Octobre 2006


La Solitude de Jeanne
mystère de croissance


Certains types d'arbres donnent beaucoup de fruits en peu de temps. D'autres produisent une abondance de fruits, mais exigent une croissance lente avant d'atteindre leur pleine maturité. La vie de Jeanne Le Ber serait de ces derniers.


Jeanne est comme une semence plantée dans le jardin de Dieu. Pour la cultiver, il a fallu des soins très spécifiques; une attention particulière a été portée sur elle de la part du jardinier qu'est Dieu. Il a commencé par entourer Jeanne des piliers spirituels de la nouvelle colonie de Ville-Marie. En la personne de Jeanne Mance, sa marraine, et en Paul Chomedey de Maisonneuve, son parrain, Jeanne a puisé la source de son inspiration pour se former et se fortifier. Elle a ensuite reçu, par son éducation chez les Ursulines, l'esprit de la Mère du Nouveau-Monde, Marie de l'Incarnation. Tranquillement, Jeanne emmagasinait en elle les éléments spirituels nécessaires qui contribueraient à former la semence déposée en elle.


Quand la semence eut atteint sa maturité, Jeanne dû choisir une terre capable de faire mûrir le fruit caché dans cette semence. Elle a choisi et elle a accepté d'être enfouie dans la terre obscure de la solitude. L'enfouissement de cette semence devait être total afin de la faire éclore.  Jeanne n'a pas craint d'avoir eu à demeurer seule, cachée, car sa confiance reposait en Celui qui l'y attirait, sa pierre d'aimant. Jeanne savait que le Christ dans Sa Présence Eucharistique lui servirait de soleil et de pluie capable de lui fournir tous les minéraux nécessaires à sa croissance. Jeanne devait simplement demeurer là, enfouie dans la solitude et Lui, le Seigneur, ferait tout pour elle.

Jeanne a accepté de mourir totalement à elle-même pour être transformée en une vie nouvelle, capable de déployer ses fruits lorsque cette vie aurait atteint sa pleine maturité. La semence devait mourir et perdre son enveloppe dans l'obscurité de la solitude complète, afin de devenir un arbre de vie pour le Royaume. Cet arbre a grandi à travers les siècles grâce aux filles de Marguerite Bourgeoys qui l'ont arrosé régulièrement en entretenant la mémoire de Jeanne. Ce qui fait qu'aujourd'hui cet arbre est bien enraciné et son tronc est solide. Il a même acquis une certaine hauteur qui le rend visible et son feuillage est vert.

Les fruits de cet arbre commencent à être reconnus et même recueillis  pour être savourés et aimés. Tout arbre porte son fruit spécifique qui donne une nourriture nécessaire à la croissance de celui ou de celle qui le mange. L'utilité de l'arbre n'est pas pour lui-même, mais pour les autres qui peuvent grandir grâce aux fruits qu'il porte. Et nous savons que d'année en année, l'arbre produit de plus en plus de fruits, grâce à son expansion en hauteur et en profondeur.


La solitude de Jeanne dans une réclusion complète est donc un mystère de croissance vécu dans un dépouillement total, d'une mort progressive à elle-même, d'une confiance absolue dans Celui qui l'a aimantée à Lui, afin de devenir pour nous un lieu où nous pouvons nous abriter contre les grandes tempêtes, où notre foi en la Présence Eucharistique de Jésus peut s'affermir et se nourrir.

Jeanne a bel et bien vécu la parole du Christ quand il a dit à ses disciples : "En vérité, en vérité, je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul; mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit." (Jn 12,24).







 
Vos réflexions

La maladie peut, elle aussi, être mystère de croissance tant pour la personne souffrante que pour son entourage. La solitude qu'engendre la maladie est souvent largement compensée par la sollicitude d'amis et de parents.

En voici un exemple cité par Gérard dont le fils de 23 ans, Philippe, est gravement atteint de cancer.

Les employés du Zellers où travaillait Philippe pendant quatre ans ont bien voulu lui exprimer leur affection et solidarité en remplissant une grande carte de souhaits pour lui. Ce sont des travailleurs à petits salaires, dont beaucoup de jeunes, qui lui ont amassé une bourse de 500 $. 

Simon, son frère et ami, vient de lui trouver un paquet de ses "comic books" préférés pour l'aider à garder sa bonne humeur. Sa soeur, Marie-Hélène, qui travaille en design de mode, lui a apporté de beaux vêtements chauds. Sa demi-soeur Julie, quant à elle, prend soin de son père. Et son autre demi-soeur, Myriam, a fourni une voiture pour le transport de Philippe avant son hospitalisation.  Beaucoup d'amour et de solidarité...

Voilà la vie et l'amour qui ressortent des croix que nous portons!.

Gérard



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