là-bas. Tu sais, y en a beaucoup, bien habillés,
veston, cravate, qui s'en mettent plein les poches et refusent de
partager. Toi qui n'en as sûrement pas plein les poches, tu
partages de bon coeur". Il répond: "Monsieur, c'est la moindre
des choses de partager un 2$ avec quelqu'un qui a faim!"...
Dehors, son triporteur
était attaché à un poteau,
avec plein de "stock" et son chien tout blanc couché sur la pile.
Tout ce qu'on peut voir
quand on regarde attentivement avec son coeur...
Gérard, laïc
associé.
mars 2008
Donner
au suivant ....
Dans
un monde trop souvent bruyant, je
recherche et favorise les moments de recueillement, d'écoute et
de recherche de la voie de Dieu. Notre vie est trop
souvent
bousculée par les appels à l'aide et les invitations de
toutes sortes auxquelles il est parfois difficile de répondre
par la négative. Dans les moments de frénésie et
de course contre la montre, je pense parfois à Marie qui savait
faire la part des choses et se réserver toute silencieuse
à la bonne cause. Et que dire du silence de Joseph qui se
démarque par son obligeance et sa tendresse à
l'égard de sa petite famille?
C'est souvent dans la
prière que je trouve les meilleures
réponses à mes attentes de tous les jours. Il n'y a pas
de meilleure façon de connaître les voies du Seigneur que
d'entrer dans son intérieur dans une attitude de totale
disponibilité à la volonté divine. C'est là
qu'une rencontre avec notre Seigneur devient possible.
Quand le courage
faiblit, quand la confiance et la joie ne sont plus au rendez-vous,
quand
la peur et le doute s'installent, j'entends en moi ces mots:
«N'aie
pas peur! Je suis là... tout près de toi...en
toi...» Nous sommes sur cette terre «des passeurs».
Comme les joueurs du Canadien de Montréal qui se doivent de se
passer le flambeau d'un héros à l'autre, nous nous devons
de passer, aux personnes que l'on rencontre, ce que nous avons
reçu des attitudes du Seigneur déposées en nous.
Ginette,
laïque associée
mars 2008
Puisqu'il est son
Père, pourquoi Dieu ne le sauve-t-il pas?
« Mon Dieu, mon Dieu,
pourquoi m'as-tu abandonné?» Cette prière-cri-du-coeur de
Jésus, prise au psaume 22, qui d'entre nous ne l'a jamais
criée en pleurant? Même Jésus est descendu jusque
là, lui qui se reconnaissait comme le fils unique, le
Bien-Aimé du Père. Cerné par ses ennemis,
abandonné par ses amis, il est humilié, insulté,
méprisé, torturé, brisé. Il ne peut pas
mourir comme ça, comme un mécréant, lui le Juste,
après tout le bien qu'il a fait. Il a dit lui-même que
Dieu était avec lui et qu'il faisait ses oeuvres. Il l'a
supplié de venir à son secours... Pourquoi le laisse-t-il
mourir sur une croix? C'est à n'y rien comprendre! C'est un
scandale! Dieu n'existe pas! Nous sommes éduqués sinon
conditionnés dans un esprit d'efficacité, de
résultats, de force triomphante, de premières places, de
«winner». Tout chemin qui aboutit à la croix fait de
Jésus un «looser». C'est un échec lamentable.
Et le scandale continue à grande échelle, de par le
monde, à des milliards d'exemplaires. Comme les disciples ont
dû être perdus, dévastés! Vendredi saint
d'horreur et d'épouvante.
Ephata! Ouvre, Seigneur, notre inteligence et notre coeur.
Instruis-nous de ta Sagesse. Tes chemins ne sont pas nos chemins et tes
pensées ne sont pas nos pensées. Nous sommes durs de comprenure mais avoue que tu es
déroutant... Il a fallu que tu reprennes les Écritures
avec les disciples d'Emmaüs, que tu marches avec eux longtemps. Et
tu les as trouvés «esprits sans intelligence et lents
à comprendre». Ce n'est qu'à la fraction du pain
qu'ils t'ont reconnu. Et les autres qui n'ont pas cru le
témoignage des femmes revenant du tombeau vide, et Marie
Madeleine et Pierre au tombeau, et Thomas... Ephata! à tes
chemins d'Amour. Temps de doute et de tristesse, de marche dans
l'espérance. Samedi saint d'attente.
Si tu avais refusé
d'aller jusqu'au bout, de rester solidaire
avec nous jusque sur nos pires croix, jusque dans la mort, jamais nous
n'aurions vu l'envers de la croix, jamais nous n'aurions su qu'elle
était passage vers la Vie, vers la résurrection, vers
toi. Nous serions restés enfermés dans la mort et la
désespérance. Seigneur Jésus, tu nous as
aimés jusqu'au bout et tu as eu raison de t'en remettre
totalement à ton Père (Ps 23 et 71). Tu es vivant et nous
pouvons faire le passage avc toi par ton Esprit qui nous habite.
Demeure en nous et fais-nous demeurer en toi. Donne-nous faim et soif
de toi comme d'un monde plus
juste, plus libre et plus fraternel. Qu'on ose aller se nourrir de toi
en participant à ton repas de Vie et qu'on s'y engage à
te suivre, à mettre nos pas dans les tiens, à faire comme
toi en tout, à donner notre vie par amour, jusqu'au bout.
«Vous ferez cela en mémoire de moi!». Tu es toujours
avec nous, vivant! Lumineuse Nuit pascale et Jeudi saint d'amour!
