Août  2005

   Vivre de l'Eucharistie



Avec un coeur en action de grâce



Fleur



Dans son Eucharistie, l'Église reprend surtout l'action de grâce de Jésus au cours de la Cène. En effet, le geste suprême du Seigneur est une action de grâce; le sacrifice que Jésus fait de sa vie en la consacrant au Père pour sanctifier les siens (Jn 17,19) est notre Eucharistie.

Dans l'Évangile nous voyons que Jésus reçoit tout des mains du Père. La conscience de tout recevoir du Père est une des données les plus impressionnantes du comportement de Jésus. Il ne demande pas au Père, "il rend grâce". Il rend grâce comme s'il était déjà exaucé (cf Jn 6,11 et 11,41). Cette manière de reconnaître sans cesse le don du Père appartient à l'attitude d'action de grâce. Le mot "reconnaissance" implique d'abord le discernement des bienfaits reçus. Jésus se trouvait sans cesse en état de reconnaissance.

Il a tout reçu du Père et il lui rend tout. Par son action de grâce, Jésus lui offre intégralement ce qui lui avait été donné, de telle sorte qu'il y a égalité entre la grâce accueillie et l'action de grâce. On est loin d'une action de grâce qui se bornerait à une parole de remerciement. L'action de grâce engage toute la personne de Jésus; il n'a rien retenu pour lui-même de ce que le Père lui a donné. Il offre au Père tout ce qu'il possède et tout ce qu'il est. Car l'action de grâce comporte l'offrande non seulement de ce que l'on possède mais aussi de ce que l'on est. C'est l'attitude caractéristique de la communion entre Dieu et nous.

Or la prière de Jésus exprime "l'eucharistie" qui est au coeur de sa personne et de sa mission; car l'action de grâce n'a pas seulement été un moment de sa prière, mais elle exprimait le fond de son coeur, sa disposition la plus intime. Il rend grâce à son Père à l'heure où il se dispose à accomplir son "oui" de Fils dans le "oui" de la croix. En s'offrant librement pour le salut du monde, Jésus continue à se recevoir de son Père et à se livrer à lui totalement. À la cène et à la croix, Jésus révèle le ressort de toute sa vie et celui de sa mort : l'action de grâce de son coeur de Fils. Il faut sa passion et sa mort pour qu'il puisse pleinement glorifier le Père (Jn 17,1), mais toute sa vie est une action de grâce incessante, qui se fait parfois explicite, pour nous entraîner à croire et à rendre grâce au Père avec lui (cf Jn 11,42).

En se faisant obéissant jusqu'à la mort, Jésus continue à célébrer le dessein d'amour du Père, qui a suscité en lui cet hymne de jubilation : "Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre, d'avoir caché cela aux sages et aux habiles, et de l'avoir révélé aux tout-petits...Tout m'a été remis par mon Père et nul ne sait qui est le Fils si ce n'est le Père et nul ne sait qui est le Père si ce n'est le Fils et celui à qui le Fils veut bien le révéler" (Lc 10,21-22).


VOS RÉFLEXIONS
Le thème du mois d'août se terminait par cette parole de Jésus : "Je te bénis, Père, d'avoir caché cela aux sages et aux habiles, et de l'avoir révélé aux tout-petits". Or, voilà que Gérard, en pleine rue Ste-Catherine, a rencontré de ces gens qui, à leur façon, font "eucharistie". Merci, Gérard, de nous avoir raconté ce que tu as vu et perçu.

L'autre soir j'ai été témoin d'une sorte d'eucharistie de rue. Sur Ste-Catherine, au parc Émilie-Gamelin, un jeune punk s'amène avec son triporteur sur le trottoir, suivi d'une amie à bicyclette. Ils s'arrêtent sous les arbres, descendent, s'embrassent. D'autres arrivent, se saluent et s'embrassent aussi. Puis ils se partagent la nourriture cachée dans la boîte en bois du triporteur. Ils sont 7-8, assis par terre à partager joyeusement le repas. Deux inconnus se présentent. Ils s'informent s'ils peuvent participer. Ils sont accueillis gratuitement. Des exclus, jugés improductifs et inutiles par la société, vivent une "eucharistie" en pleine rue Ste-Catherine. C'est à ceci qu'on vous reconnaîtra pour mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres.

Jésus, ouvre nos yeux sur tes présences cachées parmi nous. Dépose ton regard dans notre regard sur ceux qu'on exclut trop facilement de la Table familiale. Tends ta main par nos mains. Pleure par nos yeux et notre coeur et le leur. Rassemble tes enfants pour qu'ils reprennent Vie. Que leurs yeux s'illuminent de joie, qu'ils dansent et chantent à nouveau l'espoir et l'amour. Qu'ils trouvent des frères et des soeurs en nous et nous en eux. Nous avons aussi nos drames et nos blessures. Debout avec nos grabats, marchons ensemble!  Bâtissons une maison, un pays, où tous trouvent leur place et leur dignité.

Gérard L.




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