Février 2006


Recevoir son être dans le silence


"Avant de parler, de penser et de sentir...je vis, j'existe. Autour de mon expression flotte ce qui n'est pas dit, ne peut pas l'être : ma nature profonde, ma personne. Ce qui en moi exprime l'être comme tel, ce n'est pas ma parole, c'est ma simple présence silencieuse. L'être ne se définit pas, ne se dit pas : il se contente d'être là et d'exister.

Le silence exprime ce qui en moi est personnel et permanent (mon être - je suis), tandis que la parole livre tant bien que mal ce que je pense ou ressens momentanément. Ce que j'essaie de traduire par des mots, reste imperceptible aux sens, invisible aux yeux, silencieux pour l'oreille. Sortie du silence, la parole doit s'y retremper sans cesse, afin d'y trouver son sens profond, sa résonance intime. D'où la nécessité de réfléchir avant de parler aussi bien que pour écouter.

Le sage, celui qui vit dans l'essentiel, écoute beaucoup et parle peu, en peu de mots longuement médités et lentement exprimés. Tandis que le frivole se grise de paroles creuses, qui n'engagent ni son être ni sa conduite; il vit dans l'inconsistant et l'accidentel; il existe à peine.

Le silence de Dieu en lui-même

L'Écriture nous dit que Dieu parle et que tout d'abord, essentiellement, Il se parle à Lui-même en son intérieur. Cette Parole, c'est son Verbe éternellement engendré, son Fils unique éternellement né dans son sein. Parole absolument pure et parfaite.

Ici, la Parole précède le silence parce qu'Elle est l'être même de Dieu. Dieu est le seul Être à pouvoir s'exprimer adéquatement et parfaitement. Il n'a donc pas besoin du silence, soit pour réfléchir, soit pour se comprendre. Sa Parole n'a pas davantage à se reprendre ou à se rectifier. Elle s'exerce sans fatigue et elle atteint sa plénitude sans apprentissage ni lente maturation, parce qu'Elle est sans commencement (Jean 1).

Cette Parole unique, Dieu seul l'entend. Aucune créature ne pourrait la percevoir sans y être élévée par une grâce spéciale. Seul, l'Esprit de Dieu l'entend et peut la répéter. Il peut scruter jusqu'à ses profondeurs et y entraîner l'âme à qui Il a été donné. Pour entendre cette Parole intime, il faut s'établir dans le silence..."

(Extraits du livre : Le silence monastique, aux écoutes de Dieu,
par le P. M.-Bruno, ocso)


Dans le récit de la Création en Genèse 1, la Parole que Dieu dit devient réalité. Dieu fait ce qu'il dit. Quand je me perds dans le tourbillon de la vie, quand je ne trouve plus le sens de mon existence, quand tout devient confus autour de moi et en moi, je n'ai qu'à me remettre devant la Parole de Dieu qui me donne vie. Il est nécessaire et bon de me mettre en silence et de Lui laisser me redire qui je suis, son enfant bien-aimé en qui Il a mis tout son amour ( Mt 3,17 ). Parfois cette Parole peut être difficile à accueillir, mais se recevoir de Dieu, c'est puiser à la source de son être, c'est-à-dire au désir premier qui habite le coeur de Dieu de me donner la vie, sa Vie!







Vos réflexions

Silence, Solitude, Contemplation, Adoration... Amour de la prière d'intercession

Pour entrer en prière il faut d'abord le silence. Seul le silence habité par l'amour est bon. Comment entrer dans le silence et persévérer dans la prière si nous ne sommes pas convaincus d'être habités par l'Esprit Saint qui est désir de Dieu en nous? Ce Dieu qui humanise, personnalise, divinise sa créature. L'homme laissé à lui-même est terriblement tourné vers la terre; il y a en lui une pesanteur naturelle qui l'entraîne vers ce qui est palpable, visible et sensible. Le silence du coeur est une manifestation de l'Esprit en nous, qui respire, aspire à Dieu, adore et intercède. On ne fait pas silence, on y entre; on s'ouvre à une Présence qui rend les mots inutiles! "Il y a un temps pour se taire et un temps pour parler" (Qo 3,7)