Gérard
L. laïc associé
avril 2008
Hommage
à la Mère du Ressuscité
Tu étais là,
Marie, au pied de la Croix, lorsque se réalisa l'acte
suprême du don total de Jésus pour notre salut. Ainsi se
réalisait la dure parole de Syméon alors qu'un glaive te
transperçait le coeur. Tu savais que tout ne finissait pas
là... Tu as attendu, ferme dans la foi, puis tu as acueilli avec
joie la résurrection de ton Fils.
Tu étais
là, au
Cénacle, avec les
disciples, attendant dans la patience, l'amour et la prière, le
don de l'Esprit qui ferait éclater la vie jusqu'alors
gardée secrète. Comme la femme enceinte, porteuse d'une
vie qui la dépasse, tu portais la vie de l'Église qui
allait bientôt éclater.
L'Esprit est
passé ...
Il était
lumière, force, courage et audace pour donner naissance au Corps
du Christ ressuscité qui plus jamais ne pourrait mourir. Nous
voilà désormais corps de ton propre Fils. En Lui, nous
voici devenus tes fils et filles bien-aimés.
Tu es notre
Mère, Marie, et nulle autre que toi ne peut autant nous guider
dans l'amour de ton Fils qui nous conduit au Père. Pour servir
Dieu et nos frères, nous nous donnons à toi, Sainte
Mère de Dieu, bénie du Très-Haut. Dans notre
cheminement vers le Christ et dans nos engagements à Le porter
aux hommes et aux femmes de notre temps, c'est vers toi que nous nous
tournons.
De ton Fiat, humble
Servante du Seigneur, nous apprenons à accueillir le Verbe puis
à être attentifs aux indications de l'Esprit. De ta
participation de Mère à la mission rédemptrice de
ton Fils, Serviteur souffrant de Yahvé, nous apprenons à
ne pas fuir l'épreuve mais à y entrer avec la force de
l'Esprit, puis nous sommes conduits à comprendre et à
soulager la souffrance humaine.
Grandissant dans la
fidélité à notre appel à l'amour et au
service, nous ne voulons cesser d'approfondir la réalité
de ta présence dans notre monde d'aujourd'hui, voyant en toi un
support de foi, d'espérance et d'amour.
Monique
J., laïque
associée
avril 2008
|
|
Ne
crois pas que les humains
Puissent rassasier
ta faim
Ce
s'rait naïf de croir' ça
Tu
mérites bien au-delà
Ne
dépends pas trop d'autrui
Dépends
plutôt de Jésus
J'te
garantis qu'avec Lui
Tu ne
seras pas décue
Je
t'entends me répondre:
«Jésus
n'est pas de ce monde
Je ne sens pas
sa
présence
Au niveau de mes
cinq sens
Il
ressemble
à une idée
À
l'intérieur de ma tête
Avec Lui j'peux
pas
marcher
Discuter ou
faire la
fête
Je le trouve un
peu
tranquille
S'il me parle je
n'
l'entends pas
Habituée
aux
bruits d' la ville
Couvrant celui
de
ses pas
J'entre en
contact
avec lui
Surtout lorsque
dans
ma vie
Quelque chose ne
fonctionne pas.
C'est bizarre
mais
c'est comme ça»
Peut-être
es-tu prête
À aller
un
peu plus loin
À ajuster
ta
lunette
Pour entrevoir
ton
destin. |
Tu
es faite pour le bonheur
Non pour les
pacotilles
Ouvre-Lui tout
grand
ton coeur
Et sors de ta
coquille
À l'instar
de
Jeanne Le Ber
Tu trouverais ta
liberté
Même dans
une
chambrette austère
Pourvu qu'elle
soit
habitée
Habitée par
Sa présence
Qui a grandeur
d'infini
Pour changer une
existence.
Trouver la porte
suffit
Tu sais pourtant
qu'elle existe
Pour y être
déjà entrée
Pour peu que tu
insistes
Tu pourras y
retourner
Rappelle-toi tous
les trésors,
L'immensité
de l'endroit
Toute la richesse
qui y dort,
Tout l'amour qui
s'y
déploie
La porte est
là, ouvre-la
En vrai silenc'
ça se fait
Entre,
agenouille-toi
Ne dis rien,
goûte cette paix
Tu n' pourras plus
te passer
De ces rendez-vous
d'amour
Vas-y donc
à
volonté
Qu'il fasse nuit ou
bien jour.
|
L.
M .
mai
2008
Devenir
Eucharistie
Pour
atteindre ce niveau de communion avec le Christ, il nous faut
réaliser un processus en cinq étapes.
À l'instar de Marie qui a manifesté une grande foi
lorsque l'ange lui est apparu, l'écoute de la Parole divine est
essentielle.
S'abandonner dans la foi, voilà
donc la première condition pour devenir soi-même
«eucharistie».
Cet état n'est pas toujours facile pour nous qui sommes
plutôt portés à contrôler notre vie et
même à souhaiter que Dieu se plie à nos
désirs. Pourtant, c'est Lui qui sait ce qui est le meilleur pour
nous. Alors, «laissons-nous faire» comme Marie, laquelle a
accepté la volonté de Dieu qui venait contrecarrer ses
plans personnels.
Son FIAT nous inspire la marche à suivre. Mais seuls, nous ne
pourrions entrer dans le mystère de l'eucharistie. Nous avons
besoin d'une aide qui agit déjà en nous depuis notre
baptême.
