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Les douze degrés du Silence (suite)
Le
mois dernier, nous avons entamé une réflexion sur les six
premiers degrés du silence. Ce mois-ci, nous poursuivons avec
les six derniers degrés. Ceci terminera notre réflexion
sur les valeurs monastiques du Silence et de la Solitude. En janvier,
un nouveau thème sera proposé : la Règle de vie
des personnes associées aux Recluses Missionnaires, commentaires.

1 - Silence de la parole
2 - Silence des mouvements ou de l'action
3 - Silence de l'imagination
4 - Silence de la mémoire
5 - Silence aux créatures
6 - Silence du coeur ou de la sensibilité
7 - Silence de l'humilité ou de l'amour-propre
8 - Silence de l'esprit ou de l'intelligence
9 - Silence du jugement
10 - Silence de la volonté
11 - Silence avec soi-même
12 - Silence avec Dieu
Le Silence de l'humilité ou de
l'amour-propre
Nous avons tous besoin d'être "fiers" de nous-mêmes; de
sentir une satisfaction personnelle à la suite d'un
accomplissement quelconque. Ce "contentement intérieur"
construit l'estime et la confiance en soi, en prenant conscience de nos
capacités, de nos possibilités, de nos forces. Mais si
nous attendons continuellement
des autres cette reconnaissance, si nous utilisons nos talents pour
obtenir de l'admiration, des considérations ou de la louange,
cela engendre un repli sur nous-mêmes. Nous sommes plus
concentrés sur ce que nous recevons que sur ce que nous donnons.
Et ceci nous empêche de nous épanouir réellement.
Le contraire se produit : une atrophie de notre personne, au lieu de
nous ouvrir et de grandir.
Il nous faut aussi accepter nos limites, nos impuissances et parfois
même notre misère. Cela fait partie de ce que nous sommes.
Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus disait : "L'humilité c'est la vue aimée de sa misère."
Quand nous réalisons que nous sommes aimés au-delà
de nos faiblesses, la tristesse ou le découragement ressenti
à la vue de nos ombres se transforme en lumière et en
liberté intérieure. Nous nous prenons moins au
sérieux et sommes davantage miséricordieux.
Le Silence de
l'esprit ou de l'intelligence
Le propre de l'être humain est son intelligence : sa
capacité de penser, de réfléchir, de raisonner. Et
le propre de l'intelligence est de connaître et de savoir. Or, qui connaît Dieu et sa pensée
? (Is 40,13) Dieu est au-delà de notre intelligence, sa
grandeur dépasse tous nos raisonnements.
À un certain moment de notre cheminement de foi, l'intelligence
tombe dans un silence profond. Elle reconnaît qu'elle a
été au bout de ce qu'elle peut connaître sur Dieu,
et dans cette période l'intelligence accepte de recevoir
maintenant de Dieu lui-même une connaissance beaucoup plus
profonde que celle des idées ou des concepts. Cette nouvelle
connaissance située dans l'âme est expérimentale et
notre intelligence nous est toujours aussi nécessaire, non plus
pour l'encadrer dans le temps et l'espace, mais pour la nommer afin de
rendre consciente notre expérience de Dieu. Bref, l'intelligence
ne cherche plus par elle-même un but en elle-même, mais
elle reçoit hors d'elle-même une illumination dont la
source est Dieu.
Le Silence du
jugement
Le jugement est un acte de l'intelligence. Mais bien souvent on porte
des jugements sur des causes et des personnes inintelligemment.
Aujourd'hui, c'est une mode journalistique de demander l'opinion de
tout le monde. Sommes-nous réellement en mesure de
répondre aux questions, souvent beaucoup plus vastes que notre
réalité quotidienne et notre capacité d'en
connaître véritablement les enjeux ?
Le fondement du jugement est la vérité et Dieu
lui-même est la Vérité. Hors de Lui, nos jugements
sont partiels car ce que nous voyons de la réalité est
partiel. Faire taire notre jugement, c'est accepter que nous ne pouvons
pas saisir toute la vérité de la réalité et
c'est accepter, qu'en bout de ligne, seul Dieu est capable de juger
"justement" pour le bien de
tous.
