Janvier 2006


Chercher seul(e), le Seul

"Il est au milieu de vous,
 Celui que vous ne connaissez pas" (Jn 1,26)
                                             
Si Dieu est descendu en l'homme en se faisant homme, c'est pour apprendre à celui-ci son propre chemin : celui de descendre en lui-même pour devenir ce à quoi il est appelé...fils de Dieu!  En regardant attentivement la vie du Christ, on peut distinguer trois grandes étapes déjà symbolisées par l'encens, la myrrhe et l'or offerts par les Rois Mages.

D'abord, il y a le chemin de l'Incarnation. Si les Mages ont reconnu en cet enfant de Bethléem la divinité en lui offrant de l'encens, le Christ, lui, a choisi de s'en dessaisir pour prendre notre condition humaine. N'y a-t-il pas une descente que l'être humain a besoin de parcourir pour s'humaniser et prendre conscience qu'il est un être créé et non pas son propre Créateur? Il a besoin de se recevoir tel qu'il est dans la vérité de sa nature et de se dépouiller de ce qu'il voudrait être en dehors de lui-même.

La myrrhe déposée aux pieds de l'Enfant annonçait le chemin de souffrance qu'il emprunterait un jour. Cette deuxième descente de Dieu invite l'être humain à s'ouvrir au mystère de la croix qu'il rencontre dans sa vie. Descente difficile, mais combien nécessaire pour briser le joug de son étroitesse. Le Christ a bien dit qu'il attirerait tout à lui (Jn 12,32)... et toute souffrance peut conduire à Lui, puisqu'il a pris sur ses épaules le joug du mal.

Avant de reprendre sa place auprès de son Père, Jésus a voulu demeurer avec les siens d'une manière bien réelle; celle-ci est sa troisième descente qu'il effectue à chaque Eucharistie. Mystère de grâce que seulement les yeux de la foi peuvent dévoiler!  L'or offert par les Mages signifiait que ceux-ci reconnaissaient Jésus comme roi; ils le cherchaient par cette appellation "le roi des Juifs" (Mt 2,2).

Si Dieu appelle l'être humain à descendre en lui-même pour s'humaniser à travers le mystère de la Croix, c'est pour que celui-ci Le retrouve au plus profond de son être et pour qu'il puisse commencer sa nouvelle et dernière descente... celle de descendre en Dieu. La gloire de l'homme, c'est Dieu, disait saint Irénée. Et cette descente en Dieu est sa fin ultime qui atteint sa plénitude par et dans l'Eucharistie.

L'être humain n'est pas laissé à lui-même, mais il doit chercher seul, le Seul qui puisse l'élever à sa juste grandeur. "Je rencontre dans mon être un autre Être qui n'est pas le mien, mais qui est le support et le fondement du mien, en soi inconsistant et instable. Au fond de mon être, là où je me rencontre moi-même, je puis par la foi reconnaître l'Être éternel."  Édith Stein






Vos réflexions


Ne chercher que Dieu seul...

Frank Cassenti faisait dire un jour à l'un de ses personnages : "Quand on est môme, pour être quelqu'un, il faut être plusieurs."  Phénomène bien connu comme faisant partie de la "magie" de l'enfance. Plus tard, à l'adolescence, il arrive qu'on sente le besoin de s'inventer des amis invisibles, des personnes à qui on peut tout dire, tout partager. On a impérieusement besoin, d'une manière ou d'une autre, de "miroirs" pour se connaître et re-connaître...en toute sécurité. Mais lorsqu'on devient adulte, on ne peut plus jouer à ces jeux-là. Alors que fait-on? Souvent, on cherche l'absolu dans les autres ou alors, on s'invente d'autres scénarios, pour prouver aux autres et à nous-mêmes qu'on est devenu "quelqu'un".

Mais lorsqu'on choisit de chercher Dieu seul et de le placer vraiment au centre de notre vie, alors on n'a plus besoin de jouer à aucun jeu, jamais : le "quelqu'un" qu'on cherche tant à devenir : C'EST LUI!  Il suffit d'être...de devenir de plus en plus qui nous sommes vraiment en le laissant, LUI, nous transformer en notre véritable identité d'enfants de Dieu. D'enfants libres, s'entend.

Alors, pour ne pas nous voir demeurer prisonniers des jeux qu'on s'invente parfois, Dieu, inlassablement, nous convie à un ressourcement d'Amour : Il nous invite à Le chercher et à Le rencontrer au coeur de sa Parole, de son Eucharistie, de nos rencontres fraternelles, de tous les événements proches ou lointains qui nous interpellent au quotidien.

Lorsqu'on n'a pas rencontré Dieu, il est tentant de fuir le silence et la solitude qui, alors, peuvent susciter panique et angoisse : ils menacent par trop de nous confronter à l'implacable réalité de notre incomplétude ontologique, incomplétude, qui, en dehors de Dieu, ne fait pas beaucoup de sens ou alors, se colore d'un sens bien éphémère. Mais lorsqu'on l'a trouvé, Lui et son inaltérable Amour, on se lève de bon matin et, le coeur tout joyeux, on s'empresse de s'habiller de silence, car notre être le plus intime a reconnu que ce silence est la plus belle musique qui soit pour L'entendre, pour s'ouvrir à Sa rencontre...  On s'empresse de méditer la Parole de Dieu, à temps et à contretemps, puisqu'elle nous dit quotidiennement sur quoi concentrer notre recherche, et qu'elle contient la promesse de la plus grande richesse qui soit : "Sois sans crainte, petit troupeau, car votre Père a trouvé bon de vous donner le Royaume " (Luc 12,32).

Ivres de cette promesse de bonheur sans fin, on court au devant de la solitude car on sait très bien que c'est Lui qui l'habite, et qui la peuple avec tous les membres de son Corps très saint dont nous sommes partie prenante!

Et là, au coeur même de ce halo de solitude tout envahi de Sa tendresse, on n'a qu'à ouvrir les bras, le coeur et l'âme, et si l'on s'abandonne vraiment à Lui, alors même qu'on n'en sentirait rien du tout, la foi de l'Amour nous dit que sa grâce est en train d'agir, de nous combler par dessus bord, pour qu'on puisse rayonner de sa Présence partout en nous et autour de nous!

Seigneur, toi, le seul miroir en qui je puisse me connaître et re-connaître : merci...  Merci pour la "magie" d'un Dieu fait homme, pour ton immensité d'Amour qui éclaire le sens profond de notre vie ici-bas...  Merci d'être Celui avec qui il suffit d'être moi-même sans besoin de chercher à être plusieurs, puisque tu es TOUT!  Merci pour le silence, gardien éternel de ton Esprit...  Et merci d'être Celui qui donne tous les courages pour ne jamais cesser de te chercher, Toi, LE SEUL!

Marthe, stagiaire


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