Se laisser à l'Esprit,
selon la si belle expression de Monsieur Olier. C'est-à-dire
laisser l'Esprit Saint agir en nous; telle est la deuxième
condition et le message que saint Paul nous transmet dans ses
écrits.
Après avoir tenté de détruire les
chrétiens, Saul a répondu à la question de
Jésus: «Pourquoi me persécutes-tu?» en
écoutant la voix de l'Esprit et en déclarant: «Cet
Esprit atteste que nous sommes enfants de Dieu... cohéritiers du
Christ». En effet, nous ne pouvons devenir «eucharistie»
sans l'Esprit qui nous habite et qui nous guide dans notre cheminement.
S'offrir avec le Christ,
comme le mentionne la Règle de vie des associés aux
Recluses Missionnaires. Cet énoncé évoque la
troisième condition pour vraiment devenir
«eucharistie». Puisque dans chaque eucharistie, le Christ
actualise son offrande au Père, c'est par notre offrande
personnelle et vivante que nous devenons aussi «eucharistie».
La devise des associés aux Recluses Missionnaires: «Par
Lui, avec Lui et en Lui» prend un sens tout spécial et
nous entraîne à la suite du Christ offert de façon
inconditionnelle. Durant sa vie, Jésus a été un
homme brisé par le rejet, l'incompréhension, le
mépris, l'humiliation et l'isolement. Par le sacrifice
suprême de la mort sur la croix, il a accepté d'être
brisé dans toute sa personne, afin de faire «la
volonté du Père». Pour devenir eucharistie,
à l'exemple du Christ, nous devons aussi être
rompu, c'est-à-dire accepter les souffrances
quotidiennes dans la foi. «La souffrance est essentielle au sacrifice» (François
Varillon). Notre souffrance, en nous brisant, nous transforme et nous
rapproche du Christ eucharistique.
La cinquième étape pour devenir eucharistie consiste
à manger. En venant en nous
dans la communion, le Christ «vit en nous». Saint Paul,
dans son épître aux Galates, s'écrie
lui-même: «Ce n'est plus moi qui vis, c'est le Christ qui
vit en moi». En communiant, nous sommes aussi unis au Christ.
Devenus «eucharistie», nous pouvons alors rayonner cette eucharistie. «Nous
sommes appelés à nous donner les uns aux autres pour
devenir une communauté d'amour» (Henri Nouwen), et
mettre en pratique le numéro 14 de la Règle de vie des
associés: «Par la communion au Pain eucharistique,
chacun de nous a reçu de l'Esprit des dons particuliers à
faire fructifier pour le bien de tous».
Cécile
L. laïque
associée
mai
2008
Congrès eucharistique
international
Du 15 au 22 juin se
tiendra à
Québec le 49e Congrès eucharistique international. Voici
le témoignage d'une associée sur le sens et la valeur de
l'Eucharistie dans sa vie.
Lors d'une rencontre mensuelle des laïcs associés à
la famille reclusienne de Saint-Jérôme, j'ai
partagé ce qui a changé ma vie depuis que je me suis
laissée imprégner de l'Eucharistie, coeur de la vie et de
la mission des Recluses Missionnaires. J'ai hésité avant
de partager ce qui se vit au plus intime de moi, ma relation avec le
Seigneur étant quelque chose de secret entre lui et moi.
Je suis laïque associée à la famille reclusienne
depuis bientôt 14 ans. Grâce à un couple ami qui m'a
interpellée dans mon vécu de femme hyperactive en me
disant: «Viens et vois» (Jn 1,46), j'ai pris contact avec
la communauté des Recluses Missionnaires et tout
spécialement le groupe des laïcs associés.
En 1994, ma vie était centrée sur cette parole de
l'Évangile: «La parabole des talents» (Mt 25,
14-30). Faire valoir mes talents convenait à ma nature et
donnait sens à mon travail car je ne savais pas dire « non
».
Les enseignements reçus lors des rencontres mensuelles m'ont
permis de découvrir l'Eucharistie qui a pris de plus en plus de
place dans ma vie de tous les jours. Faire silence, adorer, descendre
au fond de moi pour y découvrir la présence de Dieu,
prier afin de confier au Seigneur toutes mes préoccupations
personnelles.
L'amour de l'Eucharistie m'a conduite à aller porter le Pain de
Vie dans des foyers de personnes âgées et à animer
la liturgie de la Parole.
Tous les mercredis sont pour moi des « jours de désert
». Ma journée est uniquement pour le Seigneur: pas de
radio, ni de télévision. Par contre, je
réponds au téléphone et j'accueille toute
personne qui frappe à ma porte parce que Jésus est
présent dans l'autre comme il est vivant dans l'Eucharistie et
dans sa Parole.
Pour m'aider à reconnaître le Seigneur dans mon
frère, ma soeur, je prie l'Esprit Saint tous les jours. Je
demande son aide lorsque j'ai une décision à prendre, un
doute, une démarche à faire. J'entre dans le silence et
je découvre la réponse au signe de la paix et la joie qui
renaissent au plus profond de mon être.
J'aime réciter la liturgie des heures, prier les psaumes. Peu
importe ce que nous vivons, il y a toujours un psaume qui peut nous
apporter du réconfort!
Tu peux te permettre de crier vers Dieu,
le Seigneur entend ceux qui l'appellent ( Ps 33).
Dans les moments de doute,
Dieu est
fidèle chaque jour ( Ps 51 ).
Dans les situations qui te
dépassent, remets ton fardeau au Seigneur, il prendra soin de
toi ( Ps 54 ).
Il ne faut pas oublier les psaumes de
louange, d'action de grâce, ils sont un trésor. Parfois,
je prie avec les nombreux sites de prière sur internet.
