Novembre  2005


Introduction

Dans les mois à venir, notre réflexion se poursuivra sur le silence et la solitude : deux réalités de toute existence humaine, choisies comme valeurs importantes dans la vie monastique. Le silence et la solitude sont au service de notre mission, qui, pour nous, recluses missionnaires, est l'adoration et l'intercession.

Le silence façonne notre écoute intérieure pour la rendre capable de recevoir et d'accueillir toute Parole venant du Père. La solitude, elle, nous conduit à une communion d'âme et d'esprit avec le Christ Jésus et aussi avec tous nos frères et soeurs du monde entier. Ce sont là deux moyens pour nous aider à vivre en Dieu, à Le rejoindre où Il est, au-dedans de nous. Deux chemins exigeants qui demandent un engagement ferme de notre part pour ne pas demeurer à la surface de notre être, mais plutôt d'en atteindre la profondeur. Silence et solitude sont nécessaires pour la contemplation où Dieu aime se révéler à nous et où notre amour pour Lui grandit.

Quelle expérience avez-vous du silence et de la solitude? Quelle place tiennent-ils dans votre vie? Sont-ils des moments de paix et d'intimité avec Dieu? Ou sont-ils des temps d'inconfort que vous essayez de fuir avec du bruit et des activités?

Voila ce qui nous occupera dans cette réflexion où nous essayerons ensemble d'apprivoiser le silence et la solitude, ainsi que de les approfondir pour mieux les vivre. Car tous, inévitablement, nous vivons quotidiennement des moments de silence et de solitude...qu'en faisons-nous?




Vos réflexions


Le silence et la solitude comme plénitude


Dans le soin auprès des malades psychiatriques, mes étudiants doivent apprendre à construire avec le silence... "très difficile", me disent-ils: 1-2-3 minutes, c'est insensé !  Eh bien, cherchons les avantages du silence. Dans un premier temps, il permet l'apaisement, puis l'écoute, et ensuite la réflexion, pour finalement en arriver à une relation thérapeutique centrée sur le malade.

Être à l'aise avec le silence, c'est accepter de se laisser nourrir l'esprit. Oui, dans l'adoration, la seule communion avec Dieu se fait en silence; dans la prière un temps de silence permet le contact avec Dieu. Il ne s'agit pas de chercher ce que l'on va dire et comment le dire, mais de se laisser toucher par un silence qui nous renvoie l'écho de Dieu.

C'est avec ce silence que j'ai appris à me rapprocher de Dieu. Écouter le silence, c'est faire toute la place à la Parole de Dieu. Pour notre prochain, c'est s'offrir et lui offrir un temps de paix, de réconfort, de pause, de repos et d'inspiration. C'est interrompre ou suspendre les paroles inutiles pour se consacrer corps et âme à la bénédiction de Dieu et à l'écoute de son silence révélateur. C'est un bien-être apprécié avec le temps, une réponse à bien des maux ou des malaises, un état d'intégralité, de profondeur et de plénitude.

C'est étrange de voir le silence et la solitude comme une plénitude !  Beaucoup diront que la solitude est un vide, un manque, un désert...  Pour qui n'a pas fait l'expérience du silence, de l'isolement, du recueillement, c'est un tourment, une charge, un fardeau.

Celui qui s'ouvre à la retraite, à l'exil, à la méditation se voit averti, clairvoyant, rayonnant de l'Esprit Saint profondément à l'oeuvre dans nos âmes si sollicitées par le vacarme, la turbulence, les rumeurs, le chahut, le fracas... les désordres verbaux qui s'objectent à la paix, au calme intérieur si peu prisés dans notre monde actuel.

La solitude, loin d'être un vide, est l'abondance, l'absolu, la profondeur et la satiété d'une alliance harmonieuse qui nous vient entièrement et immédiatement de la grâce toute-puissante du Dieu vivant. Savoir doucement apprivoiser le silence, la solitude, voilà la réconciliation du corps et de l'âme en union avec Jésus-Christ, le Fils du Père, incarné pour notre secours et notre salut.

Yolande V.