CONTEMPLER LE VISAGE DU CHRIST

L'Icône du Christ "Achéropoiète" ou "Mandylion"

prototype de toutes les icônes

Non peint de main d'homme     Cette icône représentant uniquement le visage du Christ porte deux noms. On la retrouve sous le titre de "Mandylion" qui signifie "linge, mouchoir" et sous le titre du Christ "achéropoiète", ce qui veut dire : "non faite de main d'homme". La légende veut que ce soit la première image du Christ apparue miraculeusement. Voici l'origine de cette histoire : Le prince d'Edesse, Abgar V, malade, aurait voulu que le Christ se rendît auprès de lui afin de le guérir. Il envoya son serviteur Hannan, également artiste, en le chargeant de faire au moins le portrait du Christ, s'il ne pouvait pas se rendre à son chevet. Hannan essaya, en vain, de fixer les traits du Christ, ne pouvant pas peindre "sa gloire indicible". Alors, Jésus se fit donner de l'eau, lava son visage et l'essuya avec un linge sur lequel ses traits restèrent miraculeusement fixés. Hannan s'en retourna avec ce linge à Edesse et le prince Abgar fut guéri. Cette légende nous renvoie aussi au linge de Véronique ainsi qu'au Saint-Suaire. Quoi qu'il en soit, cette tradition est à l'origine d'un type d'icône uniquement centré sur le Visage du Christ que les iconographes ont toujours conservé.

 Non peint de main d'homme
    

Sur d'autres modèles comme celui-ci à gauche, le Visage du Christ est peint sur un linge souvent suspendu par deux anges. Les yeux fixent habituellement le spectateur, la bouche est petite et la chevelure est toujours symétrique s'achevant en tresses de chaque côté ou en mèches effilées au nombre de deux pour rappeler les deux natures du Christ, divine et humaine, ou en trois pour représenter la Trinité. Dans la Tradition russe, la barbe est souvent représentée mouillée rappelant le Christ qui s'est lavé le visage. Quand elle est représentée ainsi, l'icône s'appelle : "Le Sauveur à la barbe mouillée".



Icône encaustique du 6e siècle

  
    La beauté de cette icône fut révélée après sa restauration en 1962. Demeurée en très bon état, seulement le côté gauche de la tête du Christ a été retouché. Les traits de son visage correspond au modèle caractéristique des icônes exprimant la contemplation silencieuse, la paix intérieure et l'absence d'émotions violentes. Par l'asymétrie évidente dans les yeux, les sourcils, la moustache et la barbe, toute rigidité habituellement visible dans les types d'icône du Christ Pantocrator est évitée. Le Christ tient dans sa main gauche l'Évangile, tandis qu'il bénit avec sa main droite.
    
     Originaire de Constantinople, cette icône remonte au 6e siècle et est la plus ancienne représentation du Sauveur. Elle est aujourd'hui conservée au monastère Sainte-Catherine-du-Sinaï en Égypte, avec deux autres oeuvres de la même époque écrites aussi à l'encaustique : Saint Pierre et la Vierge avec des anges, saint Théodore et saint Georges.
    
     L'encaustique est une technique de peinture utilisée dans l'Antiquité classique, grecque et romaine, puis adoptée par les peintres d'icônes des premiers temps du christianisme. Littéralement, le mot signifie : couleur dissoute dans la cire fondue. La technique consistait à délayer les couleurs dans de la cire fondue et à les appliquer à chaud sur la surface à peindre.




Une Icône serbe du visage du Christ

   
Dans le monastère serbe de Chilandari, situé sur le Mont Athos (presqu'île de Chalcédoine), on retrouve cette icône du Christ Pantocrator. Elle est datée des environs de 1260 et attribuée à des iconographes serbes en raison des coloris utilisés et de sa technique. Elle est parmi les meilleures oeuvres de l'iconographie byzantine.

   
Les siècles y ont laissé leur empreinte : craquelures et taches ici et là. Les lettres grecques sont très peu visibles, mais l'ensemble du visage est demeuré très beau. Son front vaste révèle une intelligence vive et son regard est d'une pénétrante fermeté. Les arcades sourcilières renforcent l'expression de ses yeux; son nez assez allongé lui confère un air de noblesse; ses joues amincies, d'une belle teinte ocre uniforme, rejoignent ses lèvres rouges, fines et closes dans un sage silence et sont encadrées par les parties sombres de sa barbe et de sa moustache. Ses oreilles, petites mais bien visibles, dénotent une attitude d'écoute vigilante. Son cou est robuste et ses vêtements sont de couleurs réservées traditionnellement au Christ : sa tunique rouge pourpre symbolise sa Passion et son manteau bleu signifie la connaissance pure réservée à Dieu.

(Tiré du livre Icônes du Christ et des saints de Maria Donadeo, p.63-64.)



Le Christ Rédempteur et Source de Vie

Christ rédempteur   
     Cette icône a été peinte en 1393 / 1394. Nous le savons à cause de l'inscription grecque sur la bordure supérieure de l'icône. Le peintre de cette icône du Christ Pantocrator fut le métropolite Jovan-Zograph, également auteur des fresques de l'église saint André sur la Treska. Elle faisait partie de l'iconostase du monastère de la cathédrale de Zrze en Macédoine (Yougoslavie). Aujourd'hui, elle est conservée dans la Galerie d'art de Skopje.

   Pantocrator signifie " le Tout-Puissant", "le Juge miséricordieux". Il est "Celui qui donne vie à l'être". Généralement représenté en buste, il porte l'Évangile et lève la main en signe de bénédiction formant les lettres de Jesus Christus, le I, le X et le C. Ses deux doigts touchant le pouce rappelle aussi les Trois Personnes de la Trinité et les deux autres réunis ensemble nous renvoient aux deux natures du Christ, divine et humaine.


Le Christ-Sauveur de Zvenigorod

    
     En 1918, dans un bûcher proche de l'église de Zvenigorod décorée par André Roublev et Daniel Tchorny, ont été retrouvées les trois icônes du Sauveur, de l'archange Michel et de saint Paul faisant partie d'une Déisis. Nous ne savons pas exactement à quelle date ni pour quelle église elles ont été peintes, mais l'attribution à Roublev des trois oeuvres est certaine. Malgré le mauvais état de conservation (le dos de l'icône du Sauveur faisait fonction de plancher dans le bûcher), les icônes sont d'une exceptionnelle profondeur et intensité spirituelle. La représentation du Sauveur réunit à la fois la force (le cou gonflé, signe de la présence du Saint-Esprit qui repose dans le Verbe) et une infinie douceur, une miséricorde inépuisable qui s'exprime dans le regard. Le Christ est en même temps le Seigneur, le fondement de toutes choses et le prototype de l'humanité transfigurée. Son visage a des traits physiques typiquement russes, cependant l'intensité du regard, centre visuel de l'icône, en fait l'Homme universel. Face à cette icône, on comprend bien l'invitation des saints Pères à contempler l'icône en priant incessamment Celui qui y est représenté et rendu présent. Le Christ peint par Roublev est en fait une anticipation de la pleine vision qui nous attend, de l'harmonie quand le Christ sera "tout en tous".
    
     Pour Henri Nouwen, l'expression du visage de cette icône l'a conduit à une profonde expérience spirituelle. Dans son livre "Behold the Beauty of the Lord", voici ce qu'il en dit : "The Saviour does not look severe, he doesn't judge, but sees everything."

Cette icône est aujourd'hui conservée dans les Galeries de Tretyakov, à Moscou, en Russie.

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