Depuis quelques temps, j'ai pris l'habitude de bénir dans mon
coeur les personnes que je rencontre, que ce soit celles que je croise
en automobile ou la caissière à l'épicerie. C'est
une façon de confier toutes ces personnes à Dieu.
Ayant atteint les soixante-quinze ans, il me reste peu de temps pour
réaliser le seul but de notre raison d'être sur la terre
qui est d'apprendre à aimer... à aimer comme Lui. Je sais
que cet apprentissage n'est jamais terminé.
Marie-Monique
Juin
2008
Prophète malgré lui
Tout le monde le
repère à l'entrée du Métro Radisson, son spot favori. Il est sans
âge, échevelé, souvent éméché
avec une petite valise, son lapin fétiche et sa vieille guitare.
Il quête. Or, ce matin-là,
à l'heure de pointe, pendant que tout le monde court en fou,
lui, il crie une phrase sans arrêt : J't'en prie,
arrête-toi! J't'en
prie, arrête-toi!
Il est comme en transe, les yeux
fermés. Je m'arrête un instant en me disant: Sait-il seulement la
portée de ce
qu'il dit?
Peut-être. J'avais vraiment l'intuition
que Dieu se servait de lui, comme d'un prophète en transe, pour
nous dire de nous arrêter. De nous arrêter en
nous-même, à l'écart. D'arrêter de nous
sauver de Lui dans l'agitation folle. La Sagesse cachée dans un
«clochard».
Gérard
Eucharistie,
source et aboutissement
Il
y a un mot qui envoie en mission les patriarches, les prophètes
et les apôtres dans la Bible. Ce mot se retrouve dans tous les
récits de vocation dans l'Ancien et le Nouveau Testament. Il se
retrouve dans chacune de nos célébrations eucharistiques.
Ce mot qui lance toute la mission, c'est: «Allez!»
Après avoir fait la rencontre du Seigneur, après lui
avoir confié nos faiblesses, après l'avoir entendu
parler, après lui avoir parlé, après avoir
partagé le pain et le vin, voilà qu'il nous envoie
auprès de nos frères et soeurs pour partager ce que nous
venons de vivre. C'est ce qu'ont vécu les disciples
d'Emmaüs. Après avoir reconnu Jésus, ils sont
retournés à Jérusalem, ont fait deux heures de
marche en pleine nuit pour aller partager avec
les autres disciples la
Bonne Nouvelle de Jésus vivant.
Tout engagement a sa source dans la rencontre avec Jésus Christ.
C'est lui qui nous envoie vers les autres qui sont ses frères.
C'est lui qui nous a dit: «Tout
ce que j'ai fait, vous pourrez le faire et vous en ferez même
davantage... Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la
lumière du monde... Allez, de toutes les nations faites des
disciples, apprenez-leur tout ce que je vous ai appris...»
La Parole de Dieu que nous entendons à chaque Eucharistie est
une Parole à laquelle nous devons donner vie, que nous devons
incarner, car nous sommes ensemble le Corps du Christ.
Le Pain et le Vin que nous partageons sont une nourriture qui nous
soutient sur la route, qui nous transforme au point où nous
pouvons dire avec saint Paul: «Ce
n'est plus moi, c'est le Christ qui vit en moi.»
L'Eucharistie,
c'est la réalisation de la promesse de
Jésus qui disait au moment de quitter ses disciples: «Je suis avec vous tous les jours
jusqu'à la fin des temps.»
Un simple mot placé à la fin nous envoie en mission: «Allez dans la Paix du Christ.»
Jésus a souhaité cette même paix au soir du Jeudi
Saint, au moment où il confiait ses dernières
volontés aux apôtres. Il voulait qu'ils aient en eux la
paix qu'il avait en lui-même, cette paix qui nous emplit le coeur
lorsque nous sommes en communion avec le Père, lorsque nous
faisons sa volonté, lorsque nous faisons du bien à
quelqu'un, lorsque nous vivons des moments d'amour. Habités de
cette paix, nous partons. Ayant vécu un moment de communion avec
le Seigneur, nous avons le désir de vivre sa volonté.
Nous venons de rencontrer des frères et des soeurs dans la foi.
Nous partons le coeur rempli d'une présence à porter aux
personnes que nous rencontrerons sur notre route, dans notre quotidien,
dans nos engagements. Nous partons, mais nous reviendrons et
l'Eucharistie deviendra alors l'aboutissement de tout ce que nous
aurons vécu.
Nous reviendrons et, encore une fois, Jésus viendra à
notre rencontre et nous demandera:
«De quoi discutiez-vous
en
chemin?» et nous lui dirons nos joies et
nos peines, nos réussites et nos déceptions. Il y aura
des questionnements, des doutes, «et
nous qui espérions...»
Nous aurons besoin de demander au Seigneur de nous redonner des forces,
car sans lui nous ne pouvons rien faire. Nous allons présenter
nos fragilités au Seigneur en lui disant: «Seigneur, prends pitié!» Et lui
nous relèvera comme on remet debout un enfant qui apprend
à marcher et il nous redira: «Allez...»
Viendra ensuite la Parole qui nous redira ce qu'il a dit, ce qu'il a
fait; ce que nos ancêtres dans la foi ont vécu; comment
les apôtres ont compris son enseignement. Nous essaierons de voir
comment nous pouvons vivre aujourd'hui à partir de ces
mêmes Paroles. Peut-être trouverons-nous un
éclairage sur ce que nous voudrions réaliser ou une
confirmation de ce que nous avons déjà fait. Cette parole
sera comme une étape pour faire le point, mais aussi pour nous
relancer un peu plus loin, un peu plus haut.