Entrer en silence pour écouter Dieu. Perdre du temps avec le Seigneur, c'est gagner du temps; Dieu nous parlera au coeur. Aucun exercice ne vaut celui du silence. Mais ce n'est pas seulement la langue qu'il faut maîtriser mais surtout l'esprit et le coeur; alors nous nous sentirons en présence du Seigneur. On fait silence devant Dieu pour l'écouter, l'admirer, le contempler, l'aimer et se laisser aimer par lui. Le silence est louange, se tourner vers Dieu d'un amour affectueux, car seule sa paix peut garder nos coeurs et nos pensées dans le Christ Jésus. C'est notre plénitude d'affection pour le Christ et pour notre prochain qui appellera la venue de l'Esprit Saint en nous lorsque nous contemplons la bonté, la beauté et la miséricorde de Dieu et que nous adorons Jésus présent dans l'Eucharistie (le Saint Sacrement). Si l'Esprit nous y pousse, nous pouvons nous agenouiller avec un esprit d'humilité, nous prosternant devant Dieu face contre terre. Le silence étant un don de Dieu, il faut prier et demander à Dieu ce don; persévérer dans la prière avec foi! Dieu répond toujours à la prière du coeur!

"Merci pour toutes les grâces reçues de toi, Seigneur mon Dieu! Surtout de m'avoir amenée près de toi dans un coeur à coeur intime dans la solitude, le silence et la prière continuelle, pour ta gloire et le salut du monde. Toi seul peux tout et tout vient de toi et par toi. Toi seul suffis. Seigneur, apprends-moi le silence de l'humilité. Le silence de la sagesse. Le silence de la fidélité. Le silence de l'amour. Seigneur, apprends-moi le silence de mon propre coeur, pour que j'entende en moi les gémissements de l'Esprit Saint et que je sonde les profondeurs de Dieu."  Amen

Pierrette P.


Recevoir son être dans le silence..quel beau thème!

Le silence est impalpable...il est apaisement, sérénité, bien-être, sagesse, sécurité...c'est pourquoi en soins psychiatriques lorsque le malade se trouble, s'agite, s'affole...avant même de lui proposer un calmant, c'est le retrait à sa chambre, dans le silence, qui s'impose. Loin du tumulte il s'agit d'abord de diminuer les stimuli et de retrouver la paix; souvent cette seule action remet le malade en contact avec lui-même et ses émotions, ce qui provoque un bien-être quasi instantané et durable tant que le malade est en isolement.

Pour reprendre contact avec soi et pouvoir se tourner vers Dieu, le silence est impératif. Personne ne peut atteindre la paix dans le bourdonnement, le fracas ou le vacarme. Comment faire le détachement de tout ce bruit pour approcher Dieu dans notre bousculade pour ne pas dire bourrasque quotidienne? Ce tapage continue de hanter nos journées par le tintamarre des bruits des villes quand ce n'est pas par nos bavardages inutiles et sans but.

La nature !  Voilà le seul espoir de faire communion avec le silence et de pouvoir rencontrer Dieu. Oui, Jésus se retire soit sur une montagne soit à l'écart afin de prier le Père. Si nous voulons nous engager dans les pas de Jésus, nous devons changer notre attitude. Faire silence, se retirer, prier et constater que le bien-être ne vient pas de l'extérieur mais bien de l'intérieur, d'une âme en communion avec Dieu dans la quiétude et l'accalmie.

Ce temps d'arrêt devient de plus en plus nécessaire dans le monde d'aujourd'hui si combatif et désorganisé. Gardons quelques fois silence dans nos journées ballotées ou chaotiques afin d'agir avec discernement dans nos relations avec les autres et enfin, avec l'aide du Seigneur, retrouver la douceur et l'harmonie aussi bienfaisantes pour notre corps que pour notre âme!

Yolande V.


Retour à la page source