Jeannette, et son
frère jumeau
Marius, sont nés à Montréal le
21 septembre 1909. Leur mère, Maximilia Brunette, était
fille d'un maître-boulanger. Elle épousa Joseph Basile
Roy, fils d'un médecin. Joseph, âgé de vingt-huit
ans lors de son mariage, était reconnu, depuis quelques
années
déjà, comme musicien accompli et sa
carrière musicale l'avait conduit jusqu'aux
États-Unis. Au moment de son mariage, il était chef
d'orchestre du Théâtre National de Montréal, en
plus d'enseigner le violon et le piano. Sa femme, Maximilia, bonne
pianiste, l'accompagnera dans ses tournées de concert. Il va
sans dire que la petite Jeannette héritera des talents musicaux
de ses parents. Jeannette
fréquenta
l'Académie Saint-Léon tenue par les soeurs de la
Congrégation de Notre-Dame. C'est parmi les filles de Marguerite
Bourgeoys qu'elle apprit la vie de la recluse Jeanne Le Ber et qu'elle
en fut frappée. Elle avait quinze ans quand la famille
déménagea à nouveau: après la rue Berri et
la
rue Cadieux où elle demeurait avec les grands-parents, la
famille emménage maintenant dans une résidence à
proximité du Carré Saint-Louis qui fut la demeure du
poète Émile Nelligan de 1887 à 1892. La famille
Roy l'habitera durant vingt-huit ans. Plus tard, elle deviendra la
maison du pianiste André Gagnon. Ayant obtenu son
baccalauréat
ès arts, Jeannette songe à entrer dans une
communauté
contemplative. Elle se butte tout d'abord à son père qui
ne veut pas que sa fille entre au cloître. Suite à ce
refus, elle se lance dans les mondanités. Elle aimait surtout
les
week-ends, dira-t-elle plus tard, où la nuit du samedi au
dimanche se passait à
danser. Son
année passée à enseigner la musique à
l'école Ste-Philomène de Rosemont l'obligea à une
certaine discipline de vie et, suite à une retraite à
laquelle il lui fallait assister, avec les élèves, elle
demanda son entrée à la Congrégation de
Notre-Dame. Ce n'était pas sa voie. Aussi fit-elle par la suite
des essais dans quelques monastères, sans plus de succès. Dans les intervalles,
Jeannette fit
des expériences de vie humaine et spirituelle qui la
prépareront à trouver finalement sa vocation.
Mentionnons, entre autres, son travail auprès des malades de
l'Hôpital du Sacré-Coeur, et son choix d'entrer dans le
mouvement de pénitence de cette époque. Ces
expériences la mûriront de telle sorte qu'au moment de sa
rencontre avec Rita Renaud, la future fondatrice des Recluses
Missionnaires, elle sera prête à suivre cette vagabonde de Dieu qu'elle trouvait
originale mais non moins entraînante. C'est le 3 octobre
1941 qu'un hasard
fait se rencontrer Rita et Jeannette au Foyer de la Protection de la
Jeune Fille, à Montréal, où toutes
deux font du bénévolat. Elles
vivront ensemble tantôt en ermitage dans l'étable de la
maison paternelle de Rita, tantôt en pèlerines marchant
nu-pieds jusqu'au sanctuaire de Sainte-Anne-de-Beaupré. Il y a
de quoi s'étonner que deux tempéraments si opposés
arrivent à s'entendre: Rita très extravertie, Jeannette
très introvertie. Le 10 août 1943, elles partent pour
Tangent, Alberta, pour répondre à l'appel du Père
Louis-Marie Parent, omi. Là-bas, un "shack" de bois rond,
ancienne grainerie, les attend. Il faut tout nettoyer, restaurer,
calfeutrer. Heureusement, leur expérience de l'étable de
Pointe-aux-Trembles les empêche de paniquer devant un tel
dénuement. Bientôt une
nouvelle
communauté contemplative se forme avec l'arrivée de
d'autres jeunes filles. Jeannette, qui portera désormais le nom
de Soeur
Jeanne Le Ber, et que ses soeurs appelleront "Mère", seconde
Rita, Mère Rita-Marie. Elle contribue surtout à la
formation des jeunes recrues à la spiritualité de la
communauté. Toute sa vie, elle sera affligée d'une
santé précaire, ce qui l'obligera
à plusieurs hospitalisations et temps de retrait de la
communauté. ![]() Mère Jeanne Le Ber et Mère Rita-Marie vers 1953
Quand
Mère
Rita-Marie quittera définitivement l'Institut en 1962,
Mère Jeanne Le
Ber deviendra la gardienne du patrimoine. Suite au Concile Vatican II,
elle saura saisir les principes théologiques et spirituels pour
un
renouveau de la vie religieuse. Aussi rédigera-t-elle une
nouvelle Règle
de Vie plus adaptée mais toujours fidèle à
l'esprit de la fondation.
Mère Jeanne Le Ber a contribué pour une large part à la fondation de l'Institut et mérite bien le titre de cofondatrice qu'on lui a octroyé. Sa personnalité originale et son état de santé ont toutefois été la cause de nombreuses incompréhensions et souffrances, de part et d'autre. Elle a toujours gardé la sérénité. Son charisme mystique en faisait une directrice spirituelle appréciée de ses soeurs. Elle
est décédée le 18 juillet 1989, à
l'âge de 79 ans et repose maintenant dans la paix du Seigneur,
avec son émule, la recluse Jeanne Le Ber dont elle
s'est toujours inspirée.
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