La parole nous donne un aboutissement à atteindre.
Souvenons-nous combien de fois Jésus insistait sur le fait
qu'écouter sa Parole ne suffit pas, encore faut-il la mettre en
pratique. C'est ainsi qu'il nous reconnaîtra comme sa
mère, ses frères, ses soeurs.
Viendra ensuite le temps du repas partagé. Le pain et le vin que
nous apportons sont l'aboutissement d'un travail commun du Seigneur
avec nous. Il a fourni la matière première, blé
et raisins. Nous les avons transformés en pain et vin. Ne
peut-on pas y voir ce travail que nous avons fait depuis notre
dernière eucharistie? N'a-t-on pas essayé de prendre sa
Parole et de l'incarner dans notre vie quotidienne?
C'est ce que nous offrons à travers le pain et le vin: nos
efforts, les petits pas, les sourires, les petits gestes, les silences,
les moments de prière, les réussites, si minces
soient-elles.
Le Seigneur reçoit ce que nous lui apportons et s'y
reconnaît. «Ceci est mon
corps... Ceci est mon sang.»
Peut-on espérer plus grand aboutissement de nos engagements que
cette consécration? Ce que nous avons fait devient
présence. Nous avons été le Corps et le Sang du
Christ à travers ce que nous avons fait avec lui à partir
de sa Parole. Ce que nous avons fait devient nourriture pour que nous
puissions continuer la mission qu'il nous confiera quand il nous redira
encore: «Allez!»
Robert
Allard, prêtre-curé.
Juillet
2008
TRANSFIGURÉE
au coeur de l'obéissance
Confidences d'une apprentie de
l'obéissance.
Dans la longue épreuve de sa
maladie, l'auteure a fait l'apprentissage
de l'obéissance à son corps,
«frère âne»,
à qui elle doit de pouvoir
être au monde dans la joie et la communion.
|
|
Dans
l'éternel verger du Père
j'ai
été métamorphosée,
jusqu'à
être transfigurée par la Résurrection.
Dans
l'adhésion de mon être profond à son vouloir
sacré
j'ai
été touchée au coeur par l'amour.
Au
coeur de cet amour je me suis laissée bercer,
transporter
dans un au-delà indescriptible.
Ma
blessure d'amour a coûté le prix
de
la vie de mon Dieu.
J'ai
pris au sérieux ce don de Dieu.
J'ai
pris en moi le coeur en sang de Jésus.
J'ai
accueilli l'eau jaillissante de l'Esprit.
Et
aujourd'hui comme à chaque jour,
je
baigne à plein corps
et
à pleine âme dans cette mer de feu.
L'eau
est venue redonner fraîcheur à ma blessure.
La
terre m'a reçue et portée comme une mère.
Le
vent m'a tendressée de toutes parts.
Le
feu de la douleur s'est apaisé
pour
faire place au feu de la danse,
de
la fête et de l'amour.
Au
coeur de l'obéissance amoureuse aux événements,
au
coeur de l'adhésion de ma volonté aux vouloirs de Dieu,
au
coeur de la communion aux frères et soeurs,
reçus
en cadeau de cet immense amour qu'est Dieu,
au
coeur des fréquentations intenses avec toute la création,
j'ai
goûté Dieu,
j'ai
aspiré son souffle
et
j'ai marché dans les pas de son Fils.
Monique J.
Août
2008
|
|
|
EUCHARISTIE DE RUE
Métro
Berri-UQAM, rue Ste-Catherine. Assis sur un banc je vois passer deux
«punk», un gars et une fille, à vélo.
Après avoir contourné plusieurs arbres, ils
s'arrêtent tout près. Qu'est-ce qu'ils peuvent bien
transporter dans la boîte de leur triporteur?
D'autres arrivent, se saluent, s'embrassent et se donnent des
nouvelles. Ils s'approchent du triporteur et se partagent des plats
pour le souper: couscous, légumes, salade, etc. Assis par terre,
ils mangent joyeux. Puis arrive un couple «pas de la gang»
car habillés autrement et un peu hésitants. Ils
s'informent s'ils peuvent manger. Pas de problème, ils sont
accueillis chaleureusement et s'assoient avec les autres.
Les images dansent dans ma tête: les disciples d'Emmaüs, le
dernier repas de Jésus. Un «repas eucharistique» en
pleine rue Ste-Catherine! Dire qu'on entend souvent que ces
«fuckés» ne servent à rien... Le Pain de vie
caché dans une fraternité «punk».
Gérard
L.
Août
2008
LA LUMIÈRE DES
PAUVRES
Nous vivons dans une culture mondiale
où
il faut posséder pour être quelqu'un. Avoir du pouvoir, du
savoir et accumuler les biens matériels, au lieu d'être.
Pour ma propre gloire... Tentations que Jésus a dû subir
dès le départ de ses interventions publiques,
poussé par l'Esprit à se positionner. Nous sommes
socialement conditionnés, par le crédo de la religion
capitaliste et par sa propagande insidieuse, à la consommation
compulsive des biens matériels, à la culture de
l'égo, à l'adoration des idoles de notre époque.
«J'achète, donc je suis». «Je connais un tel,
donc je suis important par lui». «Mes greniers sont pleins, j'ai
réussi ma vie...» Quelle aliénation de
nous-même et
de notre dignité!
