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Novembre 2006 |
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Les douze degrés du
Silence
Le
silence, c'est
l'activité profonde de l'amour aux écoutes.
Si la vie spirituelle nous appelle progressivement au silence autour de soi et en soi, c'est pour nous faire entrer dans l'Être même de Dieu où un dialogue constant d'amour se vit entre le Père et Jésus, son Fils bien-aimé. Le silence devient donc un moyen pour atteindre ce but, un outil qui nous facilite l'entrée, un chemin qui nous purifie. Il y a ce que l'on appelle "l'ascèse du silence". Faire silence n'est pas chose facile. Il y a des obstacles extérieurs à nous ainsi qu'en nous-mêmes. Même si le silence est mis en valeur dans la vie monastique, il faut d'abord l'apprivoiser dans le quotidien, l'intégrer à soi, le choisir et le maintenir avec effort et persévérance. Car si nous cherchons à établir notre demeure en Dieu, il faut réaliser que Dieu établit sa demeure en nous. Le silence devient donc un point de rencontre entre Dieu et nous. Il est aussi un chemin vers l'intérieur de soi qui purifie notre être en l'unifiant avec Dieu. Soeur Marie-Aimée de Jésus, carmélite de Paris, a compris le rôle du silence intérieur, qu'elle a mis en douze degrés, parallèles aux douze degrés de l'humilité dans la règle bénédictine. Les voici énumérés et brièvement commentés :
1 - Silence de la
parole
2 - Silence des mouvements ou de l'action 3 - Silence de l'imagination 4 - Silence de la mémoire 5 - Silence aux créatures 6 - Silence du coeur ou de la sensibilité 7 - Silence de l'humilité ou de l'amour-propre 8 - Silence de l'esprit ou de l'intelligence 9 - Silence du jugement 10 - Silence de la volonté 11 - Silence avec soi-même 12 - Silence avec Dieu 1er, 2e et 3e degrés Le
Silence de la parole
4e,
5e et 6e degrés"Les hommes qui disent quelque chose ne sont pas très nombreux; ceux qui écoutent sont encore plus rares. Toute parole est vaine, qui n'est pas redite au-dedans avec le consentement de l'Amour." Maurice Zundel Dans notre ère de communication, il est à se demander s'il n'y a pas un trop-plein de paroles. Pour qu'une parole soit transformante, elle doit d'abord jaillir du plus profond de soi pour ensuite être accueillie par les profondeurs de l'autre. Si nous sommes déjà remplis d'une multitude de mots, la parole créatrice ne tombera-t-elle pas sur le bord de notre coeur pour être aussitôt happée par l'oubli, l'ignorance ou le mépris? Faire silence en paroles permet de nous ouvrir au Verbe du Père, Jésus: Parole de Vie, de Vérité et de Liberté. Le Silence de l'action S'arrêter pour mieux connaître le sens de nos actions. Ne pas nous laisser submerger et disperser par une multiplicité de choses à faire. Cerner nos motivations derrière nos activités et savoir choisir l'essentiel. Car le danger nous guette toujours de nous laisser emporter par la précipitation et de passer à côté de l'amour. La frénésie du temps présent éloigne d'une conscience profonde et libre sur le sens de la vie, en nous faisant "surfer" à la superficie de notre être. Le silence de l'action permet de discerner là où Dieu nous veut présent pour le bien de notre entourage et de la société. Pour le moine, le silence d'action, c'est aussi prendre conscience des gestes posés, c'est habiter le moment présent, ce qui contribue au calme en soi et au silence du monastère en faisant le moins de bruit possible. Le Silence de l'imagination Dans un monde où le rêve, l'irréel, le "cyberespace" prolifèrent en abondance, l'influence de l'imagination est grande. Le "marketing" utilise souvent l'aspiration humaine au bonheur pour nous faire imaginer et rêver. Mais les fondements suggérés pour ce bonheur sont bien souvent trop matériels et temporels; ce qui n'épanouit pas le coeur humain à l'infini. Faire silence de l'imagination c'est s'enraciner dans le réel de nos vies. Oui, il faut des aspirations pour nous faire avancer; mais elles doivent être fondées sur la réalité et sur le sens profond des valeurs humaines. L'imaginaire peut devenir un refuge pour fuir un vide existentiel. Quand elle est purifiée et libre, l'imagination peut être source d'une grande créativité, à l'image de Dieu. Pour créér l'univers, il a fallu à Dieu beaucoup d'imagination; pour bâtir un monde juste et fraternel, il nous en faut tout autant. Le
Silence de la mémoire
La mémoire: faculté indispensable pour la continuité de l'existence! Sans elle, nous devrions réapprendre à tous les matins comment nous habiller, nous laver, nous brosser les dents, marcher, etc... Grâce à elle, nous pouvons conserver toutes ces activités quotidiennes et avancer dans d'autres domaines d'apprentissage. La mémoire est très liée à l'intelligence; elle conserve et rappelle le sens de notre vie. Elle garde l'unité et la continuité entre notre passé, notre présent et notre futur. La mémoire est aussi une faculté qui oublie et cela est bon. Parmi toutes les paroles qu'on entend, toutes les expériences que l'on vit, tous les faits qui se passent autour de nous, elle sait discerner ce qui est bon à garder. Mais elle doit en laisser car nous serions submergés par trop d'informations qui embrouilleraient notre chemin, plutôt qu'en diriger le sens. La mémoire a aussi besoin de l'imagination pour se re-souvenir. Faire silence de la mémoire permet de se remémorer les passages de Dieu dans nos vies et d'en conserver les grâces. Il faut s'exercer à laisser l'histoire de Dieu épouser la nôtre. Le Silence aux créatures Combien de temps passons-nous à faire la conversation intérieure soit avec les autres ou avec soi-même? Après une rencontre, souvent nous la repassons "en film" dans notre tête; et s'il y a quelque chose que nous n'avons pas dit, nous ajoutons à la scène ou nous enlevons ce que nous n'avons pas aimé. Voilà un bel exemple de l'usage que nous faisons de notre mémoire et de notre imagination. Nous les utilisons autant pour une rencontre déjà vécue, donc dans le passé, que pour une rencontre à venir, donc dans le futur. Cela peut être utile soit pour intégrer ou pour nous préparer; mais si nous y mettons tout notre temps, nous oublions de vivre le présent. Il est parfois bon de faire silence à ces conversations intérieures si elles nous font tourner en rond. Le Silence du coeur ou de la sensibilité Le coeur : lieu où réside toute la gamme des émotions. C'est aussi le lieu où le désir prend ses racines, où l'amour coule comme une source. Le coeur est rempli d'affection et de tendresse. Il est le lieu communautaire de notre être, où tous ont une place. Faire silence du coeur permet de nous purifier de tout attachement malsain. C'est-à-dire, qui nous garde prisonnier, qui nous renferme sur nous-mêmes, qui nous maintient en captivité. Le coeur est extrêmement sensible et profond, presque "sans fond". Si nous ne le guettons pas avec intelligence, il peut nous conduire aveuglément dans des pièges qui peuvent nous blesser au lieu de nous épanouir. Faire silence du coeur, c'est le diriger vers le Coeur même de Dieu où seul son Amour sauve, libère, guérit et épanouit. À suivre...
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