Décembre 2006


Les douze degrés du Silence (suite)

Le mois dernier, nous avons entamé une réflexion sur les six premiers degrés du silence. Ce mois-ci, nous poursuivons avec les six derniers degrés. Ceci terminera notre réflexion sur les valeurs monastiques du Silence et de la Solitude. En janvier, un nouveau thème sera proposé : la Règle de vie des personnes associées aux Recluses Missionnaires, commentaires.



 
  1 - Silence de la parole
  2 - Silence des mouvements ou de l'action

  3 - Silence de l'imagination
  4 - Silence de la mémoire
  5 - Silence aux créatures
  6 - Silence du coeur ou de la sensibilité
  7 - Silence de l'humilité ou de l'amour-propre
  8 - Silence de l'esprit ou de l'intelligence
  9 - Silence du jugement
10 - Silence de la volonté
11 - Silence avec soi-même
12 - Silence avec Dieu





7e, 8e et 9e degrés

Le Silence de l'humilité ou de l'amour-propre

Nous avons tous besoin d'être "fiers" de nous-mêmes; de sentir une satisfaction personnelle à la suite d'un accomplissement quelconque. Ce "contentement intérieur" construit l'estime et la confiance en soi, en prenant conscience de nos capacités, de nos possibilités, de nos forces. Mais si nous attendons continuellement des autres cette reconnaissance, si nous utilisons nos talents pour obtenir de l'admiration, des considérations ou de la louange, cela engendre un repli sur nous-mêmes. Nous sommes plus concentrés sur ce que nous recevons que sur ce que nous donnons. Et ceci nous empêche de nous épanouir
réellement. Le contraire se produit : une atrophie de notre personne, au lieu de nous ouvrir et de grandir.

Il nous faut aussi accepter nos limites, nos impuissances et parfois même notre misère. Cela fait partie de ce que nous sommes. Sainte Thérèse de l'Enfant-Jésus disait : "L'humilité c'est la vue aimée de sa misère."  Quand nous réalisons que nous sommes aimés au-delà de nos faiblesses, la tristesse ou le découragement ressenti à la vue de nos ombres se transforme en lumière et en liberté intérieure. Nous nous prenons moins au sérieux et sommes davantage miséricordieux.

Le Silence de l'esprit ou de l'intelligence

Le propre de l'être humain est son intelligence : sa capacité de penser, de réfléchir, de raisonner. Et le propre de l'intelligence est de connaître et de savoir. Or, qui connaît Dieu et sa pensée ? (Is 40,13) Dieu est au-delà de notre intelligence, sa grandeur dépasse tous nos raisonnements.

À un certain moment de notre cheminement de foi, l'intelligence tombe dans un silence profond. Elle reconnaît qu'elle a été au bout de ce qu'elle peut connaître sur Dieu, et dans cette période l'intelligence accepte de recevoir maintenant de Dieu lui-même une connaissance beaucoup plus profonde que celle des idées ou des concepts. Cette nouvelle connaissance située dans l'âme est expérimentale et notre intelligence nous est toujours aussi nécessaire, non plus pour l'encadrer dans le temps et l'espace, mais pour la nommer afin de rendre consciente notre expérience de Dieu. Bref, l'intelligence ne cherche plus par elle-même un but en elle-même, mais elle reçoit hors d'elle-même une illumination dont la source est Dieu.

Le Silence du jugement

Le jugement est un acte de l'intelligence. Mais bien souvent on porte des jugements sur des causes et des personnes inintelligemment. Aujourd'hui, c'est une mode journalistique de demander l'opinion de tout le monde. Sommes-nous réellement en mesure de répondre aux questions, souvent beaucoup plus vastes que notre réalité quotidienne et notre capacité d'en connaître véritablement les enjeux ?