Le Seigneur tout pauvre
Les
pensées de Dieu et ses façons de faire sont à des
années-lumière des nôtres. Qu'y a-t-il donc de si
fascinant chez les pauvres que notre Dieu en soit venu à
s'identifier à eux? De la rencontre de Dieu avec Moïse au
Sinaï jusqu'à Jésus, en passant par les
prophètes et le chant des psaumes, les pauvres, les petits, anawim, tiennent une place
privilégiée
dans le coeur de Dieu. Lorsqu'Il se fait l'un de nous, le Seigneur
Tout-Puissant, auteur de tout l'univers, se fait tout petit, le
Tout-Pauvre. Son incarnation est une descente (kénose) dans les
profondeurs de la condition humaine, en commençant par
l'être le plus vulnérable et le plus dépendant, un
enfant. Suit une vie ordinaire et cachée dans un bled perdu
d'une province romaine. Il initie sa mission de rabbin itinérant
en se faisant baptiser avec les pécheurs; il fréquente
les
gens du peuple, les malades, ceux que l'élite sociale et
religieuse évite et exclut. Il s'identifie même à
eux (Mt 25). Il va jusqu'à laver les pieds de ses disciples
avant de mourir comme un serviteur. Il termine son parcours public
sur une croix entre deux bandits. Jusqu'où ne
descendrait-il pas pour nous dire son amour! Il me semble
qu'au-delà de la préoccupation du père ou de la
mère de famille pour le bonheur de leurs enfants, surtout les
plus
vulnérables, il y a quelque chose de spécial dans cette
préférence.
Un Jésus qui déclare les pauvres et les enfants bien
mieux placés que les riches dans le Royaume de Dieu qui vient
avec Lui. Un Jésus qui remarque l'obole de la veuve qui donne
à partir de son nécessaire et qui n'est pas
impressionné par les dons publicisés. Lorsqu'il dit
à ses disciples qu'il sera très difficile à un
riche de fairte partie de ce monde nouveau, ceux-ci sont
stupéfaits. Les richesses sont dangereuses. Elles risquent de
nous fermer le coeur et de s'en emparer, d'éteindre en nous la
compassion. Celui qui refuse de partager son pain, son temps, sa
personne, d'accueillir l'étranger, d'agir avec justice, n'est
pas ami de Dieu. Et celui qui s'accapare le bien commun, les repas et
la dignité des pauvres, accumulant logements, terrains,
entreprises, spéculant sur ce qu'il n'a pas semé et
jouant à fond le jeu du capitalisme, n'est pas dans la
manière de faire de Dieu, il s'y oppose même.
Le sort des pauvres
La
situation
des pauvres n'est pas enviable pour autant. Ceux qui manquent de tout,
qui passent leur mois en mode survie, qui sont brisés par les
abus de pouvoir et l'exploitation, en plus de supporter le
mépris de leurs concitoyens, ne représentent
sûrement pas le modèle enviable de vie que Dieu nous
propose. Cette pauvreté est une injustice criante qui
défigure l'être humain et blesse le coeur de Dieu
profondément. Notre responsabilité de baptisés, de
disciples de Jésus, ayant mangé à sa table, nous
pousse à nous lever avec les pauvres pour retrouver ensemble
notre
liberté et notre dignité d'enfants de Dieu. Dans ce sens,
les pauvres sont des pierres d'achoppement, des contradictions face
à nos
prétentions d'être des sociétés
justes et évoluées. Ils nous crient la fragilité
de nos conforts et sécurités, de notre vie même.
C'est pourquoi on cherche à les cacher.
Mais depuis longtemps et surtout depuis que je vis au centre sud de
Montréal, les personnes en situation de pauvreté que j'ai
côtoyées dans ma vie m'ont révélé un
autre visage de la pauvreté: une pauvreté qui est
petitesse et humilité du coeur. Je crois que les
dépouillements matériels, relationnels ou de santé
peuvent devenir des chemins de vérité sur
nous-mêmes, nous révélant nos propres
pauvretés et vulnérabilités. Nous
révélant aussi la fragilité de notre condition
humaine et surtout quelque chose du mystère de ce Dieu qui a
assumé cette condition.
Gérard L.
Septembre 2008
À PROPOS DE JEANNE LE BER
Quel est ce nom qui surgit
soudain dans ma vie ?
Qui est cette femme aperçue sur un tableau...
Cette femme dont le regard m'apparaît tout tourné vers
l'intérieur ?
Comment se fait-il qu'aujourd'hui, elle m'est devenue présente ?
Quel est le lien qui me rejoint et me fascine tout à la fois ?
Contemporaine de Marguerite Bourgeoys,
J'ai longtemps ignoré son existence.
Son nom suffit à éveiller... je n'sais quoi... au fond de
moi.
Je me sens attirée par ce qui la fait vivre...
Elle s'est pourtant consacrée à une mission
précise...
Tout son être vibrant au rythme divin,
Sa vie devient une recherche de la Vie au coeur d'elle-même.
Un approfondissement de sa relation d'être sauvé
Et une découverte toujours plus personnelle de Son Sauveur,
La conduisent au silence et à la contemplation.
Mystère de cette Vie cachée
qu'elle porte en elle,
Mystère de son être intime qu'elle apprivoise,
Mystère et force qui l'entraîne dans un chemin de
plénitude!
Son désir... vivre en Sa Pérsence,
Son besoin... vivre de Sa Présence,
Sa force... Son souci...
Son Maître... Sa «pierre d'aimant»...
