9. Héritières de l'École française au Canada suite

La communauté des Recluses Missionnaires

Quoique fondée dans l'Ouest canadien, notre communauté a eu pour fondatrices des Montréalaises. Avant de partir pour l'Alberta en 1943, elles s'étaient tracées une Règle de Vie dans laquelle on reconnaît aussitôt les grands axes de l'École française de spiritualité: l'adoration eucharistique, le désir de s'offrir, d'être hostie
avec Jésus, par Lui et en Lui, de le suivre dans ses mystères d'anéantissement, en compagnie de Marie, Mère de Dieu. La recluse Jeanne Le Ber était leur idéal. Aussi envisageaient-elles de mener une vie monastique où la solitude serait très présente.

À cette époque, et pendant ses vingt premières années, notre Institut, tout comme bon nombre de communautés religieuses, ignorait son appartenance au courant spirituel initié par Pierre de Bérulle et propagé, en particulier au Canada, par les fils spirituels de Jean-Jacques Olier. La nouvelle rédaction de nos Constitutions et Règles, qui suivit le Concile Vatican II, fut l'occasion pour nous de définir et d'approfondir les sources de notre charisme propre: la spiritualité de l'École française, la tradition monastique et la tradition des recluses transmise principalement par Jeanne Le Ber. Le Concile Vatican II lui-même, avec ses textes riches et adaptés, devint une source d'inspiration et un point de référence.

Une spiritualité ouverte à tous

Il importe de distinguer entre spiritualité et cadre de vie. Une spiritualité, comme nous l'avons déjà vu, est une manière propre d'accentuer un ou des traits de la vie chrétienne... c'est l'Évangile vécu sous un angle particulier. Une spiritualité est accessible à tous indépendamment du cadre de vie même si un certain cadre de vie peut la favoriser grandement. Il n'est donc pas nécessaire de vivre dans une communauté pour vivre de sa spiritualité.

Pour leur part, les
Laïcs associés aux Recluses Missionnaires véhiculent en plein monde les valeurs reclusiennes en se créant des espaces de silence, de lecture de la Parole de Dieu. Ils, elles, désirent vivre dans un esprit d’adoration au Père par l’offrande de soi à la suite de Jésus. Ces personnes sont mues, elles aussi, par l'esprit qui animait les maîtres et disciples de l'École française.

Une spiritualité qui fait vivre

Une spiritualité qui traverse les âges et qui fait vibrer de nombreux croyants donnant un sens à leur vie, à leurs travaux, à leurs souffrances est un don de l'Esprit à l'Église et au monde. Chacun y puise ce dont il a besoin pour son cheminement spirituel. La communauté des Recluses Missionnaires a puisé, sans en être toujours pleinement consciente, plusieurs traits de l'École française. L'Esprit travaille discrètement mais efficacement! Nous relevons brièvement quelques traits, les regroupant selon la méthode d'oraison de M. Olier: Jésus devant les yeux, Jésus dans nos coeurs, Jésus dans les mains.

L'adoration du Père et l'offrande avec Jésus    
Jésus devant les yeux...


L'École française nous rappelle que Jésus est le parfait adorateur du Père. Avec lui nous adorons le Père, dans l'Esprit (cf. Jn 4,23), et lui-même, Jésus, est digne de toute notre adoration dans son mystère eucharistique. Cette vision de l'adoration a contribué à donner une dimension trinitaire et élargie à l'adoration eucharistique qui rythme notre quotidien comme Recluses Missionnaires.

Condren, un des Maîtres de l'École française, parle de sacrifice d'amour et de louange, d'hostie vivante. L'offrande de soi, à l'imitation de Jésus qui a offert sa vie pour le salut du monde, doit avoir le même but: l'amour du prochain au point de vouloir s'offrir pour lui. Et non seulement s'offrir soi-même mais offrir au Père le monde, tout le cosmos; les lui retourner en louange.
À la suite de Jésus,
l'Agneau de Dieu,
nous nous engageons
dans la voie de l'amour.

Règle de Vie #8

La communion à l'anéantissement de Jésus    Jésus dans nos coeurs...
 
Les fondatrices invitaient leurs soeurs à suivre Jésus dans ce qu'elles appelaient ses anéantissements, à la crèche, à la croix, et dans l'Eucharistie. On reconnaît ici l'esprit bérullien qui parle de l'abaissement du Verbe incarné (cf.Ph 2,7). On note cependant une petite erreur théologique qui avait cours à cette époque: il n'y a pas plusieurs anéantissements de Jésus mais un seul, sa kénose. On parlera par la suite de suivre Jésus dans ses mystères d'anéantissement, dans son mystère pascal. Quelle que soit l'expression, on y retrouve le désir de communier au dépouillement du Verbe incarné dans ses mystères, de communier à ses sentiments et à ses attitudes, comme le souligne l'École française d'après Philippiens 2,5. Parmi les mystères de Jésus, on affectionne tout particulièrement l'Annonciaton où le Verbe prend naissance en Marie et désire prendre naissance en nos propres coeurs.

La coopération à la mission de Jésus     Jésus dans les mains...

La première mission de toute personne est de remplir le dessein du Père sur elle, d'adhérer au vouloir du Père qui a déterminé à l'avance son pays natal, son contexte familial, sa physionomie... Accepter la volonté de Dieu permet de vivre en paix avec soi-même et avec les autres. Toutefois, Dieu nous a aussi créés libres. Et c'est dans toutes les choses qui sont à la portée de notre volonté qu'il faut discerner ce que le Père veut de nous. Si nous sommes décentrés de nous-mêmes, à la suite du Christ Serviteur, notre souci primordial sera le bien des autres, leur bien spirituel et leur bien temporel. C'est ce à quoi la spiritualité de l'École française nous convie par la coopération à la mission de Jésus, par l'esprit missionnaire.

En tant que Recluses Missionnaires nous avons une conscience très vive de notre rôle de «missionnaires» dans l'Église. Nous sommes missionnaires par la prière d'intercession pour nos frères et soeurs, spécialement pour les prêtres. L'adoration et l'intercession, la communion à Dieu et la communion au monde sont pour nous une participation à l'édification du Corps du Seigneur, en union avec tous ceux qui travaillent à l'avènement du Royaume. (Règle de Vie #5)


École française
de spiritualité

1.
Qu'est-ce qu'une
spiritualité?


2. La spiritualité de l'École française:

- Historique

- Caractéristiques

Les Maîtres:

- Pierre de Bérulle
- sa vie

3. Pierre de Bérulle suite
- sa spiritualité

Charles de Condren
- sa vie
- sa spiritualité


4. Jean-Jacques Olier
- sa vie
- sa spiritualité



5. Jean Eudes
- sa vie
- sa spiritualité


6. Les disciples


7. L'École française
 au Canada


- Historique

- Héritières de l'École française:


- Marie de l'Incarnation
- Marguerite Bourgeoys


8. Héritières de l'École française: suite

- Jeanne Le Ber

9. Héritières de l'École française: suite

- La communauté des
Recluses  Missionnaires




















































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