Le fondement du jugement est la vérité et Dieu lui-même est la Vérité. Hors de Lui, nos jugements sont partiels car ce que nous voyons de la réalité est partiel. Faire taire notre jugement, c'est accepter que nous ne pouvons pas saisir toute la vérité de la réalité et c'est accepter, qu'en bout de ligne, seul Dieu est capable de juger "justement" pour le bien de tous.

10e, 11e et 12e degrés

Le Silence de la volonté

Si l'intelligence recherche le "vrai", la volonté, elle, recherche le "bien". Nous cherchons tous notre bonheur, nous le poursuivons dans nos actions sans aucune réflexion. La volonté est une puissance. Tant qu'elle ne commence pas à chercher le "Bien Suprême" qu'est Dieu, la volonté demeure captive des attraits temporels.

Plus notre volonté désire le "bien" que Dieu veut pour nous, plus elle deviendra libre. Cette liberté s'acquiert par des détachements successifs, qui parfois peuvent être pénibles, et en se conformant à la Volonté de Dieu sur nous. Vient un temps où une seule attitude impose le silence à notre volonté : l'obligation de dire "oui" à la Volonté de Dieu, sans si, sans mais, sans pourquoi.

Tout cela est l'oeuvre de l'obéissance intérieure, le silence du "saint abandon". Il s'agit pour la volonté de se laisser faire, de se laisser purifier par les épreuves extérieures et intérieures afin de se laisser unifier avec le coeur de Dieu et de vouloir ce que Dieu veut. En somme, unir nos "deux" volontés pour ne plus faire qu'UN avec Lui. Le motif principal en est l'amour.

Le Silence avec soi-même

Il y a des étapes dans la vie humaine où on peut sentir que l'on meurt à quelque chose pour ensuite s'ouvrir à autre chose d'insoupçonné. Dans la vie spirituelle, il y a une étape où l'on devient le grain de blé jeté en terre et qui meurt à lui-même afin de devenir la semence qu'il porte. Cette étape est liée à la Passion et à la mort du Christ en Croix et elle porte les signes mêmes de sa Résurrection.

Le silence avec soi-même, c'est s'oublier, c'est se laisser seul, tout seul avec Dieu. "L'âme se simplifie en se détachant peu à peu d'elle-même et de tout regard sur son propre intérêt, de toute attention sur sa situation actuelle. Dieu la tire sans cesse au-dedans et la sépare de tous les objets extérieurs. Il lui ôte par degrés tout regard sur elle-même et sur ce qui se passe en elle; en sorte qu'elle vient à ne plus savoir comment elle est, à n'y plus penser, à ne point s'en embarrasser et à rejeter soigneusement toute pensée dont elle serait l'objet, afin que Dieu l'occupe tout entière." (P. Grou)

Le Silence avec Dieu

L'ascèse du silence aboutit normalement à la mystique du silence. À notre travail  correspond l'oeuvre de Dieu. Quand nous avons répondu à l'invitation de l'Époux : "Écoute, ma fille, prête l'oreille; oublie ton peuple et la maison de ton père..."

Ce n'est que dans un silence complet que notre être, dans une sorte de mystérieux sommeil, peut recevoir Dieu se donnant à nous. N'ayant plus d'obstacles à franchir, Il fait passer directement de son Coeur en notre coeur les flammes de son Amour. C'est un véritable coeur à coeur, où la communication se fait sans parole.

Faire silence avec Dieu, c'est se complaire en la beauté de son Être, c'est approuver ses oeuvres, dire "oui" à ses Volontés, s'offrir à Lui. C'est le silence de l'éternité, c'est l'union de l'âme avec son Dieu (Ps 45,11). Quand nous avons oublié tout ce qui nous attache : images sensibles, souvenirs, activités de l'intelligence, mouvements de la volonté, notre "moi", quand nous avons fait tous ces dépouillements, notre être est tout unifié, car il est simplifié.





Vos réflexions

Les douze étapes du silence me font penser à ceci : un arbre tombe et c'est le bruit, il pousse et c'est le silence.

Claude M.