Le Christ présent dans le Saint-Sacrement,
Lieu de rencontre,
Où il rassasie ceux qui ont soif de Son Amour,
Amour débordant qu'Il nous offre,
Amour débordant dont Il nous enivre...
Diane L.
Octobre 2008
« L'EUCHARISTIE EST MA PIERRE D'AIMANT »
Qu'est-ce
que Jeanne Le Ber
peut bien avoir à nous dire à nous du XXIe siècle?
Des débuts de Ville-Marie au Montréal d'aujourd'hui, on
change de planète! Une belle, riche et intelligente jeune femme,
à l'avenir prometteur, décide de se retirer du monde pour
un amoureux invisible qui se présente sous la forme d'un morceau
de pain qui n'en a même pas l'air... Elle y passera sa vie, se
levant même la nuit malgré les grands froids de nos hivers
pour être présente en silence à son amoureux.
Des hommes de discernement, les Sulpiciens, l'ont observée,
suivie, accompagnée. Pas folle Jeanne! Mais très
équilibrée, réaliste, disciplinée,
persévérante, charitable, solidaire de son peuple. Nous
savons d'expérience que lorsque l'amour nous tombe dessus, notre
vie est bouleversée. Quand c'est la Source même de
l'Amour, quel bouleversement cela doit-il être. Le feu prend au
fond du coeur. Et c'est la seule raison qu'elle donnera pour rendre
compte de son engagement de vie. À l'officier anglais venu voir
ce phénomène elle dira en montrant le tabernacle:
«C'est ma pierre d'aimant!» La question pourrait
devenir alors: Qu'as-tu à nous dire Jeanne ? Ou qu'est-ce que
Dieu peut bien vouloir nous dire à travers la radicalité
de ta vie?
Comment décanter ce
qui est de l'époque? Comment
s'inspirer pour aujourd'hui d'une femme qui passait son temps à
prier, à adorer et à intercéder, à broder
selon un horaire stricte? Cette radicalité amoureuse vient
sûrement provoquer notre tiédeur et questionner notre peur
de l'engagement. Jésus, «ma pierre d'aimant»... qui
attire, oriente, envahit, enflamme toute ma vie, pourrait-elle ajouter.
C'est tout notre rapport à la personne de Jésus qui est
questionné. Apparaissent alors les visages de Charles de
Foucauld, des deux Thérèse, d'Élisabeth de la
Trinité, de François d'Assise, une grande chaîne de
témoins de la radicalité de l'Amour, jusqu'aux premiers
témoins de l'Évangile.
Alors, qu'est-ce qui mène ma vie? À quelle source est-ce
que je m'abreuve? Quelle est ma pierre d'aimant qui attire tout
à elle? Le coeur de ma vie, de ma foi est-il ce rapport intime
dont parle le Cantique des cantiques avec le Bien-Aimé? Celui
que mon coeur n'a de cesse de chercher. Car après avoir senti
son odeur, son haleine tout près, Il s'en est allé et je
reste le coeur blessé, tourmenté, dira le Cantique. Que
j'essaie de me distraire avec toutes les consolations de ce monde, rien
n'y fait.
Où est-il passé ce Bien-Aimé que je le retrouve?
Oû se cache-t-il aujourd'hui? Où m'attend-t-il? Dans le
silence de la nuit? Dans l'amour de couple? Dans la maternité?
Dans les soeurs et frères blessés, exclus, brisés?
Qui m'attire comme un aimant au point d'y consacrer toute ma vie?
Gérard L.,
associé
Octobre 2008
ÉLOGE DE LA PRÉSENCE
Dans ta pauvreté, tu
peux beaucoup en te rendant simplement présent, en demeurant
là, comme tu es, juste là, auprès de l'autre. Ta
pauvreté te fera accueillir le don que l'autre te fait de sa
misère, de son cri, de son abandon, de sa mort même.
Demeurer présent sera pour lui le don par excellence de ton
amour.
Sache accueillir la mort comme la vie, le cri comme le chant,
l'angoisse comme la joie. Sache demeurer paisible avec l'autre. Car si
son coeur bat encore c'est qu'il a quelque chose à te dire. Si
ses lèvres ne bougent plus, c'est son souffle qui te parle.
Ouvre ton coeur au cri à peine balbutié du mourant. Il
t'instruira du désir de vivre qui l'habite. Ce désir, tu
as mission de le prendre en toi, de le donner au Père comme
dernière prière de l'aimé.
Tu auras été pour lui le bon Samaritain, le berger
bienveillant, la main d'amour du Père qui ne permet qu'aucun de
ses enfants ne se perde et qui garde sa fidélité à
jamais.
Tu devrais, dans ton impuissance même, te rendre frère,
ami et serviteur du plus faible. Et bravo si tu ressens dans tes
entrailles ta propre misère au contact de tant de misère
en l'autre. C'est le terrain propice à l'accueil du don de Dieu.
C'est le terrain propice à l'ouverture à la
disponibilité totale comme instrument de la présence de
DIeu pour l'autre.
Cet autre, ce sera toi un jour. Cet autre, toi, lorsque ton jour de
maladie et de mort viendra. Et si à ce moment tu n'as personne
à ton chevet, rappelle-toi que Dieu n'abandonne personne. Que
Lui, Amour inlassable et tenace, sait se rendre mystérieusement
présent dans les moments de délaissement, de souffrance
et d'abandon.
Couvre-toi de son manteau de tendresse et de miséricorde. Ton
coeur bien au chaud, fixé dans le coeur de Dieu, tu
goûteras dès maintenant la richesse de ta pauvreté.