Le Silence de la volonté
Si
l'intelligence recherche le "vrai", la volonté, elle, recherche
le "bien". Nous cherchons tous notre bonheur, nous le poursuivons dans
nos actions sans aucune réflexion. La volonté est une
puissance. Tant qu'elle ne commence pas à chercher le "Bien
Suprême" qu'est Dieu, la volonté demeure captive des
attraits temporels.
Plus notre volonté désire le
"bien" que Dieu veut pour nous, plus elle deviendra libre. Cette
liberté s'acquiert par des détachements successifs, qui
parfois peuvent être pénibles, et en se conformant
à la Volonté de Dieu sur nous. Vient un temps où
une seule attitude impose le silence à notre volonté :
l'obligation de dire "oui" à la Volonté de Dieu, sans si, sans mais, sans pourquoi.
Tout cela est l'oeuvre de l'obéissance
intérieure, le silence du "saint abandon". Il s'agit pour la
volonté de se laisser faire, de se laisser purifier par les
épreuves extérieures et intérieures afin de se
laisser unifier avec le coeur de Dieu et de vouloir ce que Dieu veut.
En somme, unir nos "deux" volontés pour ne plus faire qu'UN avec
Lui. Le motif principal en est l'amour.
Le Silence avec soi-même
Il y a des étapes dans la vie humaine
où on peut sentir que l'on meurt à quelque chose pour
ensuite s'ouvrir à autre chose d'insoupçonné. Dans
la vie spirituelle, il y a une étape où l'on devient le grain de blé jeté en
terre et qui meurt à lui-même afin de devenir la
semence qu'il porte. Cette étape est liée à la
Passion et à la mort du Christ en Croix et elle porte les signes
mêmes de sa Résurrection.
Le silence avec soi-même, c'est
s'oublier, c'est se laisser seul, tout seul avec Dieu. "L'âme se simplifie en se
détachant peu à peu d'elle-même et de tout regard
sur son propre intérêt, de toute attention sur sa
situation actuelle. Dieu la tire sans cesse au-dedans et la
sépare de tous les objets extérieurs. Il lui ôte
par degrés tout regard sur elle-même et sur ce qui se
passe en elle; en sorte qu'elle vient à ne plus savoir comment
elle est, à n'y plus penser, à ne point s'en embarrasser
et à rejeter soigneusement toute pensée dont elle serait
l'objet, afin que Dieu l'occupe tout entière." (P. Grou)
Le Silence avec Dieu
L'ascèse du silence aboutit normalement
à la mystique du silence. À notre travail
correspond l'oeuvre de Dieu. Quand nous avons répondu à
l'invitation de l'Époux : "Écoute,
ma fille, prête l'oreille; oublie ton peuple et la maison de ton
père..."
Ce n'est que dans un silence complet que notre
être, dans une sorte de mystérieux sommeil, peut recevoir
Dieu se donnant à nous. N'ayant plus d'obstacles à
franchir, Il fait passer directement de son Coeur en notre coeur les
flammes de son Amour. C'est un véritable coeur à coeur,
où la communication se fait sans parole.
Faire silence avec Dieu, c'est se complaire en
la beauté de son Être, c'est approuver ses oeuvres, dire
"oui" à ses Volontés, s'offrir à Lui. C'est le
silence de l'éternité, c'est l'union de l'âme avec
son Dieu (Ps 45,11). Quand nous avons oublié
tout ce qui nous attache : images sensibles, souvenirs,
activités de l'intelligence, mouvements de la volonté,
notre "moi", quand nous avons fait tous ces dépouillements,
notre être est tout unifié, car il est simplifié.
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Vos réflexions
Les douze
étapes du silence me font penser à ceci : un arbre tombe
et c'est le bruit, il pousse et c'est le silence.
Claude M.
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