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Dans
son Eucharistie, l'Église reprend surtout l'action de
grâce de Jésus au cours de la Cène. En effet, le
geste suprême du Seigneur est une action de grâce; le
sacrifice que Jésus fait de sa vie en la consacrant au
Père pour sanctifier les siens (Jn 17,19) est notre Eucharistie.
Dans
l'Évangile nous
voyons que Jésus reçoit tout des mains du Père. La
conscience de tout recevoir du Père est une des données
les plus impressionnantes du comportement de Jésus. Il ne
demande pas au Père, "il rend
grâce". Il rend grâce comme s'il était
déjà exaucé (cf Jn 6,11 et 11,41). Cette
manière de reconnaître sans cesse le don du Père
appartient à l'attitude d'action de grâce. Le mot
"reconnaissance" implique d'abord le discernement des bienfaits
reçus. Jésus se trouvait sans cesse en état de
reconnaissance.
Il a
tout reçu du
Père et il lui rend tout. Par son action de grâce,
Jésus lui offre intégralement ce qui lui avait
été donné, de telle sorte qu'il y a
égalité entre la grâce accueillie et l'action de
grâce. On est loin d'une action de grâce qui se bornerait
à une parole de remerciement. L'action de grâce engage
toute la personne de Jésus; il n'a rien retenu pour
lui-même de ce que le Père lui a donné. Il offre au
Père tout ce qu'il possède et tout ce qu'il est. Car
l'action de grâce comporte l'offrande non seulement de ce que
l'on possède mais aussi de ce que l'on est. C'est l'attitude
caractéristique de la communion entre Dieu et nous.
Or la
prière de
Jésus exprime "l'eucharistie" qui est au coeur de sa personne et
de sa mission; car l'action de grâce n'a pas seulement
été un moment de sa prière, mais elle exprimait le
fond de son coeur, sa disposition la plus intime. Il rend grâce
à son Père à l'heure où il se dispose
à accomplir son "oui" de Fils dans le "oui" de la croix. En
s'offrant librement pour le salut du monde, Jésus continue
à se recevoir de son Père et à se livrer à
lui totalement. À la cène et à la croix,
Jésus révèle le ressort de toute sa vie et celui
de sa mort : l'action de grâce de son coeur de Fils. Il faut sa
passion et sa mort pour qu'il puisse pleinement glorifier le
Père (Jn 17,1), mais toute sa vie est une action de grâce
incessante, qui se fait parfois explicite, pour nous entraîner
à croire et à rendre grâce au Père avec lui
(cf Jn 11,42).
En se
faisant obéissant
jusqu'à la mort, Jésus continue à
célébrer le dessein d'amour du Père, qui a
suscité en lui cet hymne de jubilation : "Je te bénis, Père, Seigneur
du ciel et de la terre, d'avoir caché cela aux sages et aux
habiles, et de l'avoir révélé aux
tout-petits...Tout m'a été remis par mon Père et
nul ne sait qui est le Fils si ce n'est le Père et nul ne sait
qui est le Père si ce n'est le Fils et celui à qui le
Fils veut bien le révéler" (Lc 10,21-22).
VOS
RÉFLEXIONS
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Le thème du mois d'août se
terminait par cette parole de Jésus : "Je te bénis,
Père, d'avoir caché cela aux sages et aux habiles, et de
l'avoir révélé aux tout-petits". Or, voilà
que Gérard, en pleine rue Ste-Catherine, a rencontré de
ces gens qui, à leur façon, font "eucharistie". Merci,
Gérard, de nous avoir raconté ce que tu as vu et
perçu.
L'autre
soir j'ai été
témoin d'une sorte d'eucharistie de rue. Sur Ste-Catherine, au
parc Émilie-Gamelin, un jeune punk s'amène avec son
triporteur sur le trottoir, suivi d'une amie à bicyclette. Ils
s'arrêtent sous les arbres, descendent, s'embrassent. D'autres
arrivent, se saluent et s'embrassent aussi. Puis ils se partagent la
nourriture cachée dans la boîte en bois du triporteur. Ils
sont 7-8, assis par terre à partager joyeusement le repas. Deux
inconnus se présentent. Ils s'informent s'ils peuvent
participer. Ils sont accueillis gratuitement. Des exclus, jugés
improductifs et inutiles par la société, vivent une
"eucharistie" en pleine rue Ste-Catherine. C'est à ceci qu'on
vous reconnaîtra pour mes disciples, si vous vous aimez les uns
les autres.
Jésus, ouvre nos yeux sur tes présences cachées
parmi nous. Dépose ton regard dans notre regard sur ceux qu'on
exclut trop facilement de la Table familiale. Tends ta main par nos
mains. Pleure par nos yeux et notre coeur et le leur. Rassemble tes
enfants pour qu'ils reprennent Vie. Que leurs yeux s'illuminent de
joie, qu'ils dansent et chantent à nouveau l'espoir et l'amour.
Qu'ils trouvent des frères et des soeurs en nous et nous en eux.
Nous avons aussi nos drames et nos blessures. Debout avec nos grabats,
marchons ensemble! Bâtissons une maison, un pays, où
tous
trouvent leur place et leur dignité.
Gérard
L.
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