N'ayant rien, tu auras tout. Car TOUT est en toi.
Monique J.
Novembre
2008
COMMUNIER
EN MOURANT
Lorsque sur mon corps (et bien plus sur
mon esprit)
commencera à marquer l'usure de
l'âge:
quand fondra sur moi du dehors, ou
naîtra en moi du dedans,
le mal qui amoindrit ou emporte:
à la minute douloureuse
où je prendrai conscience
que je suis malade ou que je deviens
vieux:
à ce moment dernier, surtout,
où je sentirai que je
m'échappe à moi-même,
absolument passif aux mains des grandes
forces inconnues
qui m'ont formé:
à toutes ces heures sombres,
donnez-moi, mon Dieu,
de comprendre que c'est Vous
(pourvu que ma foi soit assez grande)
qui écartez douloureusement les
fibres de mon être
pour pénétrer jusqu'aux
moelles de ma substance,
pour m'emporter en Vous.
O Énergie de mon Seigneur,
Force irrésistible et vivante,
parce que, de nous deux, Vous
êtes le plus fort infiniment,
c'est à Vous que revient le
rôle de me brûler dans l'union
qui doit nous fondre ensemble.
Donnez-moi donc quelque chose de plus
précieux encore
que la grâce pour laquelle vous
prient tous vos fidèles.
Ce n'est pas assez que je meure en
communiant.
Apprenez-moi à communier en
mourant.
Pierre
Teilhard de Chardin.
Le
Milieu Divin
Novembre
2008
LE SILENCE DE MARIE,
UNE PAROLE ÉLOQUENTE
Durant mes années en
enseignement et en pastorale, j'ai constaté à maintes
occasions que les Saintes Écritures sont discrètes au
sujet de Marie. Dans l'Ancien Testament, celle-ci est
évoquée de façon indirecte dans quelques
prophéties, sans plus. Dans le Nouveau Testament, le nom de
Marie est signalé pour la première fois au chapitre 1,
verset 14 des Actes des Apôtres. «Tous étaient assidus
à la prière avec quelques femmes, dont Marie, mère
de Jésus.»
Pourquoi les Évangélistes
accordent-ils si peu de place à Marie? A part Luc qui s'y
réfère dans ses deux premiers chapitres, les trois autres
mettent l'emphase sur l'annonce de la Bonne Nouvelle du salut, mandat
qu'ils ont reçu de Jésus lui-même. Marie est
mentionnée en fonction de Jésus. N'est-ce pas là
son rôle et son véritable message? «À Jésus par
Marie». Marie reste en retrait du personnage
essentiel, son Fils Jésus, Sauveur de l'humanité. Elle
nous incite à nous tourner vers la splendeur de son divin Fils.
Avant l'Annonciation du Messie par l'ange Gabriel,
cette jeune fille juive se perd dans l'anonymat. La date et le lieu de
sa naissance sont inconnus. Ses parents attirent peu l'attention sauf
leur nom de Joachim et d'Anne, cités dans les évangiles
apocryphes. C'est donc le silence
concernant les origines de cette femme pourtant choisie par Dieu pour
devenir la mère de son Fils bien aimé. La leçon
à tirer de ce silence n'est-elle pas celle de l'intériorité pour
démontrer que la grâce divine s'insinue en nous sans
bruit, mais avec force, comme pour Marie toute imprégnée
de la grâce de son Fils et qui s'exclame dans le Magnificat: «Le
tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses: saint est son
Nom.»
Voilà la grandeur de Marie: nous amener vers son Fils, le Messie
tant attendu. Quand Matthieu et Luc parlent d'elle, c'est aussi pour
mettre en valeur la Lumière de
l'Enfant Dieu. Dans un langage silencieux, un langage du coeur
et combien éloquent, Marie nous parle de l'enfance de son
FIls, Jésus. Elle mentionne son entourage, Joseph, Zacharie,
Siméon, les bergers, les mages, tous là en fonction de
Jésus. Elle est avare d'explication sur elle-même,
plutôt préoccupée à «garder tous les
événements dans son coeur.» Ainsi, Marie
nous inspire la méditation.
Que ce soit à Capharnaüm, sur le Calvaire ou au
Cénacle, Marie se tait. Saint Paul y fait allusion dans Galates
4,4 en ces termes plutôt banals: «Dieu envoya son Fils, né
d'une femme.» Quoi de plus anonyme! Toujours cette
impression de silence. Mais quelle
éloquence que ce silence, pour nous chrétiens !
Dans ses écrits, Paul indique la voie à suivre. C'est le
Christ ressuscité qui compte vraiment. La Bible semble avoir
confirmé la destinée de Marie dans la discrétion,
le retrait et l'ombre. Les brèves informations bibliques sur sa
personne ressemblent à un éclair, fugitif, bref, qui
disparait rapidement pour laisser la place à un silence qui met en évidence
l'essentiel: le Fils de Dieu.
Quel est, dans cet optique, le rôle de la
mère du Sauveur ? Ignace Larranaga compare Marie à une
vitre qui permet de voir la lumière. À travers celle-ci,
Marie nous guide vers le mystère de Dieu et du salut. Femme
anonyme, silencieuse, Marie est, cependant, parée de la splendeur de son Fils. Elle
se perd dans le Fils. En cela, son message est éloquent. Il nous
montre la voie d'une relation
intime avec Jésus, la voie de la MÉDITATION, de
L'ADORATION et de l'ACTION DE GRÂCE, la voie de l'EUCHARISTIE.
Cécile
Légaré, associée
décembre 2008.
|
|